CXXVIII INTRODUCTION
sait bien l'Asie mineure; il n'en était pas de même pour l’Europe. Ch. xvr, 12, 1] affirme que la ville de Philippes était la tête, κεφαλή, de la Macédoine, ce qui est inexact : Philippes est la première de (son) district de la Macédoine, πρώτη τῆς μερίδος ΝΙακεδωνίας, ainsi que porte le texte de nos éditions. Le reviseur s’est encore trompé, ch. xvinr, 3: xvr, 80; xvir, 15, où il fait passer Paul par la Thessalie dans son voyage de Bérée à Athènes, lequel se fit par mer. Il altère les faits qui étaient vrais au 1 siècle et ne l’étaient plus au τ΄, ch. xutr, 14; mais il a dû écrire vers l’an 150, avant que la Lycaonie ne fût disjointe de la Galatie.
En fait, conclut Ramsay, le reviseur a traité son texte avec la plus grande liberté; la connaissance qu’il montre de la topographie de l'Asie et de la Galatie méridionale prouve qu'il était en rapport avec l'Église d'Éphèse et avec celles d'Iconium et de Lystres. Certaines traditions pauliniennes, encore survivantes dans ces églises, lui étaient familières, tandis que, dans les changements qu'il a
| apportés aux récits des voyages de Paul en Macédoine οἱ à Corinthe, il ne paraît
avoir connu aucune tradition authentique.
Passons à l'hypothèse de Coppieters (1) qui se rapproche sur certains points de celle de Ramsay. D'une comparaison approfondie des variantes des textes À et B il conclut que la forme A représente le texte authentique des Actes, et que les leçons de la forme B ne peuvent ni être attribuées à Luc, ni provenir du journal de voyage. 11 pense que la recension occidentale a dû naître en Asie mineure, peut-être à Éphèse, vers l'an 100-140. Le recenseur a amplifié le récit en y
ajoutant des mots ou des expressions qui lui impriment un caractère d'emphase :
πᾶς, πολύς, ὅλος, μέγας, μετὰ πάσης παρρησίας, χαίρων καὶ ἐξαλλόμενος, etc.; des phrases qui exaltent le ministère de Pierre : x1, 2, et celui de Paul : x, 44, 45; χτν, 7; xvI, 12; x1x, 20; des mentions de lieux et de temps, des compléments au moyen de récits parallèles dans les Actes : 11, 46; χιχ, 1-9; xxxr, 3-42; xxv, 9-18, Il a tiré ses renseignements de l'Ancien Testament et du Nouveau ou de quelque tradition ancienne. Il exagère les persécutions venant des Juifs et diminue celles
qui viennent des Romains : χιν, 2 s.; xvni, 4; xx, 24, etc. Beaucoup de ces
interpolations ont un caractère d'amplification ou d'explication.
2° Signalons maintenant quelques-uns des faits qui pourraient être relevés en faveur de l'unité et de l'originalité du texte occidental. Et d’abord, 1, bien que toutes les leçons du texte B ne se retrouvent pas dans toutes les autorités de ce texte, celui-ci présente de nombreuses leçons caractéristiques que l’on relève toutes dans les représentants du texte B, ce qui oblige à conclure à l'unité du texte occidental, en ce sens qu’elle est une recension du texte et non l'accumulation fortuite de variantes d'origines diverses. Cf. von Sonew, Dre Schriften, 1, p. 1834.
Voici quelques-unes des leçons caractéristiques qui sont dans toutes les autorités du texte occidental.
A. La fréquence du génitif absolu : Καὶ ταῦτα εἰπόντος αὐτοῦ, 1, 9: ὄντων αὐτῶν πάντων, τι, 1; οὔσης ὥρας... τρίτης, τι, 153 χαὶ περιελθόντων δὲ αὐτῶν, xt, 6. Cf. ut, 1; IX, 8; Χχι, 1; xxvi, 24, etc. On en relève en tout 37.
B. Des leçons, brèves d'ordinaire, commencent par un participe, qui complète le sens de la phrase : [Οἱ δὲ ἀκούσαντες] καὶ ἐπιγνόντες τὴν τοῦ Θεοῦ ἐνέργειαν, ιν, 24; après σὺν αὐτῷ, ἐγερθέντες τὸ πρωί, v, 21. Cf. 38; νι, 10; x, 28; xxvir, 15, etc.
(1) De historia lextus Aclorum Apostolorum Dissertatio, Lovanii, 1902.
