‹ Les Actes des ApôtresChapitre 63 sur 358 · SOURCES DES ACTES DES APOTRES. GLII · texte numérisé non relu

SOURCES DES ACTES DES APOTRES. GLII

\ méen et en le complétant pour les dernières années, au moyen de ses souvenirs

personnels, et de ceux de Paul et des disciples qui l'avaient accompagné à Rome. Cette façon de comprendre la composition des Actes explique pourquoi le livre se termine après deux ans de la captivité de Paul à Rome, sans que la condamnation de celui-ci etsa mort soient relatées. Observons que cette hypothèse de source où de sources araméennes avait déjà été présentée avant Torrey. Harnack, I, p. 84, la croyait possible. Nestle, Blass, Wendt admettent la présence de sources araméennes sous le texte de r-xv. Wellhausen l'accepte seulement pour τι, 23 5.

Ce système de Torrey présente de nombreuses difficultés et a été vivement discuté, principalement par Foakes Jackson, Professor C. C. Torrey on the Acts, Harvard theol. Review, 1917, Ὁ. 352-361; B. W. Bacon, More philological Criticism of Acts, Am. Journ. of Theol. 1918, p. 1-23; Ε΄. C. Burkitt, Prof. Torrey on Acts, Journ. of theol. Studies, 1919, p. 320; H. 3. Cadbury, Luke translator or author? Am. Journ. of Theology, 1920, p. 436-455; Goguel, compte-rendu dans les Annales de bibliographie theol., 1915, p. 164-169; Loisy, compte-rendu dans la Repue d’Hist. et de Litt. rel., 1920, Ὁ. 431-439. Torrey a répondu à ses premiers critiques dans 7he Am. Journ. of Theology, Fact and fancy in theories concerning Acts, 1919, p.61-86.

L. Dieu croit aussi que les ch. r-xv des Actes proviennent d’une seule source, mais cette source était grecque et venait de Jean Mare, le cousin de Barnabé et

l’auteur du second évangile. Cette hypothèse avait déjà été suggérée par Briggs,

Blass, Schärfe. Voici les preuves principales de cette hypothèse (1). Ce document serait probablement la suite du second évangile, terminé d’une façon abrupte, xvr, 8. Les ch. 1-xv des Actes sont presque entièrement consacrés à Pierre, ses actes et ses discours. Papias nous apprend que Marc, le disciple et l'interprète de Pierre nous a transmis par écrit les choses prêchées par Pierre. Or, les Actes, 1-xv, contiennent de nombreux discours de Pierre. Dès le début des Actes nous sommes reportés dans un cycle de pensées qui se retrouvent dans le second évangile, par ex. l'opposition entre le baptême de Jean par l’eau et le baptème par l'Esprit. Comme l'évangile de Mare, les Actes insistent sur la fréquentation du Temple par les disciples; l’auteur des Actes, ainsi que Marc, parle longuement de Hérode Antipas. Une attention spéciale est accordée dans les Actes à Barnabé cousin de Marc. On peut encore relever çà et là dans les Actes et dans Marc certains détails similaires, par ex. l'introduction de parenthèses dans le récit, le regard que Jésus dans l’évangile et Pierre ou Paul jettent sur les assistants ou sur celui qui va être le sujet d’un miracle; de même est constatée chez Marc et dans les Actes, l'impression de crainte et de stupeur que produisent les miracles opérés par Jésus ou par les apôtres. Les procédés de rédaction, absence de recherche, répétition de propositions, énoncées dans les mèmes termes, se suivant presque sans intervalle, se retrouvent dans Marc et les Actes. Lorsque l’occasion se présente de revenir sur un événement, dont il a déjà parlé, l’auteur des Actes refait son récit dans les mêmes termes, x, 10-16 répété dans x1, 5-10. Marc agit de même : comparez vi, 32-36 et vur, 22-26; ΧΙ, 1-6 et χιν, 13-16, etc.

(1) Marc, source des Actes? Revue biblique, 1920, p. 555-569, 1921, p. 86-96.

CLIV 1 INTRODUCTION

L. Dieu conclut sagement son enquête: « Nous ne prétendons pas que chacune des considérations présentées ait en elle-même une valeur apodictique, mais il nous semble que, prises ensemble, elles constituent un faisceau de vraisemblances qui nous permettent de conclure avec probabilité que Luc s’est inspiré d’un récit de Marc en composant les ch. 1-xv des Actes. » C’est possible, bien que la langue et la phraséologie des Actes ne ressemblent guère à celles du second évangile. |

Loisy (1) simplifie la question des sources des Actes; il distingue l'écrit primitif, œuvre de Luc et un remaniement de cette première rédaction par un interpolateur romain. Luc avait mis tous ses soins à composer une histoire qui était vraiment unique en son genre, une légende religieuse qui était vraie et sincère autant que peuvent l'être une histoire humaine et une légende religieuse. De ce premier travail, il ne reste qu’un assez petit nombre de fragments, surtout de fragments non altérés. Il paraît très probable que Luc avait régulièrement distribué $es matériaux dans l’ordre de l’histoire et qu’il avait donné à son récit une forme sobre, correcte, relativement élégante. Mais tout a été bouleversé par le rédacteur. Par ses transpositions, ses dédoublements, ses interpolations de discours et de fictions, il a confondu la suite naturelle des événements et l’ordonnance du livre primitif. Ce n’est pas que ce rédacteur n'ait eu grand souci de son style, mais il avait de la rhétorique plutôt que du goût, et plus d'attention au rythme des phrases, à une certaine cadence des mots, qu'à la correction véritable

du langage, à l'harmonie non seulement verbale, mais logique du discours.

Goguel (2) constate que l’auteur des Actes n’a pas reproduit purement et simplement les documents dont il disposait; il serait donc téméraire de prétendre les reconstituer, mais en utilisant les doublets, les contradictions, les sutures que présente le récit, il est possible, dans une certaine mesure au moins, de se faire une idée des traditions dont l’auteur s’est servi.

Pour ce faire, Goguel fait une analyse critique du récit des Actes, divisé en deux parties, 1-xv et xvi-xxvu. De la première partie, il examine d’abord 4, 3-v, 42, où, abstraction faite de la mutilation du prologue et de l'interpo- lation du récit de l’Ascension, il relève l’utilisation de deux sources ou cycles de traditions. Comme dans ces deux cycles les récits apparaissent surchargés

d'éléments secondaires, souvent mal intégrés à un contexte, il y a lieu de penser. P

non à des sources écrites, mais à des cycles de traditions orales qui étaient beaucoup plus exposées que des récits écrits à être enrichies, altérées, surchargées. On peut se demander si primitivement les Actes ont contenu juxtaposés les deux cycles de traditions, ou si ce qui appartient à l’un d’eux a été ajouté après coup à l’autre par un rédacteur.

On peut aussi distinguer dans le groupe vr, 1-xrr, 25, deux séries de récits. La première comprend ceux qui sont en on deu avec l’idée dominante de l'Église, conséquence de 18 persécution : la seconde comprend les récits ‘consacrés à Philippe, à la conversion de Paul et à ses séjours à Damas et à Jérusalem, à Pierre et enfin à la persécution et à la mort d'Hérode.

Dans le troisième groupe xur, 1=x1v, 28, mission à Chypre, en Pisidie et en

(1) Les Actes des apôtres, Introduction, 1920. (2) Le Livre des Actes, Ὁ. 172-326, 1999

Page 1