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CHAPITRE VII

δ FE. — Les formes du texte des Actes.

Nous possédons les Actes des apôtres sous deux formes assez divergentes pour que l’on puisse les qualifier de recensions différentes d’un même texte. La première forme a été appelée orientale, appellation partiellement exacte seulement; c'est celle que l’on trouve dans les éditions modernes de Tischendorf, Gebhardt, Westcott-Hort, B. Weiss, Nestle, Bodin, von Soden, Vogels. La seconde forme a été appelée occidentale, appellation inexacte puisqu'on la trouve représentée aussi par des textes orientaux, syriaques et égyptiens. Elle serait mieux qualifiée par l'appellation de syro-latine. Le texte occidental des Actes a été établi par Blass (2), Hilgenfeld (3), Zahn (4). Blass, Kenyon, Coppieters, Goguel préfèrent appeler texte ἃ la forme orientale et texte B la forme occidentale; Zahn, au contraire, appelle À le texte occidental et B le texte oriental. Apparentée à ces deux formes est adjointe une forme mixte, qui admet des textes des deux formes précédentes. Voici les principaux représentants de ces formes.

1° Forme orientale, appelée aussi Texte A. 1, Manuscrits grecs (5) : Sinaïiticus N, Vaticanus, B, Alexandrinus, A, Ephraemi rescriptus, C, Mutinensis, H, Angelicus Romanus, I, Porfirianus Chiovensis, P; la plupart des minuscules grecs. 2, Versions : la Vulgate hiéronymienne, la syriaque philoxénienne, autant qu’on peut la dégager de l’harkléenne, la bohaïrique. 3, Écripains ecclésiastiques : Clément d'Alexandrie, Origène, Chrysostome, etc.

2° Forme occidentale ou Texte B. 1, Manuscrit grec : Codex de Bèze, D, HUE Manquent les passages : var, 29 -x, 14; xxr, 2-10, 15-18; xxnr, 10-20, 29 jusqu’à la fin du livre ; les manuscrits 31, 180, 184,221 ; quelques leçons de C. 2, Versions : le texte latin du codex D, où manquent : vin, 20-x, 4; xx, 34-xxr, 2, 7-10; xxrr, 2-10, 20 jusqu’à la fin; le palimpseste de Fleury, qui contient 1141, 2-1v, 18; 1v, 2ϑνιι, 2; vi, 42-vinr 2, 1x, 4-23; x1v, 5-23; χυ À 34-xvinr, 19; xx, 8-24; xxvi, 20-xxvir, 18; la marge de la version sriaque K harkléenne. 3, Écrivains ecclésiastiques : Irénée, Tertullien, Cyprien, Augus-

(1) 1. BELsER, Séudien zur Apostelgesch. : Theol. Quartalschr., 1895, p. 50-96. Tübingen. Beiträge zur Erklärung der Apostelgesch. Hi Grund der Lesar fen des Codex D und seiner Genossen, Freiburg, 1887. F. BLass, Die zweifache Textüberlieferung in der Apostelgesch. ; Theot. St. und Krit., 189%, p. 86-119, Gotha. De duplici forma Actorum Lucae, Hermathena, 1895, p. 121-143, Dublin. A Porr, Der abendländische Text der Aposteigesch. und die Wir- Quelle, Leipzig, 1900. H. Coprigrers, De historia texlus Aclorum Aposlolorum dissertatio, Lovanii, 1902; COQUE, Le livre des Actes : le Texte, p. 78 55.

(2) Acta apostolorum sive Lucae ad Theophilum secundum formam quae videtur Romanam, Lipsiae, 1896.

(3) Acta apostolorum, graece el latine secundum antiquissimos lextus, Berolini, 1899.

(4) Die Urausgabe der Apostelgeschichte des Lucas, Leipzig, 1916.