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τ TEXTE DES ACTES DES APOTRES. CXXIX
C. Fréquemment des pronoms ou des compléments sont ajoutés au verbe : ἊΝ ὁ ἣν \ - , J \ 09 # .
ἠχούσατέ φησιν διὰ τοῦ στόματός μου, 1, 4. Après les verbes λαλεῖν, λέγειν, le texte occidental ajoute souvent τὰ ῥήματα (ταῦτα), 1v, 1, 17; v, 33, etc. Au moyen d’un datif
ou d'une préposition suivie d’un pronom, il indique de qui il est question :
μάρτυρας ψευδεῖς χατ᾽ αὐτοῦ λέγοντας, vi, 13, etc.
D. Les appellations Ἰησοῦς, ὃ Ἰησοῦς, Χριστός, ὃ Χριστός, ᾿Ιησοῦς Χριστός, Χριστὸς Ἴησοὺς sont différemment employées dans 165. textes À et B. À Ἰησοῦς Χριστός souvent est ajouté ὃ Κύριος, τι, 38; 1v, 10, ou Κύριος Ἰησοῦς: À devient dans B : Κύριος Ἰησοῦς Χριστός, 1, 21 ; 1v, 33, etc. Le texte B ajoute à A : διά τοῦ ὀνόματος Kuotou Ἰησοῦ Χριστοῦ, νι, ὃ; ἐν τῷ ὀνόματι τοῦ Κυρίου ἡμῶν Ἰησοῦ, 1x, 40; χιν, 10; διὰ τοῦ ὀνόματος τοῦ Κυρίου “ἡμῶν Ἰησοῦ Χριστοῦ, xvirr, 8. Il est probable que ces appellations plus développées de Ἰησοῦς proviennent de l’usage liturgique.
Ε΄. Cette unité du texte occidental ressort encore des caractéristiques que nous avons signalées, plus haut, additions, amplifications, paraphrases, explications et aussi du caractère emphatique de la narration qui se trahit par l’emploi de πᾶς, πολύς, παρρησίᾳ, ἦν δὲ πολλὴ ἀγαλλίασις, etc.
F. Dans la recension occidentale sont souvent ajoutées des précisions sur le temps ou le lieu de l’action : ἕως τῆς πεντηχοστῆς, v, 1; ἡμέρας τεσσεράχοντα, x, 41; Οἵνχι, 2; xv, 80; xvr, 11; xvir, 19, etc., en tout, 16 indications de temps, — ἐν Ἱερουσαλήμ, 11, 42; ἐν τῷ ἱερῷ, v, 12; εἰς τὴν Καισάρειαν, x, 253; χατέδησαν τοὺς ἐπτὰ βαθμούς, χει, 10, etc., en tout 40 indications de lieux. Pour toutes ces observations et les références, cf. CoPpreters, De historia textus Actorum apostolorum, p. 77-92.
Cette unité du texte occidental a été soutenue par Ramsay (1), Harnack (2), Wendt (3), Corssen (4), Goguel (5), contestée par Harris (6), von Soden (7) et niée par B. Weiss (8), von Dobschütz (9), Pott (10), K. Lake (11), Chase (12); elle nous paraît démontrée.
2. Les tenants de l'originalité du texte occidental présentent les passages suivants à l'appui de leur hypothèse : le préambule des Actes, τ, 2; le raisonne-= ment de Gamaliel, v, 36, 37; le murmure des Hellénistes contre les Hébreux, vi, 1; la communauté des chrétiens d'Antioche, xr, 27, 28; les leçons du ch. xrr; la persécution à Iconium, xiv, 1-6; le décret du concile apostolique, xv, 20, 29; Χχι, 25; lecons diverses xvr, 6,7; xvinr, 23; ΧΙΧ, 1, sur la question des destinataires de l’épitre aux Galates; leçons diverses sur Priscille et Aquilas, xvrrr, 2, 3, 7, 18, 21, 26; fin du second et commencement du troisième voyage apostolique,
(1) 5. Paul, p. 28-27. Cependant dans The Church, p. 162 s., il déclare que quelques-unes au moins des leçons du codex de Bèze y ont été introduites peu à peu.
(2) Sitz. der Kün pr. Akad. d. Wis 8. zur Berlin, 1899,p. 321 58.
(3) Die Apostelgeschichte, p.51s.
(4) Gôtt. gelch. Anzeigen, 1896, p. 427.
(5) Le Livre des Actes, 1922, Ὁ. 103.
(6) Four Lectures, 1894, p. 66.
