‹ Les Actes des ApôtresChapitre 61 sur 358 · CX LVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

CX LVIII INTRODUCTION

plus importants furentle diacre évangéliste Philippe et ses filles. C’est de celui-ci qu'il tenait probablement les discours de Pierre et il les a peu remaniés, tenant ce témoin pour très véridique. Ces discours n’ont pas l'empreinte ordinaire du style de Luc et surtout les phrases y sont assez mal construites. [1 semble bien qu'on ait là les notes d’un auditeur, qui a reproduit les phrases de l'orateur à peu près telles qu'elles ont été prononcées. Il y a des mots qui ne se rapportent à aucun verbe. Prenons par exemple, le discours de Pierre au centurion Cornelius, x, 34-43. C'est une suite d'idées détachées, qui viennent les unes après les autres sans être reliées d’après les règles de la syntaxe. Citons seulement cette phrase : Ὑμεῖς οἴδατε τὸ γενόμενον ῥῆμα χαθ᾽ ὅλης τῆς ᾿Ιουδαίας, ἀρξάμενος ἀπὸ τὰς Γαλιλαίας μετὰ τὸ Bérrioux ὃ ἐκήρυξεν Ἰωάνης, ᾿Ιησοῦν τὸν ἀπὸ Ναζαρέθ, ὡς ἔχρισεν αὐτὸν ὃ Θεὸς Πνεύματι «ἁγίῳ χαὶ δυνάμει, ὃς διῆλθεν εὐεργετῶν καὶ ἰώμενος πάντας τοὺς χαταδυναστευομένους ὑπὸ τοῦ «διαόλου, ὅτι ὃ Θεὸς ἦν μετ᾽ αὐτοῦ.

Nous n'avons pas à relever les traits archaïques que l’on remarque dans les discours de Pierre, nous les avons déjà signalés; remarquons seulement «combien les récits qui encadrent ces discours sont naturels, simples, vraisem= blables. C’est un témoin oculaire qui a raconté la guérison du boiteux de naissance, l'arrestation de Pierre et de Jean et les autres récits des chapitres 1v, v, vit, vtr. Et ce témoin est Philippe, qui a certainement rapporté à Luc l’évangélisation -de la Samarie, vurr, et la conversion de Cornelius, x.

C’est un autre témoin qui a raconté la scène qui se passa lorsque Pierre justifia devant l’église de Jérusalem sa conduite à l'égard des païens. Il répète ce qui -avait été raconté au chapitre précédent, mais avec des différences de présen-

“ation. La phraséologie du second discours de Pierre reproduit davantage celle de Luc que précédemment. La phrase de Pierre : Νιηδαμῶς, Κύριε, ὅτι οὐδέποτε ἔφαγον "πᾶν χοινὸν χαὶ ἀχάθαρτον, x, 14, de forme hébraïque, est changée, χι, 8, en Μηδαμῶς, Κύριε, ὄτι χοινὸν ἢ ἀκάθαρτον οὐδέποτε εἰσῆλθεν εἰς τὸ στόμα μου, de forme tout à fait grecque. On pourrait citer encore d'autres divergences et les expliquer par ce fait que, dans ce second exposé, Luc fait davantage œuvre d’historien et traite plus largement ses sources que dans le premier.

Le récit qui relate comment Pierre fut délivré de la prison est palpitant de vie. C’est un tableau achevé, d’une vérité et d'un pittoresque qu’on trouve rarement même dans les récits de Luc. Aucun détail inutile, aucune amplification; la narration est simple et rapide. Nous avons certainement là le récit qu'a dû faire Pierre des faits et des réflexions que lui a suggérées l'intervention de l'ange. Il est probable que le narrateur est un de ceux qui ont entendu Pierre dans la maison de Marie, mère de Marc, lorsqu'il raconta sa libération. On a pensé à la servante Rhoda, qui a pu donner tous les détails que contient le récit. IL est possible aussi que Luc l’ait connu par Jean Marc, En tout cas, il porte +ous les caractères de la vérité He

