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BUT DE L'AUTEUR DES ACTES

« En assignant un but à l’auteur des Actes, écrit le P. Prat (1) nous n'entendons pas ressusciter le système des tendances, système mort et enterré depuis long- « temps. Autre chose est d'écrire l’histoire en vue d'établir des idées préconçues, auxquelles on accommode les faits eux-mêmes, autre chose est de savoir tirer les leçons de l’histoire. Tout historien réfléchi trouve dans son sujet matière à enseignement et il est naturel qu’il veuille en faire profiter le lecteur; et cela est encore plus vrai d'un livre inspiré, c'est-à-dire d’un livre essentiellement religieux, où l’auteur ne raconte pas pour raconter mais pour instruire. »

Les critiques, nous l'avons vu, ne s'accordent pas sur le but que s’est proposé Luc en écrivant son livre; ils pensent tous, cependant, qu’il n’a pas voulu seulement raconter les faits, mais qu'il les a choisis et disposés dans un but bien défini. Avant de déterminer ce but, remarquons ceci : Que ce soit du fait de l’auteur ou de la pénurie des documents ou des souvenirs, les Actes ne peuvent être tenus pour une histoire des origines du christianisme au sens strict du mot. Π y a trop de lacunes entre les faits racontés; des événements importants sont laissés de côté ou racontés en quelques mots, tandis que des faits de minime importance sont relatés dans le plus grand détail. Il est donc probable que nous avons dans les Actes un recueil des faits que l’auteur a pu rassembler. Il les dispose suivant le but qu'il poursuivait. Quel est ce but?

Michaelis (2), Griesbach (3) et surtout Schneckenburger (4) pensent que l’auteur des Actes a voulu revendiquer pour Paul contre les judaïsants sa qualité d’apôtre et son ministère auprès des Gentils. Pour Christian Baur et les critiques de son école, Luc aurait écrit afin de réconcilier les deux partis qui divisaient l'Eglise, les communautés judéo-chrétiennes et les communautés pauliniennes, en leur montrant, par le récit des faits qui s'étaient passés à l'origine, qu'il n’y avait pas de divergence fondamentale entre Pierre et Paul, que les oppositions de conduite et de doctrines que l’on relevait entre les deux apôtres étaient minimes et sans importance ; que Pierre avait proposé des doctrines pauliniennes et que Paul s'était montré un fidèle observateur de la Loi. En un mot, l’universalisme paulinien a été, dès l’origine, prêché par Pierre et accepté par l’église de Jérusalem. L'écrivain s’est donc efforcé de placer Pierre et Paul sur le même pied et de les mettre en parallèle. Nous avons déjà exposé en détail cette hypothèse.

(1) Travaux récents sur les Actes des Apôtres ; Recherches et science religieuse, 1923, p. 371. (2) Einleitung in das Ν. Τ., Gôüttingen, 1788.

(3) De consilio quo scriptor in Aclibus concinnandis ductus fuerit, Tenae, 1798.

(4) Ueber den Zweck der Apostelgesch., Bern, 1841.

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