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BUT DE L'AUTEUR DES ACTES. CIII

Pour Reuss (1), le livre des Actes est un ouvrage de théologie, didactique, pour le fond, apologétique et polémique pour la forme; Luc rassemble tous les faits propres à mettre en évidence l’accord des chefs sur la question qui divisait les communautés chrétiennes, à savoir l’universalité du salut et l’admissibilité des peïens incirconcis dans l'Église chrétienne. Dès l’origine quelques-uns de ceux-ci furent convertis et on se demanda à quelle condition il fallait les admettre. Il y eut un compromis dont les règles posées au concile de Jérusalem furent l'expression. L'auteur, étant historien, a présenté sa thèse sous forme de récits et l’a personnifiée en deux hommes, Pierre et Paul, qui représentent les deux tendances, l'esprit des premières communautés et celui des communautés issues du paganisme. De l’histoire de ces deux personnages il ressort que ces deux tendances, divergentes mais non opposées, s'unissent dans les mêmes résolutions. Les deux chefs sont mis sur le même pied et Paul est apôtre au même titre que Pierre.

D'après Renan, Luc a écrit l’histoire sur un ton d’apologiste à toute outrance, il veut prouver que des deux côtés on a observé les lois de la charité. « Trop loyal pour condamner son maître Paul, trop orthodoxe pour ne pas se ranger à l'opinion officielle qui prévalait, il effaça les différences de doctrines pour laisser voir seulement le but commun, que tous ces grands fondateurs poursuivirent, en effet, par des voies si opposées et à travers de si énergiques rivalités. La fidélité historique est pour lui chose indifférente; l'édification est tout ce qui importe (2) ».

Nous avons déjà cité les opinions qu'ont professées sur le but de l’auteur des Actes, Overbeck, p. xxnr, Wittichen, p. xxir, Aberle, p. xxn1, Pfleiderer, p. xxrv, ἡ. Weiss, p.xxxn1, Lightfoot, p. xxiv, van Manen, p. xxiv, Felten, p. xxiv, Jülicher, Ῥ. xxv, Zahn, p. xxv, Headlam, p. xxv, Schmiedel, p. xxv, Knabenbauer, p. xxvi, Belser, p. xxvr, Knopff, p. xxvr, Harnack, p. xxvir, Wendt, p. xxxr, Ploi), p. xxxvi, Kirsopp-Lake, p. xxxvi, de Zwaan, p. xzur, Loisy, p. xxxvir.

Moffatt (3) pense que Luc s'était surtout préoccupé de faire ressortir le prodigieux développement que l'Église avait déjà derrière elle et comme but subsidiaire il voulait prouver que le christianisme était inoffensif au point de vue politique.

Foakes Jackson et Kirsopp Lake (4) affirment que le but de l’auteur des Actes n'a pas été d'écrire simplement une histoire, c'est-à-dire un récit exact de tous les événements. Il a voulu surtout donner un enseignement religieux à des lecteurs. C'était l'opinion de saint Jérôme (5) : Actus Apostolorum nudam quidem sonare videntur historiam, et nascentis Ecclesiae infantiam texere : sed si noverimus scriptorem eorum Lucam esse medicum, cujus laus est in Evangelio, animadvertimus pariter omnia verba illius languentis animae esse medicamina. Toutefois, continuent Jackson, Lake, un but de l’auteur, quoique secondaire, était très important à ses yeux, l'apologie du christianisme devant les païens. Il était anxieux de défendre l'Eglise contre les soupçons du monde officiel. Il a écrit pour Théophile, χράτιστος, personnage officiel, et il lui écrit περὶ ὧν

(1) Histoire de la théologie apostolique, Strasbourg, 1864, t. IT, p. 329. — La Bible, Actes des Apôtres, Paris, 1876, p. 11.

(2) Les Apôtres, p. ΧΧΠΙ.

(3) An Introduction to the literature of the N. T., p. 301.

(4) The Beginnings of Christianity, 1, The Acts of the Apostles, II, p. 177.

(5) Epistula zur, 7, ad Paulinum.

cv INTRODUCTION.

χατηχήθης λόγων, pour qu'il connaisse la vérité touchant les faits sur lesquels

il a tenu une procédure légale. Théophile a entendu des histoires portant

préjudice aux chrétiens et le but de Luc est de rétablir dans l'esprit de celui-ci l'exactitude des faits. Deux questions se présentaient à l'examen d’un magistrat romain; les chrétiens pratiquaient-ils une religion licite? Leurs paroles ou leurs actions appelaient-elles une action judiciaire ?

C'est sur ces deux questions, disent Jackson, Lake, que Luc a établi son apolo-

gie dans son évangile et dans les Actes. Dans le III évangile il démontre que Jésus et son œuvre sont le véritable achèvement de l’histoire d'Israël, prédit par

les prophètes et par ceux qui sont les vrais conducteurs de la nation. Dans les

Actes, il montre le ProBiee de l'Évangile, inauguré par Jésus, continué par les Douze et conduit jusqu’à l'extrémité du monde par Paul. Luc est anxieux de montrer l'unité qui existe entre Israël et Jésus, Jésus et les Douze, les Douze et Paul pour établir la légitimité du christianisme comme la religion du peuple élu. C’est pourquoi il établit entre les faits de la vie de Jésus, de Pierre et de

. Paul un schéma montrant le parallélisme qui existe entre eux.