De Faye (1) se demande s’il n’y a pas dans le livredes Actes, dans telle description de l'Église primitive, dans tel récit, dans tel discours, deux conceptions différentes qui s’excluent. Par une analyse des douze premiers chapitres, il aessayé de faire ressortir l'existence de deux traditions enchevêtrées, qui se trahissent pardes incohérences de rédaction. Un même document aurait fourni à l’auteur une série

{1) Étude sur les origines des églises de l'âge apostolique, Paris, 1909, p. 27-29.

de fragments qui forment un ensemble important sur l histoire des premiers temps: de l'Église. Pour la seconde partie des Actes, l’auteur a utilisé un journal ou: mémoire des trois derniers voyages de Paul. Les citations de ce document ne-se: bornent pas aux passages en «nous ». [1 y a incorporé aussi des traditions orales:

Continuons l’examen des théories sur les sources des Actes. K. Lake (1) fait: observer qu'on ne peut se contenter de diviser les Actes en deux parties, l’uneconsacrée à Pierre et l’autre à Paul. Si l’on examine le texte de plus près, on relève d'abord un journal de route où le récit est à la première personne, puis des récits dont les événements se sont passés à Jérusalem, à Césarée: ou à Antioche. D'où les divisions suivantes : 1, Journal de route. Presque tous: les critiques s'accordent à admettre que le journal de route a été écrit par un compagnon de Paul, lequel a été le rédacteur de tout 16 livre des Actes. S'il en est ainsi nous avons comme source du reste de l’histoire de Paul, dans les chapitres xrrr-xxvin, un récit provenant de Paul lui-même ou de quelques-uns de ses compagnons de mission. De source identique pourraient provenir aussi, ΙΧ, 1-30, conversion de Saul et première prédication de Paul à Damas, visite ᾿ Jérusalem et discussion avec les Eellénistes qui veulent le tuer; ΧΙ, 27-30, Antioche, prédiction d'une famine par FES et d'autres récits, comme par exemple, celui de la mort d'Étienne. Il n’est aucun de ces récits qui ne puisseprovenir de Paul ou d’un de ses compagnons. Il est difficile de fixer exactement: à quelle source Luc ἃ emprunté le récit de la conférence de Jérusalem, xv. Si nous comparons les parties provenant certainement du journal de route avecle reste du récit, xirr-xxvII1, nous ne pouvons relever entre les deux des diffé. rences de style ou de présentation du récit qui permettent de conclure que le- “journal de route était une source écrite séparée ou que le reste du récit provenait. d’une ou de plusieurs sources ; il y a homogénéité entre ces récits.

Il. Premiers chapitres des Actes, 1-xu. Dans la première moitié de ces chapitres les faits se passent à Jérusalem ou dans les environs; dans la deuxième, ‘à Antioche, d'où une tradition hiérosolymitaine et une antiochienne. 1° Tradition: antiochienne. I] ÿ a lieu de considérer d’abord les parties qui proviennent de la: tradition antiochienne. Il est difficile d’en fixer exactement les limites. Il faut. lui attribuer d'abord les parties qui racontent la naissance de la communautéd'Antioche, xt, 19-30 ; mais peut-on lui attribuer les récits qui précèdent et ceux. qui suivent? Ils peuvent tout aussi bien provenir de Jérusalem ou de Paul. IF: est évident que le début du récit, χι, 19, of μὲν οὖν διασπαρέντες, se rattache am: récit, vit, 4, de la dispersion de la communauté de Jérusalem à travers la Judée et la Samarie. Les deux récits semblent se pénétrer. Après, ἐγένετο Dé... œuvres δὲδιεσπάρησαν.... OÙ μὲν οὖν διασπαρέντες, VIII, 1, 4, les ch, viri-xr, 10, décrivent la: prédication de l'Évangile en Samarie, la conversion de l'eunuque éthiopien, la conversion de Paul qui met fin à la persécution, la conversion de Cornelius.. et le retour au point de départ, xr, 19, of μὲν οὖν διασπαρέντες. Il Υ ἃ donc unitéorganique entre vin, 4, et x1, 19. Mais vu, 4, est la fin de l’histoire des Juifs. hellénistes, de l'élection de ets sept représentants et de la mort d'Étienne.… Le commencement de tout 16 récit est donc à νι, 1. Il n’y a aucune rupture entre-

(1) Acts of the apostles : The sources of the Acts; Diclion. of the apostolic Church, 1915, p. 22-25.

