‹ Les Actes des ApôtresChapitre 38 sur 358 · BUT DE L'AUTEUR DES ACTES. CVII · texte numérisé non relu

BUT DE L'AUTEUR DES ACTES. CVII

par le pouvoir de l'Esprit-Saint que les apôtres ont pu achever les merveilles qui y sont racontées. À chaque page l'auteur revient sur l’effusion du Saint- Esprit sur les croyants et sur son action. Luc a voulu écrire une histoire de la puissance de. Dieu dans les apôtres. Ceux-ci sont les représentants de cette puissance comme Jésus l’a été. L'auteur s'attache donc à rappeler seulement les faits qui ont été la manifestation de cette puissance, et tout ce qui ne la montre pas est laissé de côté.

On ne peut méconnaître, en effet, que les Actes sont, pour ainsi dire, l'Évangile du Saint-Esprit, l’histoire de l’action du Saint-Esprit dans le monde entier, représenté typiquement par toutes les catégories d'hommes de cette époque: d’abord à Jérusalem, où les paroles de Pierre, animé de l'Esprit, convertit ses compatriotes; puis, en Samarie, où, sous l'impulsion de l'Esprit, les missionnaires baptisent les païens; enfin, dans le monde grec et romain, où Paul, inspiré de Dieu, prêche Jésus, salut pour tous les hommes. En aucun livre du Nouveau Testament, l'Esprit-Saint n’est mis ainsi au premier plan. Plus de vingt fois il est dit que Pierre et les apôtres ou leurs auditeurs furent remplis de l’Esprit- Saint, 11, ἴεν 1v, 8, 31; vi, 5; var, 55; vint, 17; x, 445 xx, 15; xunx, 9, 52; xV, 28, etc. C'est l'Esprit-Saint qui agit, qui parle, qui permet ou qui défend, en un mot, qui est le principe de vie qui anime tous les personnages des Actes (1). C’est lui qui dirige le diacre Philippe, qui envoie Pierre baptiser Cornélius, qui ordonne le choix de Paul et de Barnabé pour l'évangélisation des gentils, qui guide les pas de Paul, qui le dirige dans son action.

Batiffol (2) n’est pas de cet avis : « On prête, j'en ai peur, à Luc une emphase qui n’est guère à lui, lorsqu'on le représente entreprenant d'écrire les Actes comme l’histoire de l'expansion de l'Évangile sous la poussée de l'Esprit, de Jérusalem hors de Jérusalem et de la Judée, puis parmi les Grecs, enfin à Rome, comme si Rome était pour lui une antithèse à Jérusalem, comme si l'expansion de l'Évangile et l'action de l'Esprit se personnifiaient en Paul. L'artiste délicat et ingénu qu'est Luc n’a pas conçu cette mise en scène ».

Nous reconnaissons néanmoins que le but de l’auteur des Actes a été de montrer l'action du Saint-Esprit dans l'Église chrétienne, mais ce but ultime est préparé par un but plus proche, que Luc lui-même a déterminé lorsqu'il rappelle les paroles de Notre-Seigneur à ses apôtres. « Mais vous recevrez la puissance du Saint-Esprit qui viendra sur vous et vous serez mes témoins tant à Jérusalem que dans toute la Judée et la Samarie et jusqu'aux extrémités de la terre », 1, 8. Dans le prologue du IIT° évangile Luc avait déclaré qu’il voulait raconter toutes choses dans leur ordre, depuis le commencement; en tête des Actes, il constate qu'il s’est acquitté de sa tâche en ce qui concerne les actes et les enseignements de Jésus-Christ; il continuera son œuvre en montrant que les apôtres, après avoir reçu le Saint-Esprit, ont été les témoins de Jésus, d’abord à Jérusalem, puis dans la Judée et la Samarie et enfin dans le monde entier. C’est bien le tableau exact de ce qui est raconté dans les Actes, dont voici le plan en raccourci : Un prologue, qui sert de transition du ΠΠ10 évangile aux Actes, dernières paroles et ascension de Notre-Seigneur; complément du collège

(1) W. WINSTANLEY, Spirit in the New Testament, p. 30-48; 130-136. Cambridge, 1908. (2) Orpheus et l'Évangile, p. 133 s. Paris.