(7) Deutsche Literaturzeitung, 1895, p. 1093.
(8) Der Codex D, 1897, p. 1-4.
(9) Theol. Lit. 1899, p. 293.
(10) Der abend. Text., 1900, passim.
(11) The Text of the New Test., 1901, Ὁ. 79-81.
(12) The old syriac element in the Text of codex Bezae, Ὁ. 134 ss.
ACTES BES APOTRES. i
ΠΡ ΟΧΧΧ INTRODUCTION
xvinr, 18, 21; x1x, départ de Corinthe de Paul, lors de son troisième voyage, xx, 3-6; troisième voyage apostolique, Paul est reçu chez Mnason, xxr, 16, 17; {18} cours de Tertullus contre Paul devant Félix, χχιν, 6-8.
Coppieters a discuté toutes ces leçons du texte occidental, op. cit., p. 123-201, et a conclu : Toti igitur versati in librandis majoribus lectionibus quibus utraque haec recensio discrepat, probavimus orientalem antiquissimorum codicum recensionem generatim authenticum aut, si lubet, authentico propiorem Actorum textum praebere, varias autem lectiones quibus ab hoc textu discrepat β, neque Lucae primae scripturae tribui, neque ex fontibus Actorum — signanter ex Wir-Quelle — derivari posse. Des textes qu'il a discutés, τ, 2; v, 36, 37; var, 2; xv, 20-29; xxr, 25; xxiv, 6-8, plusieurs démontrent qu’il n'y a pas eu deux éditions des Actes émises par Luc; quelques ‘autres, x1v, 2; x1x, 9; xx, 15; χχι, 1, 16; xxvni, 5, ont pu provenir de Luc lui-même, ou provenir des sources des Actes ou d’un habile interpolateur. Quelques textes enfin, χι, 27, 28; xur, 10; x1x, 9, peuvent être attribués à l’auteur des Actes ou empruntés aux sources de cet écrit.
Nous aurons au cours du commentaire à discuter ces divers textes et à faire le départ entre ceux qui sont nettement inauthentiques et ceux qui présentent des caractères d'authenticité. Voici les variantes que la majorité des critiques serait
disposée à tenir pour authentiques : 1x, 5, Ἰωνάθας au lieu de ᾿Ιωάνης; x11, 1, ἡ ἐπιχείρησις αὐτοῦ ἐπὶ τοὺς πιστούς; χιι, 10, χατέδησαν τοὺς ἑπτὰ βαθμούς: χιχ, 2; Τυράννου τινὸς ἀπὸ ὥρας πέμπτης ἕως δεκάτηρ; XX, 15, après εἰς Σάμον : χαὶ μείναντες ἐν Τρωγυλίαᾳ ; XXI, 1, ἀποσπασθέντων δὲ ἡμῶν ἀπ᾽ αὐτῶν émédvres ἀνήχθημεν. Plusieurs critiques raccepteraient aussi comme original : x1, 27, 28, ἦν δὲ πολλὴ ἀγαλλίασις, DORRCU RES δὲ ἡμῶν; et peut-être aussi : xv, 29, ἀπέχεσθαι εἰδολοθύτων χαὶ αἵματος χαὶ πορνείας, χαὶ ὅσα μὴ θέλετε ἑαυτοῖς γίνεσθαι, ἑτέροις un ποιεῖν (μὴ ποιεῖτε, [) 3).
Venons-en maintenant aux hypothèses qui traitent de l’ensemble du problème du texte occidental, telles que celles de Westcott-Hort, Rendel Harris, Chase, Resch, B. Weiss, qui tous refusent de tenir ce texte pour original. Nous
ne pouvons entrer dans tous les détails de leurs hypothèses, et nous devrons nous borner à en dégager l’idée directrice et les preuves principales.
Nous avons exposé ailleurs (1) le système de Westcott-Hort sur l’histoire du texte du Nouveau Testament. Il nous suffira de dire ici la position que prennent ces critiques au sujet du texte occidental. D'après eux, les leçons aberrantes de
ce texte sont des interpolations du texte qu'ils qualifient de neutre, texte repré- :
senté par le Vaticanus et le Sinaiticus. Aucune de ces variantes ne serait authentique au point de vue du texte des évangiles, mais quelques-unes d'entre elles offriraient peut-être, principalement dans les Actes, des traditions primitives, conservées oralement ou par écrit. Quant aux omissions des versions latines, ils les acceptent comme authentiques et comme représentant le texte original, corrompu par des additions qui se seraient glissées dans le texte neutre; c’est ce qu'ils appellent les non-interpolations occidentales.