(5) Nous ne donnons pour les manuscrits que la notation ancienne : on trouvera p. 1, et ss., les notations de Gregory et de von Soden pour ces manuscrits.

CXXII INTRODUCTION

tin dans ses ouvrages, Acta cum Felice Manichaeo, 1, 4, δ: Liber contra Epistolam Manichaei, ch. 9; les commentaires d'Ephrem et de Chrysostome dans la Catena armentaca.

3° Forme mixte. 1, Manuscrits grecs : Codex Laudianus, Ee, grec latin; minusc. 137, actuellement 614, 58. 2, Versions : syriaque Peschitto, sahidique, arabe; version vieille latine (codex Gipas: Bobbiensis, Vindobonensis, Parisinus, Wernigerodensis, Dublinensis, version provençale). 3, Écrivains ecclésiastiques : Lucifer de Cagliari, Vénérable Bède.

$ 2. — Caractères distinctifs du texte occidental.

Il est caractérisé surtout, par rapport aux autres familles de textes, par un grand nombre d’additions, petites et grandes, par quelques omissions remarquables, par une multitude de variations de termes ou de transpositions de mots, par l'incorporation dans un évangile de sentences appartenant à un autre évangile, par des paraphrases et des interpolations.

Comme additions nous signalerons les suivantes : Ch. xvrr, 8, le codex de Bèze, après πολλοὶ τῶν Κορινθίων... ἐδαπτίσθησαν, ajoute : πιστεύοντες τῷ Θεῷ διὰ τοῦ ὀνόματος τοῦ Κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ. Ch. νι, 1, après αἱ χῆραι αὐτῶν, le codex de Bèze ajoute : ἐν τῇ διακονίᾳ τῶν, ‘E6paluv, et le Palimpseste de Fleury : Quod in cotidiano ministerio viduae Graecorum a ministris Hebraeorum despicerentur. Dans le décret du concile de Jérusalem, xv, 29, après l'interdiction des idolothytes et de la fornication, le codex de Bèze, Irénée, Tertullien ajoutent : καὶ ὅσα μὴ θέλετε ἑαυτοῖς γίνεσθαι, ἑτέρῳ μὴ ποιεῖν. Ch. xvr, 38-40, après τὰ ῥήματα ταῦτα, le texte B ajoute τὰ ῥηθέντα πρὸς τοὺς στρατηγούς, puis après ἐφοδήθησαν : χαὶ παραγενόμενοι μετὰ φίλων πολλῶν εἰς τὴν φυλακήν, παρεχάλεσαν αὐτοὺς ἐξελθεῖν εἰπόντες ἠγνοήσαμεν τὸ χαθ᾽

: τος ὅτι ἐστὲ ἄνδρες δίκαιοι, et Pesch. c 614 ajoutent ἐκ ταύτης τῆς πόλεως ἐξέλθετε, μήπως πο βεφῶσο πάλιν οἱ ἐπικράξαντες χαθ᾽ μῶν. Ch. xvirr, 21, après ἀλλὰ ἀποταξάμενος καὶ εἶπεν, le codex de Bèze, H L P, le codex Gigas tu δεῖ με πάντως τὴν ἑορτὴν τὴν ἐρχομένην ποιῆσαι εἰς Ἱεροσόλυμα. Au commencement du ch. χιχ, le codex de Bèze ajoute : θέλοντος δὲ τοῦ Παύλου κατὰ τὴν ἰδίαν βουλὴν πορεύεσθαι εἰς Ἱεροσόλυμα εἶπεν αὐτῷ τὸ Πνεῦμα ὑποστρέφειν εἰς τὴν ᾿Ασίαν.

Comme addition occidentale, signalons enfin celle que l’on trouve dans le

; #odex Laudianus, les minuscules, 4 15 27 29, etc., le Gigas, Irénée, Cyprien,

| Bède, la Vulgate clémentine, la syriaque Harkléenne, etc., au ch. vu, 37 : Εἶπεν δὲ αὐτῷ ὁ Φίλιππος" εἶν πιστεύεις ἐξ ὅλης τῆς χαρδίας σου, σωθήσῃ πεσε νὴ, ἀποχριθεὶς δὲ εἶπεν.

