SOURCES DES ACTES DES APOTRES. CLIX
seulement les traditions de Jérusalem, d'Antioche et de Césarée. Il n’a rien à dire sur les traditions concernant l’évangélisation de Damas et de Tarse.
3° Un nouveau stage de la croissance de la tradition écrite fut atteint par celui qui, compagnon de Paul, raconta ses voyages dans un journal de route.
4° Un autre stage fut l'achèvement du journal par l'addition de parties narratives complétant le récit des travaux de Paul.
5° L'ensemble des précédents stages fut revisé par l'éditeur des deux λόγοι à Théophile.
6° Plus tard, les deux λόγοι furent divisés; le premier fut établi en un εὐαγγέλιον et le second reçut le titre de πράξεις.
7° Un dernier stage fut atteint quand l’évangile et les Actes furent vigoureusement amendés au point de vue textuel.
Il est certain que l’écrivain des Actes ἃ omis des faits ou les a résumés. L’a-t-il fait intentionnellement ou ignorait-il ces faits? S'il les ignorait, peut-il avoir été un compagnon de Paul? 5. a agi d’une façon délibérée en supprimant la lutte entre Paul et le parti grec extrémiste à Corinthe et en modifiant le récit de la lutte entre Paul et 16 parti judaïsant, son but n’a pu être de donner un récit complet de l'évangélisation, mais il a eu plutôt un but didactique
ou peut-être apologétique. Nous avons déjà exposé, p. cr ss., les buts apologé-
tique et didactique que, d’après Jackson et Lake, s’est proposés Luc en écrivant les Actes.
De ces hypothèses se dégagent, nous semble-t-il, les conclusions suivantes. L'étude des Actes prouve, comme nous le verrons plus loin, que la langue de ce livre n’est pas complètement uniforme, ni pour la grammaire, ni pour le style, qu'elle reproduit tantôt la langue classique, tantôt la langue populaire, que le
style très varié est ici d’une bonne tenue littéraire, très élégant de tournure et là
verbeux, lourd et embarrassé. De plus, quelquefois, les diverses parties du récit ne s'accordent pas très bien entre elles ; il y a désaccord entre certains récits ou répétitions. De cet état de choses on doit conclure que l’auteur a utilisé pour la rédac
tion des deux parties de son livre plusieurs sources; elles transparaissent même davantage dans la première partie, 1-xv, 39, quoiqu'il soit difficile de les distinguer, de les séparer les unes des autres avec précision et surtout d'en montrer le point de suture, tant le travail de Luc a été bien exécuté. Dans la seconde partie
xv, 40-xxvinr, il est une source, un journal de voyage, qui se distingue bien du reste du récit, tout en étant très habilement inséré dans la suite des événements, par Luc, auteur du journal et du récit, dans laquelle il est encastré.
Revenons sur quelques questions, déjà en partie examinées, et donnons les conclusions. Pour la première partie des Actes plusieurs questions se posent : 1° Luc s'est-il servi de documents écrits ou oraux? 2° Dans quelle langue étaient écrits les documents, en araméen ou en grec? 3° S'ils étaient en araméen ont-ils été traduits par Luc, ou par d’autres, et par conséquent Luc a-t-il utilisé des documents grecs, traduits de l’araméen, ou {des traditions transmises en araméen ou en grec? 4° Ÿ avait-il un seul document araméen traduit en grec ou plusieurs? Toutes ces questions ont été discutées et ont donné lieu à des réponses divergentes. Quelques-unes même jne comportent pas de réponse ferme, et ne permettent que des conjectures.
4° Luc a pu utiliser la tradition orale pour quelques récits qu'il est difficile de
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distinguer; il est très probable qu’il s’est servi de documents écrits, surtout pour les discours, nombreux dans la première partie des Actes.
29 Ces documents écrits ont dû être pour le plus grand nombre tout d’abord en araméen, tout au moins pour ceux qui étaient de source palestinienne; pour ceux qui étaient de source antiochienne, 115. étaient peut-être en grec, bien que ne soit pas exclue la possibilité de sources orales ou écrites en araméen, Antioche étant une ville où l’araméen était la langue populaire.
3° Il est difficile de dire si Luc a traduit lui-même des documents araméens. Et même, connaissait-il suflisamment l’araméen pour faire en grec la traduction d’un document en cette langue? Il était, il est vrai, probablement d’Antioche, mais l’araméen y était surtout parlé par le peuple. L'étude des écrits de Luc ne peut décider la question : « Ni les spécialistes araméens, ni les hellénistiques, dit Moulton, Grammar of the N. T. Greek, A, p. 19, n’ont le droit de conclure que Luc connaissait une langue sémitique. » Mais, quoique Luc aït eu peut-être une certaine connaissance de l’araméen, il a surtout parlé le grec, et ses écrits, l’'évangile et les Actes, bien que teintés de sémitismes, témoignent que l’auteur pouvait écrire en grec et même à un certain degré le grec littéraire; sa culture était toute grecque. 1 ne semble donc pas que Luc ait été capable de traduire en grec un document araméen. Si ses écrits ont une certaine teinte de sémitisme, elle provient de limitation de la langue des Septante. Il est donc probable que Luc a utilisé des documents grecs.
4° Forrey, The Composition and date of Acts, suppose que les quinze premiers chapitres des Actes n'auraient pas été composés à l’aide de plusieurs sources, mais reproduiraient en grec un document araméen unique, écrit par un chrétien
de Jérusalem. Cette hypothèse nous paraît inacceptable, étant donné l'état du texte de ces quinze premiers chapitres. Si le texte grec était la traduction d'un seul document araméen, il serait uniforme, de tout point, pour la langue, le style et le récit. Or, il n’en est rien, et le commentaire prouvera cette affirmation. Nous devons donc conclure à la multiplicité des sources. Harnack a même pu les spécifier en se plaçant au point de vue des récits différents, qui provenaient d’une communauté différente, Jérusalem, Césarée ou Antioche.
Pour la seconde partie des Actes, xv, 40-xxvrnr, 31, le problème est moins compliqué; on y distingue nettement une source grecque, le journal de voyage, XVE, 10-17; xx, 5-15; xxr, 1-18; xxvir, 1-xxvinr, 16, et le reste du récit dans lequel est encastré ce journal.
Cette seconde partie des Actes est consacrée à l'histoire des voyages missionnaires de Paul, de son arrestation à Jérusalem, de sa captivité à Césarée, de son voyage de Césarée à Rome, de sa captivité à Rome. Luc n’a été témoin que d'une partie de ces événements ; le reste a pu lui être raconté soit par Paul, soit par les compagnons de route de l’Apôtre, Silas, Tite, Timothée. Il est inutile de supposer ici des sources écrites, sauf peut-être pour les discours. On a relevé des sémitismes dans cette partie des Actes qui pourraient provenir de documents araméens, ou de témoins s'exprimant en araméen. Le plus simple est d'y voir comme ailleurs une imitation de la phraséologie des Septante.
Quant au journal de voyage nous avons établi, p. Lvrrr qu'il avait été écrit par Luc, qui y racontait les événements dont il avait été témoin. « Les passages