ΠΟΙ, ἴ INTRODUCTION.

νι, 1 et vin, 4, à moins qu'on ne suppose que le discours d'Étienne a été composé par l’auteur. Îl est donc probable que νι, 1-vrrr, 4 fait partie de la source antiochienne; c’est l'opinion de Harnack, mais rien ne prouve d'une façon

évidente que ces récits ne proviennent pas de Jérusalem ou de Paul.

Le doute subsiste de même pour les récits qui suivent xr, 24. La section ΧΙ, 1-24 est certainement d’origine hiérosolymitaine, mais x11, 25-x11, 3 peut venir d’Antioche ou de Paul et il en est de même de xv, 3-25 qui proviennent de Paul

ou d’Antioche ou même de Jérusalem.

En résumé, nous ne pouvons dans l’état actuel des sources déterminer exacte-

. ment ce qui vient d’Antioche de ce qui vient de Paul, ni dire si la source a été . orale ou écrite. ι

2 Tradition hiérosolymitaine. La section τ, 1-v, 52 représente une tradition nettement hiérosolymitaine, tandis que var, 5-40; 1x. 21-x1, 18; x11, 1-24 racon-

. tent des faits intéressant tout à la fois Jérusalem et Césarée.

1, Source exclusivement hiérosolymitaine. Le fait le plus important de cette section, 1, 1-v, 42 est que τι, 1-47 paraît contenir des doublets de nr, 1-1v, 35 et cette suggestion de sources différentes est fournie par quelques particularités

. linguistiques :

11, 1-13 : le don du Saint-Esprit, accompagné d’un tremblement de terre dans

la maison où se trouvent les apôtres = 1v, 31.

ir, 14-36 : discours de Pierre — ΠΙ, 19-26.

11, 37-41 : le discours de Pierre PES un nombre extraordinaire de conver-

. sions (3.000-5.000) — ιν, 4.

11, 42-47 : communauté des biens entre les premiers fidèles — 1v, 34-35.

Cette série de doublets indique deux sources différentes, supposition que suggèrent les différences suivantes : dans πὶ, 26, ἀναστήσας signifie s'étant levé pour parler, et ἤγειρε, ur, 15, signifie : il ressuscita, tandis que dans ch. 11, ἀναστήσας signifie étant ressuscité, Dans nr, 13, 26; 1v, 27, 30, Jésus est appelé παῖς Θεοῦ,

tandis que dans ch. 11 il est décrit comme ἄνδρα ἀποδεδειγμένον ἀπὸ τοῦ θεοῦ. Dans

a, 2; πι|, 4, 11, Pierre est toujours accompagné par Jean tandis que dans le “chapitre Il 1 parait seul ou avec 165 autres apôtres.

Actes τὶ et πὶ sont donc probablement des doublets; de plus, comme les parti=

cularités linguistiques de m1 sont spéciales, et ἢ non pas à la manière

de Luc il est probable que nous avons là une source grecque écrite que Luc a

reproduite à peu près textuellement en lui faisant subir cependant certains remaniements linguistiques. Harnack appelle source ἃ cette partie, ch. πὶ et B la partie, ch. τι. Actes, ch. 1 appartient plus probablement à lasource B qu'à À, mais peut avoir une origine différente. Tout le récit donné par la source A nous présente un tableau compréhensible des faits qui ont amené la naissance et la constitution de l'église de Jérusalem. Il possède des caractères d'individualité, lesquels suggèrent que nous avons là une source écrite plutôt qu'une compo-

-sition de Luc.

Le discours de Pierre contient les passages les plus archaïques du N. T. Jésus

n’est pas appelé Messie, mais παῖς Θεοῦ, serviteur de Dieu, ur, 13, 26. Dieu a glorifié ce παῖς par la résurrection et ce Messie prédestiné, τὸν προχεχειρισμένον Χριστόν,

1, 20 demeurera dans les cieux jusqu’à la restauration de toutes choses. Les recherches récentes sur les doctrines eschatologiques et messianiques prouvent

ls

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