Πιστεύω τὸν υἱὸν τοῦ Θεοῦ εἶναι Ἰησοῦν Χριστόν. Ce verset est omis par x BACH L P

13 61, le codex Amiatinus et d’autres manuscrits de la Vulgate, par les versions

Peschitto, Sahidique, Bohaïrique, par Jean Chrysostome.

Il serait possible de citer encore d’autres additions, surtout de mots; on pourra sur ce point consulter le travail de Nestle (1).

Les omissions sont moins nombreuses que les additions, car le texte occidental ajoute plutôt qu'il n'omet. Citons seulement la suivante : Actes, xxvn, 11, le texte occidental se présente ainsi en abrégé : ὃ δὲ χυδερνήτης καὶ ὁ ναύκληρος ἐδουλεύοντο πλεῖν, εἴ πως δύναντο καταντῆσαι εἰς Φοίνικα, λιμένα τῆς Κρήτης, καὶ ἐπείθετο ἐχείνοις μᾶλλον

(1) Νουὶ Testamenti graeci Supplementum editionibus de Gebhardt-Tischendorfianis, p. 51-66, Lipsiae, 1896.

ὃ ἑκατοντάρχης À τοῖς ὑπὸ Παύλου λεγομένοις, tandis que le texte oriental est beaucoup plus développé et présenté d’une façon différente : Ὁ δὲ ἑκατοντάρχης τῷ χυδερνήτῃ καὶ τῷ ναυχλήρῳ μᾶλλον ἐπείθετο ἢ τοῖς ὑπὸ Παύλου λεγομένοις. ᾿Ανευθέτου δὲ τοῦ λιμένος ὑπάρχοντος πρὸς παραχειμασίαν, οἱ πλείονες ἔθεντο βουλὴν ἀνάχθῆναι ἐκεῖθεν, εἴ πως δύναιντο καταντήσαντες εἰς Φοίνιχα παραχειμάσαι, λιμένα τὴς Κρήτης βλέποντα χατὰ λίδα καὶ χατὰ χῶρον. Cf. xxvni, où l’on trouve dans le codex de Bèze plusieurs abréviations, ÿ 1-12.

Pour les variations de termes et les transpositions de mots, il serait superflu de les rapporter dans le détail, il suffira de mettre en regard un morceau des Actes :

Actes, τ, 2-6, Vaticanus : Οὺς ἐξελέξατο ἀνελήμφθη... . . . ἘΞΞ Codex de Bèze : Oùc ἐξελέξατο χαὶ ἐχέλευσε

Me ce pri ee a ne ὀπταγόμενος., «αὐτοῖς». -ΧΑὶ χηρύσσειν τὸν εὐαγγέλιον... ὀπτανόμενος αὐτοῖς... καὶ συναλιζόμενος.... ἀλλὰ περιμένειν τὴν ἐπαγγελίαν τοῦ συναλισχόμενος μετ᾽ αὐτῶν... ἀλλά περιμένειν τὴν ἐπαγγελίαν τοῦ πατρὸς ἣν ἠχούσατέ μου .… βαπτισθήσεσθε πατρὸς ἣν ἠχούσα φησὶν διὰ τοῦ στόματός μου... βαπτισθήσεσθαι πο πὰ πο οὺ μεξαϊ πολλὰς ταύτας ἡβερᾶς. Ὡς καὶ ὃ μέλλεται Aaubaverv où μετὰ πολλὰς ταύτας ἡμέρας ἕως