A cyEn INTRODUCTION.

apostolique ; descente du Saint-Esprit sur les apôtres, 1, 1-11, 14; prédication du “christianisme à Jérusalem, 11, 15-vinr, 3; prédication dans le reste de la

Palestine, vi, 4-xr1, 18; prédication dans le monde païen, xr, 19-xxvur, 31.

Luc ἃ montré l'exactitude de la parle de son maître Paul, Rom. τ, 16 : τὸ ᾿ εὐαγγέλιον" δύναμις γὰρ Θεοῦ εἷς σωτηρίαν mavri τῷ πιστεύοντι, ᾿Ιουδαίῳ τε πρῶτον χαὶ

“Ἕλληνι, car |’ Évangile est une puissance de Dieu pour le salut de tout croyant, premièrement pour le Juif, puis pour le Grec.

On s'étonne cependant que l'auteur des Actes ait omis des événements aussi importants que les dissensions qui se sont élevées dans l’église de Corinthe, les rapports difficiles entre Paul et cette église, le voyage qu'il fit à Corinthe entre les deux voyages que mentionnent les Actes, les dangers que Paul a courus à Éphèse, sa discussion à Antioche avec Pierre. Nous ne pouvons savoir la raison

d’être de ces omissions.

Mais l'écrivain a-t-il atteint son but et accompli son dessein par cet ouvrage? Luc ne devait pas avoir pour but d'écrire une biographie complète de l’Apôtre, de raconter en détail ses missions, sinon il aurait raconté ce que Paul avait fait au bout de deux ans de séjour à Rome, χχνπι, 30; il a terminé brusquement son récit parce qu'il considérait qu'il avait atteint le but qu'il s'était proposé en écrivant son livre. Il avait montré l'extension du christianisme jusqu'à Rome, en ce sens qu'il personnifiait dans Paul l’évangélisation du monde païen, car, d'après les Actes même, il y avait déjà des chrétiens à Rome avant l’arrivée de

PApôtre, xxvirr, 15. Mais cette ville où il termine brusquement son récit représentait-elle done pour lui les extrémités de la terre? C’est possible, puisque

dans les Psaumes de Salomon, vur, 16, il est dit que Pompée vint de l'extrémité de la terre. On peut croire aussi que, pour un homme de cette époque, Rome

était le centre du monde. Luc avait donc le droit de penser qu'ayant montré

que le christianisme était établi dans cette ville, il avait prouvé, par cela même,

son établissement dans le monde entier, Rome étant l’aboutissant de tout. Aïnsi s’expliquerait la fin des Actes des apôtres. Cette raison est plausible,

mais d’autres sont possibles.

En effet, si Luc a réellement voulu prouver le triomphe définitif du christianisme sur le judaïsme, pourquoi s'est-il arrêté là, et n’a-t-il pas dit quel avait

été le résultat de ce procès de Paul, dans lequel était personnifiée la lutte entre

le judaïsme et le christianisme? La dernière phrase des Actes est-elle vraiment une finale? « Mais Paul demeura deux ans entiers dans une maison qu’il avait

louée, et il recevait tous ceux qui venaient vers lui, prêchant le royaume de

Dieu et enseignant les choses qui regardent le Seigneur Jésus-Christ avec toute liberté et sans empêchement », xxvrr, 30, 31. En fait, ceci n’est qu'une constatation de l’auteur et un complément de ce qui avait été dit précédemment. Luc a dû croire que son œuvre était terminée lorsqu'il eut rapporté les paroles de Paul aux Juifs de Rome, qui refusèrent de croire en Jésus-Christ : « Sachez donc que ce salut de Dieu a été envoyé aux païens, et ceux-ci l’écouteront », xxvuir, 28.

Plus d’un critique, cependant, a trouvé cette fin trop brusque et a cherché à l'expliquer. Luc aurait écrit son livre pendant la captivité de Paul à Rome, et se serait arrêté là parce que les matériaux lui faisaient défaut. Pourquoi alors écrit-il à l’aoriste : « Paul demeura » ἐνέμεινεν, sinon parce que le temps du séjour à Rome de deux ans est écoulé? IL avait donc d’autres faits à raconter. — Cette

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