‹ Les Actes des ApôtresChapitre 62 sur 358 · SOURCES DES ACTES DES APOTRES. CLI · texte numérisé non relu

SOURCES DES ACTES DES APOTRES. CLI

le caractère archaïque de ce discours. Il en est dé même de la prière de la communauté, qui suit, IV, 24-37 : συνήχθησαν..... ἐπὶ τὸν ἅγιον παίδά σου ’Incobv, ὃν ἔχρισας, ils se sont réunis contre son saint serviteur Jésus que tu as oint (fait Messie).

Cette source À représente donc une source ancienne et digne de foi, mais elle ne contient pas les commencements de l’histoire de la communauté chrétienne. C’est pour la compléter que Luc s’est servi de la source B, qui paraît raconter les mêmes événements mais dans un autre ordre et il semble bien que Actes, 1, ou tout au moins 1, 6-12, faisait partie de cette source B. D'après celle-ci, les disciples reçoivent le Saint-Esprit le jour de la Pentecôte et Pierre adresse à la foule un discours qui ressemble sur certains points à celui de la source A, mais ne présentait pas la phraséologie caractéristique de celui-ci et appuyait davantage sur les preuves de la résurrection de Jésus. Si le chapitre 1 des Actes appartient à la source B, nous avons ainsi un récit qui se rattache bien à celui du crucifiement de Jésus dans Luc et en est comme une suite. Nous ne pouvons dire si cette source était orale ou écrite.

Il est difficile d'établir nettement si la suite du récit, Act. v, 17-41 et v, 1-11 appartient à la source À ou à la source B.

2, Section Hierosolymitaine-Césaréenne. Elle comprend : vin, 5-40, prédication de l'Évangile en Samarie; conversion de l’eunuque éthiopien; 1x, 31x1-18 : temps de paix à Jérusalem; conversion de Cornelius et de sa famille; xx, 1-23, persécution de l’église de Jérusalem. Harnack rattache ces diverses parties à la source A. Il semble probable que vurr, 5-40 provient de cette source. Cela paraît moins certain pour les autres sections. x11, 1-23, vient peut-être de Marc. Pour la section 1x, 31-x1, 18 elle paraît césaréenne et peut-être extraite d’une source particulière qui sera rattachée à la famille de Philippe lequel habitait à Césarée. Il est possible aussi que Pilippe ait donné d’autres informations que l’on rattache à la source Δ et que même la source B vienne de lui. En fait, xur, 5- 40 pourrait tout aussi bien provenir de Philippe.

K. Lake examine ensuite la valeur des sources des Actes. Pour la deuxième partie des Actes, la question est discutée dans la section : Valeur historique des Actes. Pour la première partie nous n'avons pas d’autres documents rapportant les mêmes faits, auxquels nous puissions comparer le récit de Luc; nous devons penser, en nous rappelant comment Luc a traité dans le troisième évangile l’évangile de Marc qui lui servait de source, comment il ἃ pu traiter les documents A, B, et Hiérosolymitain-Césaréen, d'où il ἃ extrait son récit. Or, dans l’évangile, quoique fidèle en général à sa source, Marc, Luc en changea quelquefois le sens général et en modifia la phraséologie. Cf. Wexpr. Il a donc pu agir avec les sources des Actes comme avec celle de son évangile. Il faut d’ailleurs distinguer dans son récit ce qui est le fait lui-même de l’explication qu'il donne de la façon dont s’est passé le fait. Le fait peut être vrai et l’explication être de l'invention de l’auteur. Ceci étant donné, les sources antiochienne, hierosolymitaine et césaréenne peuvent être de bonnes sources. Il en sera de même de la source A. Pour la source B le problème est plus diffcile. Elle paraît de moindre valeur historique que À, mais il est possible que certains détails soient historiques, bien qu’ils soient racontés autrement que dans À ou que même ils n’y soient pas racontés du tout.