Ainsi que nous le verrons dans le commentaire, le texte occidental, comparé au texte oriental, présente les caractères d'une paraphrase ou explication. Ainsi, v, 29, au lieu de la réponse directe des apôtres aux membres du Sanhédrin : ἀποχριθεὶς δὲ ὁ Πέτρος καὶ of ἀπόστολοι εἶπον" πειθαρχεῖν dei Θεῷ μᾶλλον ἢ ἀνθρώποις, nous avons le développement suivant : ἀποχριθεὶς δὲ Πέτρος εἶπεν πρὸς αὐτόν᾽ τίνι πειθαρχεῖν δεῖ, Θεῷ ἢ ἀνθρώποις; ὁ δὲ εἶπεν: Θεῷ. L'entrevue de l’apôtre Pierre avec le centurion Corneille, x, 25, est présentée de la façon suivante : προσεγγίζοντος δὲ τοῦ Πέτρου εἰς Καισάρειαν, προδραμὼν εἷς τῶν δούλων διεσάφησεν παραγεγονέναι adrov à δὲ Κορνήλιος ἐχπηδήσας χαὶ συναντήσας αὐτῷ, πεσών... εἶπεν δὲ αὐτῷ ὁ Πέτρος" Τί ποιεῖς: τὸν Θεὸν προσχύσει" ἐγὼ γὰρ ἄνθρωπός εἰμι ὡς καὶ σύ.

Voici comment le codex de Bèze paraphrase le passage des Actes, χι, 2, où il est dit simplement que lorsque Pierre monta à Jérusalem, ceux de la circoncision discutaient contre lui. ὃ μὲν οὖν Πέτρος διὰ ἱκανοῦ χρόνου ἠθέλησεν πορευθῆναι εἷς Ἵ. καὶ προσφωνήσας τοὺς ἀδελφοὺς χαὶ ἐπιστηρίξας αὐτοὺς ἐξῆλθεν, πολύν τε λόγον ποιούμενος ἐπορεύετο διὰ τῶν χωρῶν διδάσκων αὐτούς" ὅτε δὲ χατήντησεν εἰς ‘[. χαὶ ἀπήγγειλεν αὐτοῖς τὴν χαριν τοῦ Θεοῦ, οἱ ἐκ περιτομῆς ἀδελφοὶ διεχρίνοντο πρὸς αὐτόν.

Deux des plus remarquables développements sont les suivants :

v, 39 : Εἰ δὲ ἐχ Θεοῦ ἐστιν où δυνήσεσθε Εἰ δὲ αὕτη À ἐξουσία ἐκ Θεοῦ θελήματός χαταλῦσαι αὐτούς, μή ποτε καὶ θεομάχοι ebpe ἐστιν οὐ δυνήσεσθε χαταλῦσαι αὐτούς, οὔτε θῆτε. εὑμεῖς οὔτε βασιλεῖς οὔτε (xal) τύραννοι" ἀπέ-

χεσθε οὖν ἀπὸ τῶν ἀνθρώπων τούτων, μή ποτε καὶ θεομάχοι εὑῥεθῆτε, xIX, 6 : Ἐλάλουν τε γλώσσαις καὶ ἐπροφή- ᾿Ελάλουν τε γλώσσαις ἑτέραις, καὶ ἐπεγίνωnp σχον ἐν ἑαυτοῖς ὥστε xal ἑρμηνεύειν αὐτὰς ἑαυτοῖς, τινὲς δὲ χαὶ ἐπροφήτευον.

ΠΟΧΧΙΥ͂ : INTRODUCTION

On trouverait d’autres développements ou paraphrases dans Actes, xiv, 2-5; xvr, 35-39; xvn, 15; xviu, 27; χιχ, 1, 9; xx, 15, ete. Le codex de Bèze nous dit même que Mnason, le disciple ancien, habitait un village entre Césarée et Jérusalem, tandis que, d’après le texte oriental, il paraît avoir habité Jérusalem, Actes, xxt, 16.