Mais les Juifs ont rejeté Jésus et ses disciples! Comment le christianisme

pourrait-il alors être la vraie religion d'Israël? Luc répond que les Juifs ont

toujours rejeté les prédicateurs que Dieu leur avait suscités. C'est injustement

qu'ils ont persécuté Jésus et les apôtres ainsi que Paul. Luc ἃ donc prouvé à

Théophile le bien-fondé de la revendication de l'Eglise à être le véritable Israël

et par conséquent que son culte était licite dans l’Empire romain.

De même, il prouve que l'Eglise n'avait commis aucune faute et qu’elle ne pouvait être punie avec justice : ce sont les Juifs qui ont été les instigateurs des troubles et l’autorité romaine a reconnu l'innocence de Paul. La religion qu'il a prêchée était l’ancienne foi d'Israël, rejetée par les Juifs; c'était donc une religion

licite dans l'Empire. Sa position, par conséquent, a toujours été légale et son

procès devant l’empereur s’est terminé par un acquittement. Dans les poursuites qui ont été intentées à Jésus et à Paul, jamais un magistrat compétent ne les a

convaincus de mauvaise action. Dans la capitale même de l'Empire, Paul, quoique toujours en surveillance, a prêché le christianisme sans en être empêché par

les autorités.

Le but didactique de l’auteur des Actes ressort davantage de son exposé que le but apologétique; il a voulu enseigner aux fidèles et surtout aux gentils les

vérités qu'ils devaient croire. On peut des Actes extraire un symbole de foi

analogue au Symbole des apôtres : Luc enseigne, 1) Dieu, comme

a) le Créateur du monde et

b) le Père du Seigneur (Jésus) et de son Peuple.

2) Jésus, le Messie, comme

a) le Fils de Dieu, né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie,

b) le Seigneur, qui a souffert sous Ponce-Pilate et Hérode, est mort et a été enseveli, est ressuscité le troisième jour, est monté aux cieux, où il est assis à la

droite de Dieu et d’où il doit venir juger le monde.

3) Le Saint-Esprit.

4) L'Église.

5) Le Baptème et l'imposition apostolique des mains. 6) La résurrection des morts.

BUT DE L'AUTEUR DES ACTES. Cv

I] est à remarquer combien ce symbole, extrait des Actes, ressemble à celui des apôtres et qu’en outre, il contient seul certains enseignements : la filiation divine de Jésus, né du Saint-Esprit et de la Vierge Marie, l'Ascension séparée de la Résurrection de Jésus, qu'on ne trouve pas dans les autres livres du N. T.

Ce qu'il était nécessaire d'enseigner tout d’abord et d'expliquer, c’est que l'Église chrétienne était l’ancien peuple de Dieu, dont les privilèges sont étendus aux gentils. Les chrétiens appelèrent donc leur congrégation, ἐκκλησία, nom donné dans les Septante au peuple de Dieu, assemblé pour une action commune.

Du fait que l'Église chrétienne était l'ancien peuple de Dieu il s’ensuivait qu’elle devait comme celui-ci enseigner le vrai Dieu, le Dieu unique et s’elforcer d'amener les païens à son culte. fl est peu parlé de cette prédication de Dieu dans les premiers chapitres des Actes, où l'Église est surtout en contact avec les Juifs. Nous ne trouvons dans les Actes que quatre passages où Dieu est prêché : aux gentils, à Lystres, xrv, 15, à Athènes, xvir, 24; aux presbytres d'Éphèse, xx, 21, à Agrippa 11, xxvr, 18 et dans cette Drédiestion le culte du vrai Dieu est placé au premier

Plus important était disent sur Jésus. C’est des sources employées par Luc que lui venait la doctrine de Jésus, F ils de Dieu, Messie, roi davidique, Fils de l’homme; ce qui lui est particulier c'est que Jésus est le Fils de Dieu parce qu’il est né de la Vierge Marie par l'opération du Saint-Esprit et qu'il est la tête vivante de l'Église chrétienne. Jésus n'était pas autant le roi national des Juifs ou le juge surnaturel des vivants et des morts (quoiqu'il fût aussi cela) que le chef surnaturel de l’Église. S'ensuit-il, disent Jackson, Lake, que pour l'éditeur des Actes Jésus était le centre d’un culte ou même un objet de culte? Dans les premiers chapitres le centre du culte, c’est Dieu, le Dieu des Juifs ; Jésus est son saint Serviteur, παῖς, au nom duquel sont opérés des miracles ; la prière est adressée à Dieu, non à Jésus. L'appel d'Etienne mourant à Jésus est une demande de secours et non un acte de culte divin. D’autre part, l'appellation de Jésus comme Seigneur, qui est caractéristique des Actes était un grand pas

dans la direction de la déification de Jésus et par conséquent d’un culte à lui

rendre.