Rendel Harris regarde aussi le texte occidental comme altéré, et cherche à montrer comment les variantes du codex de Bèze se sont produites. Il les
(1) Le Nouveau Testament dans l'Église chrétienne, ΤΙ, p. 450.
attribue à diverses causes qu'il croit reconnaître, et qu’il essaye de déterminer. Et d’abord, la plus grande partie des interpolations occidentales, qu’on relève dans les Actes, sont dues à un scribe montaniste. Un des caractères du codex de Bèze est la présence de nombreuses gloses qui paraissent injustifiées. Plusieurs ont pour but de faire ressortir l’action du Saint-Esprit sur le croyant et son habitation dans l’âme du chrétien. Voici quelques-uns des textes que relève Rendel Harris (1). Dans Actes, νι, 10, il est dit que les Juifs ne pouvaient résister à sa sagesse et à l'Esprit avec lequel il [Étienne] Are la glose du codex de Bèze est celle-ci : οἵτινες οὐκ ἴσχυον ἀντιστῆναι τῇ σοφίᾳ [τῇ οὔση ἐν αὐτῷ] καὶ τῷ Πνεύματι [τῷ ἁγίῳ] ᾧ ἐλάλει. — Actes, xv, 29, les apôtres ordonnent aux païens convertis de s'abstenir de viandes immolées aux idoles, du sang, des animaux étouffés et de la fornication et, en vous gardant de ces choses vous agirez bien; le glossateur ajoute : φερόμενοι ἐν τῷ ἁγίῳ Πνεύματι. ---- Actes, χιχ, 1, il est rapporté que Paul, après avoir parcouru le haut pays [de Galatie et de Phrygie] vint à Éphèse; le glossateur explique que c’est sous l'impulsion du Saint- Esprit que Paul, dont le projet était d’aller à Jésusalem, changea de direction et vint a Éphèse : θέλοντος δὲ τοῦ Παύλου χατὰ τὴν ἰδίαν βουλὴν πορεύεσθαι εἰς Ἱεροσόλυμα εἶπεν αὐτῷ τὸ Πνεῦμα ἅγιον ὑποστρέφειν εἰς τὴν ᾿Ασίαν. Cf. encore Act. τν, 24; ΧΥῚ, 10 XIX, 2
Rendel Harris démontre ensuite que le texte grec du codex de Bèze a été latinisé; en d’autres termes, qu’il ἃ été conformé au texte latin, adjacent au texte grec. De plus, ce texte latin est plus ancien que le grec auquel il est joint; il est conforme au texte latin de saint Irénée et vient probablement de Γ᾿ église de Carthage. On découvre son influence dans le Diatessaron de Tatien, ce qui nous oblige à conclure que celui-ci avait entre les mains un manuscrit greclatin, d'où pourrait dériver le codex de Bèze, ou bien que Tatien a employé un texte latin apparenté à celui que nous avons dans le codex de Bèze. Mais alors, que deviendrait l'hypothèse du glossateur montaniste, lequel n'a pu exercer son action sur le texte avant la fin du n° siècle? Quoi qu'il en soit de la valeur critique et historique de l'hypothèse de Rendel Harris dans ses diverses parties, il len résulte que le texte occidental présente des couches multiples qu'il a déter- |minées avec assez de netteté.
| L'hypothèse de Chase est assez semblable à celle de Rendel Harris, avec cette différence fondamentale qu’au lieu de croire que le texte occidental ἃ subi l'influence des versions latines, il pense qu'il a été contaminé par la version isyriaque. Ce n’est donc plus à des manuscrits gréco-latins qu’il se réfère, mais à des gréco-syriaques. Nous ne pouvons entrer dans le détail des preuves qu'il donne pour étayer son hypothèse; nous devons nous borner à résumer les faits qu'il a rassemblés, et à indiquer les conclusions. Nous sommes obligé de constater que certaines dérivations du texte oriental au texte syriaque, nous ont paru lassez subtiles. cependant, il y a des constatations qui nous ont semblé exactes. Et d'abord, Chase (2) proteste, avec raison, à notre avis, contre cette appellation de texte occidental que l’on donne à un texte que l’on retrouve dans toute ‘étendue du monde chrétien, en Orient aussi bien qu'en Occident; il propose
| (1) Texts and Studies, 11, n° 1: À study of Codex Bezsae, Cambridge, 1891, p. 150. (2) The old syriac Element in the Text of Codex Bezae, London, 1893.