Mais les différences de texte entre les deux formes des Actes sont trop. nombreuses pour que nous puissions les citer toutes; on compte pour le codex de Bèze plus de 400 additions au codex Vaticanus. Ces constatations faites, nous devons examiner la question suivante. :

$ 3. — Hypothèses sur les caractères et la valeur du texte occidental.

| Étant donné ces faits et ceux qui ont été exposés à propos des évangiles, trois hypothèses sont possibles : 1° Le texte B est une modification du texte À par des altérations diverses, qu’elles soient le fait d’un ou de plusieurs interpolateurs. Nous reviendrons plus tard sur cette hypothèse; 2° Le texte B au contraire est le texte original qui aurait été corrigé, amélioré, abrégé surtout pour retrancher ce qui était inutile, par des recenseurs plus ou moins habiles. Le résultat de leur travail aurait été le texte À, lequel paraissant plus correct, d’une meilleure tenue littéraire, aurait été adopté et aurait peu à peu remplacé le texte B; 3° Ce travail de revision aurait été fait par Luc lui-même; c’est l'hypothèse de Blass. Son hypothèse mérite d’être exposée soigneusement, car elle n’est pas impos-. sible en soi, puisqu'on connaît d’autres exemples d'ouvrages anciens, édités deux fois : la 110 Afiippique de Démosthène, la Chronique d'Apoilodore, le Contra Marcionem de Tertullien, le De Martyriis Palest. d'Eusèbe, etc. Origène aurait même édité trois fois certaines de ses œuvres (1). Depuis longtemps on s’est préoccupé — Bède 16 Vénérable, Théodore de Bèze — de la question du texte. Citons seulement le jugement qu'a porté Richard Simon (2) sur l’état du Codex de Bèze : Ceux qui ont retouché ces anciens exemplaires ne songèrent qu’à les rendre plus clairs, sans se mettre en peine de conserver la véritable leçon des évangélistes et des apôtres, les ont paraphrasés lorsqu'ils ont cru qu’ils n'étaient pas assez étendus. Ils les ont au contraire abrégés dans les endroits qu'ils ont trouvés embarrassés, à cause de la superfluité des mots qu’ils ont aussi transposés en une infinité d’endroits pour cette même raison. Ce qu'il suffit d'observer une fois, en général, sans qu'il soit nécessaire de parcourir les passages qui ont été altérés dans l’exemplaire de Cambridge, tant dans l'Évangile que dans les Actes des apôtres. Ce qui paraît même davantage dans les Actes, parce qu'on ἃ pris une très grande liberté de réformer cette histoire dans les premiers siècles de l'Église. . Les premiers éditeurs du texte des Actes s'étaient déjà préoccupés des variantes qu’offrait le codex de Bèze. Un Hollandais, Jean Leclerc, avait émis cette idée que Luc avait donné deux éditions des Actes et Hemsterhuis avait proposé une

(1) Cf. Senurius, Ed. HUEMER, p. 172, Viennae, 1885. (2) Histoire crilique du Nouveau Testament, 1689, p. 375 5.

opinion analogue pour d'autres écrits du Nouveau Testament (1). Bornemann (2), Semler soutinrent que le codex de Bèze fournissait le texte original.

Dans une étude sur l'emploi qu'il convient de faire des versions orientales du N.T., Paul de Lagarde (3) examine la valeur respective des différents types du texte grec du N. T. Dans la recension dite orientale, il ne voit qu'une édition corrompue par ce qu'il appelle la témérité des correcteurs orthodoxes, Le texte du manuscrit de Cambridge, bien qu'il contienne des fautes imputables aux copistes, se recommande aux yeux de Paul de Lagarde par son accord awec les versions anciennes et avec les citations des Pères. I lui paraît avoir été copié sur un exemplaire du τι siècle. — Hort, Lightfoot, Scrivener, Zahn se demandèrent aussi si Luc n'avait pas donné deux éditions des Actes. Cette hypothèse a été établie à l’aide de preuves nouvelles par Blass. Il a donné une double édition des Actes et a restitué le texte occidental à l’aide non seulement du codex de Bèze, mais aussi des autres autorités de ce texte que nous avons citées. Il suppose qu'étant à Rome Luc écrivit, vers la fin de la captivité de Paul dans cette ville, le livre des Actes tel que nous le possé-

dons dans sa forme occidentale; plus tard il le corrigea, retrancha tout ce qui

était inutile et l’envoya à Théophile; ce second texte est celui que nous possédons dans les manuscrits de type oriental.

