CXXXII INTRODUCTION
de l'appeler texte syro-latin, ce qui serait une bonne épithète si elle ne laissait en dehors le fait que ce texte était répandu en Egypte, au n° siècle.
“Chase s'occupe d’abord du texte des Actes que nous donne le codex de Bèze
set qui est le produit d’une assimilation d’un texte grec à un texte vieux syriaque, ‘que d’ailleurs nous n'avons pas. Il pense que ce travail a été le fait de plusieurs scribes, qu'il s'est concrété vers l’an 180 ou même plus tôt et enfin qu'il a été exécuté à Antioche, la seule ville de l'empire romain où l’on employait dans une si large mesure les langues dominantes dans l'empire, le grec et le latin, et de plus le syriaque, un des éléments producteurs du texte syro-latin.
D'après lui le texte des Actes, que représente le codex de Bèze, était formé vers lan 180 et celui des évangiles entre 170 et 180. Le texte grec, source de celul -du codex de Bèze, ἃ été assimilé surtout pour les évangiles de diverses façons à “un texte vieux syriaque par un scribe qui copiait un manuscrit bilingue, grec- -syriaque. Ce scribe assimilateur ne devait pas craindre de faire des changements -dans le texte, et surtout d’y introduire les corrections ou les additions qu’il ‘jugeait nécessaires. Ces interpolations lui étaient fournies, à lui et aux copistes ‘subséquents, par la tradition orale ou par la prédication chrétienne qui développait le texte ou le citait peu littéralement. Le premier texte a dù, en effet, subir de nouveaux changements par suite de transcriptions successives. Cependant, le scribe qui a copié le codex actuel de Bèze avait sous les yeux un manuscrit grec-latin, et, dans quelques passages, il a été influencé par le texte latin.
Le texte syro-latin s’est formé à Antioche; de là, il s’est répandu dans toute da chrétienté. Antioche était en rapports continuels avec tout l'empire romain par le port de Seleucie. D’Antioche il est allé à Alexandrie, où nous en trouvons des traces chez Clément d'Alexandrie et dans la version sahidique; à Rome, où il a influencé le texte de Justin et de Marcion ; à Carthage, où nous le retrouvons
dans les écrivains africains et les vieilles versions latines. Il a pu être apporté ἃ.
Lyon par saint Irénée, un oriental. Quant à la vieille version latine, Sanday pense qu'elle a été faite à Antioche; Hort croit plutôt qu'elle serait née, à Rome -et à Carthage, du texte grec formé à Antioche et que, de ces villes, elle se serait répandue dans tout l'Occident. Cette seconde hypothèse expliquerait mieux les nombreuses divergences qui existent entre les textes syriaques et les textes latins. Cependant, elles sont telles, surtout pour les omissions, qu'il nous paraît plus probable que les vieilles versions latines et les vieilles versions syriaques sont indépendantes les unes des autres. Nous reconnaissons seulement qu'elles ont pu excercer une influence l’une sur l’autre, à une époque postérieure à leur formation.
Zahn (1) a discuté en détail l'hypothèse de Blass sur l’origine du texte occiden-
tal des Actes et s’y est rallié. Il n'accepte pas la théorie du même auteur sur le IT° évangile. Voici son jugement sur le texte occidental. Il contient beaucoup de leçons qui sont originales ; celles-ci ont été retranchées par les divers recenseurs du texte, Lucien, Hesychius, Pamphile. Un grand nombre d’additions ont été introduites dans le texte, de l'an 150 à 200, par les seribes non officiels, pendant la période où la copie du texte n'était pas surveillée, et où la tradition orale était
encore vivante. Nous retrouverons cette observation chez d’autres critiques. Dans |
(1) Einleitung in das Neue Testament, p. 341-365, Leïpzig, 3° Aufl., 1907.
son travail sur le texte primitif des Actes (1) où il a rétabli 16 texte original de la version latine des Actes et du texte grec, Zahn maintient et fortifie ses positions. Voici sa conclusion : « Il est prouvé encore une fois par l’attestation d’un grand nombre d'observations et de raisonnements que le texte occidental n'est pas un texte contaminé par un mélange touffu de contributions (additions) arbitraires, mais qu'il offre une forme (état) homogène des Actes, provenant de Luc commeauteur. Ce texte occidental des Actes était déjà lu à Rome dans les jours de Justin martyr et aussi, comme il semble, par Josèphe avant la composition de son: Archéologie. Ce texte s’est étendu très vite sur des routes, que nous pouvons suivre, guidés par des traditions certaines jusqu’à Édesse, Lyon et Carthage. Il fut privilégié en ces divers lieux dans l'usage ecclésiastique jusqu’à ce qu’il fût supplanté peu à peu, vers 300-400 par une seconde édition des Actes, œuvre aussi de Luc, répandue à la même époque dans d'autres églises, de ce livre inremplaçable.
L'hypothèse de Kenyon (2), sur les causes premières des variantes occidentales. se rapproche de celle de Zahn. Le texte des évangilgs et des Actes ἃ été traité librement par les scribes du n° siècle et par les prédicateurs. Il n'y eut pas untexte dérivant d'un archétype, mais plusieurs textes, suivant la remarque de saint. Jérôme, à propos des textes latins : Quot homines, tot paene codices. Aucun manuscrit, pas même le codex de Bèze, ne peut être regardé comme le représen-tant type du texte occidental. Dans un grand nombre de passages, il diffère des autres témoins de ce texte; de plus, il n’est pas deux manuscrits de la vieille ver-sion latine qui soient en accord de tout point ; les vieilles versions syriaques diffèrent profondément des vieilles versions latines, et les deux vieilles versions. syriaques, la Sinaïtique et la Curetonienne, ne s'accordent pas même entre elles. Il n’y ἃ donc pas, en réalité, un texte occidental, mais plusieurs textes, s'accor-dant sur divers points contre le texte grec de nos éditions, et sur d’autres diver-geant entre eux. — C’est ce que nous venons de démontrer.
Vogels (3) soutient que les leçons divergentes du codex de Bèze ont été pro-duites par une influence harmonisante, qui provient du Diatessaron de Tatien ou. de toute autre harmonie des évangiles. Cette hypothèse peut s'appliquer à un témoin du texte occidental et en expliquer les anomalies, mais il ne donne pas la. solution de tout le problème, ce que, nous le reconnaissons, Vogels ne prétend: pas faire.
Von Soden examine longuement (4) le codex ὃ 5, celui qu’on a appelé jusqu'à présent le codex de Bèze. Il y relève des assimilations de passages parallèles, des. omissions dues à des causes paléographiques, des traces de retouches rédaction nelles, l'influence du type K! et surtout des versions latines et syriaques. Lorsqu'on a dégagé le texte de ce manuscrit de ces diverses influences, on a le texte le meilleur de 15. Celui-ci est le meilleur représentant du type 1, bien qu’il ne soit. pas exactement ce type à cause de ses leçons du type K, de l'assimilation des passages parallèles et de ses leçons particulières. Voici les conclusions de Goguel
(1) Die Urausgabe der Apostelgeschichte des Lukas.
(2) Handbook to the textual Crilicism of the New Testament, p. 304, London, 1901.
(3) Die Harmonistik im Evangelientext des Codex Cantabrigiensis, Leipzig, 1910; Die: alisyrischen Evangelien in ihrem Verhältnis su Talians Diatessaron, Freiburg Br., 1911.
(4) Op. cit., p. 1305-1339.
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