Reste Ace. τ, dont il y a lieu de discuter la valeur historique. D’après ce cha-

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pitre, l'Ascension a eu lieu près de Jérusalem, quarante jours après la Bésurrection, et il est suggéré que Pierre et les disciples n’ont pas quitté Jérusalem après le crucifiement. Il ressort clairement du troisième évangile que telle était l'opinion de Luc, sauf que l'intervalle de quarante jours entre la Résurrection et l'Ascension ne s’en dégage pas clairement. Deux problèmes se posent donc : 1° Comment le troisième évangile et les Actes peuvent-ils être mis en accord, et 2° les disciples sont-ils restés à Jérusalem ou sont-ils allés en Galilée après le crucifiement? Ces problèmes sont discutés dans le commentaire.

Passons à d'autres hypothèses. Charles Cutler Torrey (1) se place à un tout autre point de vue dans l’examen des sources des Actes. Il soutient que pour les quinze premiers chapitres des Actes la langue est directemeut celle d’une ‘traduction en grec d'un document araméen. 1] relève, pour prouver sa thèse, une série de passages dans lesquels le grec est obscur et inintelligible et qui deviennent clairs et faciles à comprendre si on retraduit mot à mot le grec en araméen. Certaines expressions grecques s'expliquent par la supposition d’une mauvaise traduction de l’araméen. Comme exemple, citons seulement la discussion du passage de 11, 47 : d6 δὲ Κύριος προσετίθει τοὺς σωζομένους καθ᾽ ἡμέραν ἐπὶ τὸ αὐτό. Voyez le commentaire, in loco. D’après le P. Vosté, Revue bibl. 1917, p. 301, « les derniers mots ἐπὶ τὸ αὖτό sont une énigme. Appliquons maintenant à ces mots inintelligibles le système de « retroversion » en araméen. Le seul mot qui puisse venir en considération est Ν ὙΠῸ dont la signification étymologique est sûre : in unum, ensemble, c’est ainsi que Luc l’a compris. Mais en cela il s’est trompé, prétend Torrey, et la cause de son erreur est bien simple. Luc écrivait en dehors de la Palestine; or, en Judée cette particule nn signifie greatly, valde, très ou fort. En grec, Luc aurait dû écrire σφόδρα et ainsi nous aurions le sens suivant, le seul qui s'adapte au contexte : et le Seigneur ajoutait tous les jours un grand nombre aux sauvés. Or, cette traduction laisse entrevoir le vice du raisonnement : le texte dit que le Seigneur ajoutait non pas « aux sauvés » mais « les sauvés », ce qui suppose un complément quelconque à προσετίθει». « The Greek is in fact impossible, and cannot be explained except as due to a confusion of thought such as is common in translations », F. Jacxsow, K. Lake, op. cit., p, 144. Torfey explique de la même façon les difficultés que présentent les passages suivants : 11, 16: τν, 24; vi, 10. x1, 27-30; xw, 73 τ, 4, 5, 6, 18, etc.

Il n’y aurait donc pas eu plusieurs sources des quinze premiers chapitres des Actes, mais une seule, tirée d'un document araméen écrit par un chrétien de Jérusalem. Dans les chapitres suivants, xvi-xxvnnr, l'idiome n'est pas sémitique et il n'y a aucune preuve que nous ayons affaire là à une traduction. L'ouvrage entier, cependant, présente une uniformité non méconnaissable de vocabulaire et de phraséologie, de sorte qu’il est certain (pour celui qui admet la source araméenne) que l’auteur de xvr-xxvur est le traducteur de 1-xvr. Le document araméen, écrit vers l’an 49-50, serait venu aux mains d’un compagnon de Paul, vers les derniers mois de la captivité de l'Apôtre à Rome, c'est-à-dire vers l'an 64; et quelque temps avant que Paul fut condamné à mort et exécuté, Lue, aidé de ses compagnons de captivité, compose les Actes en traduisant le document ara-

(1) The Composition and Date of Actes, Cambridge U. S., 1946.

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