Voici quelques-unes des observations sur lesquelles Blass appuie son hypothèse. On ne voit pas pourquoi un correcteur autre que l’auteur lui-même, qui désirait améliorer son œuve, aurait modifié le texte B pour en retrancher des faits qui en soi n'étaient pas tels qu'il était nécessaire de les supprimer. En

second lieu, et cela est le plus important, les variantes du texte B offrent les

mêmes caractères linguistiques que l'on relève dans la langue et le style de Luc et proviennent d’un témoin oculaire. Ainsi xr, après le ᾧ 27, le codex D

ajoute : ἦν δὲ πολλὴ ἀγαλλίασις. συνεστραμμένων δὲ ἡμῶν. Or, ἀγαλλίασις est un mot 486,

seul des évangélistes, Luc ἃ employé. ἢ ne se trouve ensuite que cinq fois dans

le N. T. : trois fois dans Hébreux et une fois dans Jude. Ch. x11, 3, le texte B pré-

sente une forme trop particulière pour n'être pas originale. Après ces mots: ᾿Ιδὼν [Ἡρῴδης] ὅτι ἀρεστόν ἐστιν τοῖς ᾿Ιουδαίοις, le codex de Bèze ajoute : ἣ ἐπιχείρησις

αὐτοῦ ἐπὶ τοὺς πιστούς, qui explique l’action d'Hérode. De plus ἐπιχείρησις ne se

trouve nulle part dans le N. T., mais le verbe ἐπιχειρέω, d'où dérive ce mot, a été

employé par Luc, Actes 1x, 29, xix, 13; Le., x, 1. Comme preuve de l'originalité du texte B, on peut citer aussi les passages où

le texte À a abrégé le texte B : πὶ, 1; 1v, 1, 38, 24, 32, νι, 29; 1x, 5-8; x, 23; x1,2; x1V, 2, 5, 8; xvi, 19, χνιι, 12, 15; χχι, 39; xxrr, 26; ceux où B contient des indi-

cations de temps, qui manquent dans À : xv, 30; xvi, 1; xvir, 9, 11; xvirx, 49; ΧΙΧ, 9; xx, 18; xxvui, 1; ceux qui dans B déterminent exactement des lieux, des circonstances ou des personnages dont il n’est pas parlé dans À : χι, 28: XIE LU: KVE, 90; XVHI, 19. 27:-xix, 14: xx, 15: xx1, 175 ΧΧΙν 27 XV TON toutes corrections qui ont dû être faites par l'auteur pour perfectionner son travail.

(1) SEMLER, Wetstenii libelli ad crisin atque interpretationem N. T. Halae, p. 8, 1766.

(2) Acta apostol. ad codicis Cantabrigiensis fidem ila recensuit Bornemann, ut nunc demum divini libri primordia eluceant, Pars 1, London, 1848.

(3) De Novo Testamento ad versionum orientalium fidem edendo, Berlin, 1857.

CXXVI INTRODUCTION

Cette hypothèse a été adoptée par des critiques de valeur : Dräseke (1), Zôckler (2), Nestle (3), Belser (4), Haussleiter (5), Grafe (6), Zahn (7), Vogel (8), Weber (9), Salmon (10), Conybeare (11) et rejetée par d’autres de non moindre valeur : Chase (12), Harris (13), Ramsay (14), Bousset (15), B. Weiss (16), Wendt (17), Harnack (18), Schmiedel (19), H. Holtzmann (20), Gregory (21), Jülicher (22), Corssen (23), von Dobschütz (24), von Soden (25), Preuschen (26), Clemen (27), Coppieters (28), Pott (29), K. Lake (30), Goguel (31), Loisy (32), Kenyon (33).

