SOURCES DES ACTES DES APOTRES. CLXI
-en « nous » écrit Goguel (4), sont beaucoup trop fragmentaires pour avoir jamais
pu constituer, à eux seuls, un document quelconque, journal, récit de voyage. On ne reconnaît de trace de suture ni là où ils commencent, ni là où ils cessent. Au contraire, il y a des relations organiques étroites entre eux et les contextes où ils sont insérés.
« Dans xvr, 10, la première personne apparaît à propos des efforts de Paul et de ses compagnons pour passer en Macédoine où ils ont compris, par un rève de Paul que Dieu les appelle à prêcher l'Évangile. Il est bien évident que rêve et passage en Macédoine ne peuvent être séparés l’un de l'autre et attribués à des sources différentes. Ce n’est pas tout : le récit du rêve est étroitement lié aux allées et venues de Paul après la traversée de la Galatie. Il se relie donc directement à la trame générale de cette partie du récit de l’activité de Paul (Norpex, p. 134, n. 2). La disparition de la première personne avant la fin du récit de l’activité de Paul à Philippes brise aussi une relation organique. On ne peut admettre que le récit en « nous » se soit brusquement arrêté avant la guérison de la servante possédée, ou au milieu de cet épisode, si la première personne qu'on rencontre à son début n’a pas une origine rédactionnelle... La guérison de la servante faisait partie de la source à la première personne et avec elle très certainement ce qui est la conséquence logique de lépisode à savoir l’emprisonnement de Paul et les poursuites dirigées contre lui ainsi que son départ de ῬΌΠΙΡΡΟΒ: Ainsi le document dont les parties à la première personne ne sont qu'un élément devait être beaucoup plus étendu qu’il ne le paraît au premier abord.
« Le second fragment appelle des observations du même ordre. Le récit de voyage ne peut avoir été donné comme il l’est dans 20, 5-15 puis dans 21, 1-18 (les deux fragments se relient assez bien l’un à l’autre) sans que le programme du voyage ait été indiqué comme il l’est dans 19, 21-22 et sans que l'itinéraire, pour le moins singulier, qui est adopté pour aller de Corinthe en Syrie ait été expliqué, comme c’est le cas dans 20, 3. Donc, ici encore, le morceau à la première personne se relie organiquement à des morceaux à la troisième personne qui le précèdent. Quant à la fin de ce fragment est-il vraisemblable que le récit se soit arrêté au moment dramatique de la rencontre entre Paul et les chrétiens de Jérusalem, sans avoir rien dit de cette rencontre et de ce qui en est résulté?
« Enfin, peut-on penser qu'un narrateur ait pu raconter le voyage de Paul de Césarée à Rome sans avoir dit d'abord dans quelles conditions ce voyage est
entrepris ? Peut-on supposer qu'il ait arrêté son récit en laissant ignorer ce qw’il
était advenu de Paul? Les passages en « nous » faisaient donc originairement partie d’un document plus étendu, document qu'il y ἃ lieu de se représenter
comme une histoire de l'apôtre Paul et de ses missions. Ce devait être l'œuvre
d'un homme qui, ayant à certains moments accompagné Paul, avait été le témoin d’une partie des événements qu’il racontait et qui, pour le reste, les rapportait
d’après des témoignages qu'il avait été à même de recueillir (2). »
Cette facon d'écrire l’histoire n’était pas anormale dans l'antiquité. Von Soden, Die urchristliche Literaturgeschichte, p. 243, remarque qu’il était d'usage pour
(1) Le Livre des Actes, p. 160 ss.
(2) Gocuez, Le Livre des Actes, p. 160 ss.
ACTES DES APOTRES. k
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