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BUT DE L'AUTEUR DES ACTES. CIX

observation n’est pas péremptoire, parce que l’aoriste marque simplement l’action d’une façon indéterminée, sans rapport nécessaire avec d’autres événements.

Quelques exégètes ont pensé qu'en homme prudent et conciliant Luc n’a pas raconté le procès de Paul, afin de ne pas attirer l’attention du pouvoir public sur la communauté chrétienne de Rome. — On croira difficilement que les pré-

posés au gouvernement de l'empire se soient beaucoup adonnés à la lecture des

écrits chrétiens.

D'autres (1), Loisy en particulier, ont supposé que l’auteur avait voulu

montrer que l'autorité romaine était favorable aux chrétiens, que ses magistrats avaient défendu Paul contre les Juifs hostiles; il ne pouvait donc pas raconter la condamnation et la mise à mort de Paul qui infirmaient nettement sa thèse. — Mais les lecteurs des Actes savaient bien quelle avait été l'issue du procès et d'en avoir supprimé la mention fait croire qu'elle avait été fatale. Si d’ailleurs Luc avait eu vraiment l'intention de prouver que l'État romain était favorable au christianisme, il pouvait le prouver par d’autres moyens; en déclarant, par exemple, que les juges voulaient proclamer l'innocence de Paul, mais qu'ils ont cédé à la pression des Juifs et condamné un innocent. Pour d’autres critiques, la

mort ou l’emprisonnement ou une autre cause avait arrêté le travail de l'auteur;

pour d’autres encore, les Actes avaient une suite que nous n'avons plus.

Pourquoi Luc ne nous dit-il pas ce qui causa la fin du séjour de Paul à Rome

au bout de deux ans? En fait la conclusion du livre aurait dû indiquer à Théophile pourquoi l'écrivain s’arrêtait là. Tout s'explique, dit-on, si l’on admet que Luc a écrit ou ἃ eu l'intention d'écrire un troisième livre. La conclusion des

Actes rappelle celle de l’évangile et elle est comme celle-ci une pierre d’attente, :

comme une sorte d'amorce pour un livré suivant. Elle donne un court résumé de ce qui s’est passé, se réservant de développer ensuite le récit. D’après le prologue des Actes, Luc avait l'intention de raconter ce que l'Esprit de Jésus

avait accompli par les apôtres. Or, s’il parle de Pierre et de Paul et de quelques .

autres prédicateurs de l'Évangile, Philippe, Barnabé, il passe sous silence toute l’action missionnaire des autres apôtres et des frères de Jérusalem. Et cependant, eux aussi, ils étaient les témoins de Jésus, de sa vie et de sa résurrection.

Les Actes apocryphes des apôtres et surtout la tradition chrétienne nous 1

apprennent que ceux-ci ont travaillé aussi à l'expansion de la foi chrétienne.

Puisque Luc voulait raconter l’histoire du christianisme à son époque, son plan

n'était pas encore réalisé. Il avait encore à raconter les succès de la prédica-

tion de Paul à Rome, les difficultés qu'il y rencontra, la fin de son procès, sa vie après sa délivrance, sa nouvelle captivité à Rome et son martyre. Il

avait aussi à dire la suite de la vie de Pierre, enfin, les missions des autres apôtres. De plus, au début de son livre, Luc déclare qu'il a fait un premier volume, τὸν μὲν πρῶτον λόγον ἐποιησάμην. Zahn, p. 17 de son commentaire, remarque qu'un écrivain grec d’une certaine formation scolaire ou des Juifs de cette époque qui s'étaient appropriés plus ou moins la culture grecque, comme Philon et Josèphe distinguent régulièrement entré πρότερος, désignant un premier de

(1) We1zsACKER, Apost. Zeitalter, p. 465; Scuwarrz, Zur Chronologie, p. 298; WEND- LAND, Urchr. Literaturf. p. 322, ἢ. 1; Loisy, Les Actes des apôtres, Ὁ. 163; Revue d'’hist. et de litt. rel. 1913, p. 143.

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que ἂ INTRODUCTION.

deux livres et πρῶτος désignant le premier d’une série de plusieurs livres. Luc, médecin grec a dû dans sa jeunesse, à l'école d’un γραμματικός, apprendre cette distinction entre πρότερος et πρῶτος. Cf. le commentaire, £n loco. On a émis, pour expliquer cette fin des Actes, d’autres hypothèses qui semblent inacceptables. Paul est mort avant que le procès romain ne se soit engagé, Haver (1); Paul ἃ été renvoyé indemne, sans que son procès ait été plaidé, ses accusateurs juifs ne s'étant pas présentés, K. Laxe (2). Le livre a été mutilé accidentellement. L'auteur aurait arrêté son récit faute de place dans son manuscrit. Les documents lui faisaient défaut pour continuer son œuvre. Il s’est arrêté parce qu'il avait raconté à Théophile tout ce qu'il lui était nécessaire de savoir; la fin du procès, celui-ci la connaissait, Huc (3), Soror (4). Il a voulu concilier les deux traditions : la tradition des Actes sur le procès romain et celle du voyage de Paul en Espagne, Prisrer (5). On trouvera l'exposé et la discussion … de ces diverses hypothèses dans Gocuez, Le Livre des Actes, p. 326 ss.

(1) Le Christianisme et ses origines, IV, p. 211 558.

(2) The end of Paul's trials in Rome; Th. Tijdschr., 1913, p. 3565.

(8) Eïinleitung in die Schriften des N. T., ΤΙ, p. 269.

(4) Die Enistehung der Apostelgesch., p. 100.

(5) Die zweimalige rômische Gefangeschaft und die span. Reise des Apostels Paulus und der Schluss der Apostelg.; Zeit. für die N. T. Wiss., 1913, p. 216 5.

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