1° Les preuves qu’a fournies Blas pour étayer son hypothèse ne paraissent

. pas suffisantes. La principale objection est qu'on ne peut pas établir avec certitude le texte B. Blass (34) Hilgenfeld (35) et Zahn (36) ont essayé de le restituer d’après les témoins que nous en avons; mais leur texte diffère sur un grand nombre

(1) Zur Uebertlieferung der Apostelgeschichte; Zeitschr. für wiss. Th., 1894, p. 193 5. # (2) Die Apostelgeschichte als Gegenstand hôh.-und nied. Kritik : Greifswalder Studien, 1895, p. 129-145.

(3) Einige Beobachtungen sum Codex Bezü : Stud. und Kritiken, 1896, p. 102 s.; Einführung in das gr. N.T., p. 2428.

(4) Die Selbstivertheidigung des Paulus im Galaterbriefe, Ὁ. 189, 1896. (5) Ein aller lateinischer Text der Apostelgeschichte : Th. Lit. Bl., 1896, 105-111. . (6) Der Codex Bezae und das Lukasevangelium : Th. Stud und Krit., 1898, p. 116-140. (7) Einleit. in das N. T., 11, 1900, p. 339-360. (8) Zur Charakteristik des Lukas nach Sprache und Stil, 1899, p. 69. (9) Die Galaterfrage und ihre Beleuchtung durch Blass’'sche Lesarten zur Apost. : Zeit. f. kath. Th., 1898, p. 304-330.

(10) Hermathena, 1895, p. 225 ss. Introd. Lo the N. T., 1897, p. 392-604. (11) Amer. Journal of Philology, 1896, p. 168 5. (12) Critical Review, 1894, p. 300-305.

(13, Four Lectures on the western Text of the N. T., 1894. (14) Profesor Blass on the two editions of Act, Expos., 1895, p. 129-142. (15) Der Text des Neuen Testamentes : Theol. Rundschau, 1898, p. 405-419; 1901, p. 363-380. (16) Der Codex D in der Apostelgeschichte, 1897. (17) Die Apostelgeschichte, 1899.

(18) Das Aposteldecrel und die Blass'sche Hypothese : Sitz. der kôn pr. Ac. der Wiss.in Berlin, ᾿ - 1899, p. 159-176.

(19) Encycl. biblica, 1899, p. 50-56.

(20) Die Apostelgeschichte, 1901, p. 9-10.

(21) Textkritik des N. T., 1900, 1, p. 203.

(22) Einl. in das N. T., 1901, p. 357-360. (23) Gôlt. gel. Anseigen, 1894, p. 425-448.

(24) Liter. Central Blatt, 1895, p. 601-605.

(25) Die Scriften des N. T., 1910, p. 1649-1840. (26) Berl. philol. Wochenschr., 1901, p. 232-236. (27) Theol. Studien und Krit., 1895, p. 301 55. (28) De Historia textus Actorum apostolorum Dissertatio, 1902. (29) Der abendl. Text der Apostelgeschichte und die Wirquelle, 1900. (30) The Text ofthe N. T., 1901, p. 72-91.

(31) Le Livre des Actes, 1922.