Un troisième point, continuent-ils, qui caractérise la doctrine de l'éditeur des Actes est la croyance que les chrétiens étaient inspirés par le Saint-Esprit du fait qu'ils sont membres de l'Église et unis au Seigneur Jésus. L'union de l'èxχλησία avec le Seigneur Jésus est implicitement à travers les Actes, et il y est tout aussi clair que les membres de l’Église recevaient le don du Saint-Esprit: mais comment s'opérait ce don? cela reste obscur. L'Esprit est certainement « l'Esprit du Seigneur » de l'A. T. Mais il est aussi envoyé de Dieu par Jésus,

11, 33, et en un passage il est désigné comme l'Esprit de Jésus, xvr, 7. Rien alors Ἶ

ne permet de répondre à la question si l'Esprit était complètement personnifié ou s'il était regardé comme un élément impersonnel, un Æluidum, comme disent les Allemands, envoyé par Dieu ou venant de lui. D'un côté, l'Esprit parle, vur, 29, ce qui est un acte personnel, d'autre part, il est répandu, χι, 15, ce qui indique un élément. Ces deux vues sont constamment combinées dans les Actes : un homme, rempli de l'Esprit, parlait, c’est-à-dire l'Esprit parlait par l'organe d'un homme. Ces deux vues proviennent de la double description qui est faite de l'inspiration : le prophète inspiré sentait qu'il parlait parce que

CVI ς INTRODUCTION.

l'Esprit lui avait tout d'abord parlé; pour le peuple qui l’entendait, c'était le prophète qui parlait et l'Esprit était l'élément qui l’animait.

La conception générale dans les Actes est que les chrétiens reçoivent normalement l'Esprit, mais non que toutes leurs actions sont inspirées par lui Quelquefois seulement, l'Esprit prend possession de ceux-ci; ils parlent « en esprit » ou opèrent des miracles. Le chrétien est donc seulement un homme qui peut être possédé par l'Esprit à certains moments critiques. Comment le Saint- Esprit était-il imparti aux chrétiens, c'est ce qu'on ne voit pas clairement, Il était certainement donné aux apôtres et c'était eux seulement qui pouvaient le communiquer aux autres; mais était-ce par le baptême, ou par l'imposition des mains des apôtres, ou par les deux réunis?

L'éditeur des Actes et probablement la source des premiers chapitres, regardent l'Église du Seigneur comme identique avec le « Royaume de Dieu », dont Jésus a parlé. Dans aucun des passages où il est parlé dans les Actes du Royaume de Dieu, 1, 3; var, 12; χιν, 22; x1x, 8, xxvinr, 23, 31, il n’est impossible que cette expression ne τ ἢ l'Église et dans la plupart d’entre eux c’est le sens le plus évident.

Le pardon des péchés est nettement enseigné dans les Actes, 11, 38; xurr, 38; xxvi, 20; enfin, dans son discours aux Juifs de Rome, Paul semble identifier le royaume de Dieu qu’il annonce, xxvirr, 23 avec le salut de Dieu, τὸ σωτήριον τοῦ Θεοῦ, Y. 28. « It is, in fact, not merely forgiveness in the sense in wich Ezechiel, for instance, connected it ne és repentance of « turning » of the wicked, but ἃ complete change of nature.

La résurrection générale des morts τε enseignée dans les Actes, xvir, 18, 32; xvu, 31, 32; xx, 6; χχιν, 15, 21; xxvi, 6, 8, par l'éditeur, mais il l’appuyait sur la tradition juive. La résurrection de Jésus est donnée comme une preuve de sa messianité et non comme une preuve de la résurrection générale des morts. Quelques-unes de ces vues de Jackson, Lake peuvent être acceptées, mais la plupart sont discutables; spécialement celles sur le culte à rendre à Jésus et sur l'Esprit-Saint.

Pour d’autres critiques, les Actes sont une réfutation des faux Actes des apôtres, qui circulaient dans les premières communautés chrétiennes, ou encore ils sont une démonstration de la catholicité de l'Église, une histoire complète des apôtres et de la prédication apostolique, ou bien, une biographie de Paul, ou une preuve de la vérité des prophéties par leur accomplissement. Ces divers points de vue n'embrassent pas l’ensemble du récit et ne rendent pas compte de tout le contenu de l’écrit.

Jülicher (1) s’est placé à un point de vue différent; il propose une hypothèse qui rend assez bien compte de l’ensemble du livre. Les Actes ont été écrits par l’auteur du IIT° évangile; leur but doit donc être le même que celui de ce livre, à savoir établir la vérité des faits, afin de promouvoir et d’affermir la foi

de ceux à qui ils les racontent. Luc a donc voulu présenter la seconde période du salut et de l'Évangile, période pendant laquelle les apôtres, représentants autorisés de Jésus, agissaient et enseignaient à la place de leur maître. Comme

dans le ΠΠ évangile, il a voulu montrer la nature divine de cette histoire. C’est

(1) Einleitung in das Ν. Τ., 5° Aufl., p. 399, Tübingen, 1906.

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