(32) Les Actes des Apôtres, 1920, p. 124-130. (33) Handbook to the textual Criticism of the Neuv Testament, 1912, p. 3515 (34) Acta Apostolorum secundum formam quae videlur romanam, p. 1-95, Lipsiae, 1896. (35) Acta Apostolorum, graece et latine, p. 1-126, Berlin, 1899. (36) Die Urausgabe der Apostelgeschichte des Lucas.

de points et cela devait être, car les témoins ne s'accordent pas et présentent

quelquefois des variantes différentes, Blass, Hilgenfeld et Zahn ont adopté celles

qui leur paraissaient les meilleures, et leur jugement n’a pas toujours été en accord. Certaines leçons du texte grec semblent être une traduction du texte latin. Contre l'identité d'expressions dans les textes À et B, qui prouveraient l'identité d'auteur, on remarque que B contient 64 mots dans les Actes et le IIIe Evangile que ne connaît pas le texte A. Ce qui surtout ne permet pas de supposer que Luc est l’auteur de la recension B, c’est que celle-ci trahit sur certains points une origine tardive, vers 100-140. Gamaliel dit au Sanhédrin, v, 39 : Vous ne pourrez les détruire (ni les rois, ni les tyrans). Ces derniers mots ont été écrits après un temps de persécution. Enfin, on a déjà remarqué que les témoins du texte B ne présentent pas tous les mêmes variantes et ne les possè-

dent pas toutes non plus. Ne pourrait-on pas supposer que les recenseurs de ce texte ont été multiples? Toutes ces raisons excluent l'hypothèse de Blass.

Revenons au texte des Actes des apôtres. Que les variantes de B proviennent d'un témoin oculaire, cela pourrait s'expliquer par l'hypothèse de Pott (1). Le recenseur B se serait servi pour son travail des Acta Pauli, qui ont fourni le journal de voyage de l'éditeur du texte A, lequel avait abrégé ou modifié sa source. Cette hypothèse explique bien les modifications des derniers chapitres, mais ne rend pas compte de celles des douze premiers chapitres, qui sont aussi nombreuses et aussi importantes : 1, 32; τι, 45; π|, 8, 1v, 18, 32; v, 22, 27, 39, etc.

Les observations qu'ont présentées Ramsay et Coppieters sur ce double texte des Actes paraissent avoir donné de bonnes indications pour la solution du problème. Si elles n’expliquent pas tous les faits, elles donnent la raison d’être de nombre d’entre eux.

Ramsay (2) admet tout d’abord qu’en certains passages des Actes, χι, 20; χη, 25; xx, 4-6, le codex de Bèze donne le texte authentique, mais il soutient qu'il adoucit le texte plutôt rude, qui est caractéristique de la langue de Luc (3). C’est 16 travail d’un reviseur d’origine orientale, écrivant au 11° siècle, lequel a corrigé les Actes pour les mettre en accord avec les circonstances de son temps; il a introduit dans le texte des données exactes, mais étrangères à l'œuvre primitive (4). Ainsi, Actes, xx1, 16, le texte n’est pas suffisamment explicite, et, de ce fait, il reste obscur; il est parlé de disciples de Césarée qui conduisirent Paul chez un certain Mnason, où lui et se$ compagnons devaient loger. Il semble que ce Mnason habitait Jérusalem, et que le voyage, par conséquent, eut lieu de Césarée à Jérusalem en un jour. Or, il y a 103 kilomètres de la première ville à la seconde, distance qui exigeait au moins deux jours de voyage. Le codex de Bèze décrit ce qui a dû se passer : (Les disciples de Césarée) nous conduisirent chez celui qui devait nous donner l'hospitalité, et arrivés dans une cité, nous fâmes chez Mnason et, étant sortis de là, nous vinmes à Jérusalem (δ).

Ramsay cite encore d’autres passages qui prouvent que le correcteur connais-

(1) Der abendländische Text der Apostelgesch. und die Wir-Quelle, Leipzig, 1900. (2) St. Paul, the Traveller and the roman Citizen, p. 24.

(3) Op. cit., p. 25.

(4) The Church in the Roman Empire before À. D. 170, p. 151-165.

(5) SE. Paul, the Traveller, p. 302.

(me

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