LA LANGUE ET LE STYLE DES ACTES DES APOTRES. CLXV
populaire dans la Koïnè, sans qu'il y ait eu un lien connectif entre ces deux processus.
La Koinè est donc un développement de la langue attique sous l'influence de l'ionien; mais comme elle a été parlée dans des pays non grecs, l'Égypte, l'Asie mineure, on peut se demander si elle a subi l'influence des parlers locaux. Les infiltrations ont été rares et peu importantes, sauf les infiltrations latines. ll y a eu des variétés locales de la Koiné, mais elles ne provenaient pas des dialectes du pays.
H y a lieu de distinguer deux formes RÉ de la Koinè. La Koiïné littéraire, qu'on trouve chez les écrivains postérieurs à la période classique, c'est-àdire vers le πιῇ siècle avant J.-C. et plus tard : Polybe, Strabon, Plutarque, Lucien, Philon, Josèphe en sont les représentants, et la Koinè populaire qu'on trouve dans la langue de la bonne conversation. Cela ne veut pas dire la langue de la populace, laquelle serait plutôt analogue à nos patois. Par rapport à la Koinè littéraire, langue écrite, la Koiïnè populaire, langue parlée, serait un grec, analogue au français que nous parlons et même écrivons, en opposition aw français littéraire des bons écrivains.
Signalons encore la langue des inscriptions, aux formules stéréotypées, et la langue des atticistes qui s'efforcent d’imiter les écrivains attiques, tel Lucien.
Le grec biblique est une de ces variétés de la Koïinè, mais ce n’est pas un dialecte spécial de la Koinè. Il n’y ἃ pas eu un judéo-grec d'Égypte ou de Palestine. Le grec des Septante est un grec de traduction; certaines parties du N. T., les évangiles, par exemple, ayant à leur base un texte araméen, trahissent l'influence sémitique de ce texte, mais on ne peut plus parler des hébraïsmes du N. T. La syntaxe de la langue grecque n'a pas été modifiée dans ce livre par celle de l'hébreu. À mesure que se poursuit la découverte des textes des papyrus, à mesure se prouve le fait que les prétendus hébraïsmes du N. T. ne sont que des formes de la conversation. Et même certaines formes, qu'on tenait pour spécialement hébraïiques, se retrouvent quelquefois, bien que rarement, dans le grec.
La formation de nouveaux mots pour exprimer des idées nouvelles est très rare : Deissmann l'estime à 1%. Le chrétien pouvait exprimer ses propres. conceptions en se servant des mots de la Koinè, auxquels il donnait un sens nouveau : tels les mots σωτήρ, εὐαγγέλιον ; son travail a donc été plutôt de transformation que de formation. Et encore sur ce point il a marché dans le sens d’une transformation qui s'était opérée avant le christianisme; ex. σωτήρ. CI. Wexp- LAND, Zeits. f. die N. T. Wiss., 1904, p. 355.
Les textes du N. T. ont été écrits par des hommes qui, tout en sachant dans une certaine mesure ce qu'était la langue littéraire, ont été très fortement influencés par la langue qu'ils parlaient. Cependant, on n'écrit pas absolument comme l’on parle. Le grec du N. T. est d'un caractère populaire, mais certains livres, tels que l’épitre aux Hébreux, quelques sections de Luc et de Paul, sont écrits d’une manière moins vulgaire que d’autres, comme les évangiles de Marc et de Jean, quoique la langue du peuple paraisse ou transparaisse à peu près partout dans le Ν. Τ. ù
Le grec du N. T. était donc le grec courant au 1°" siècle après J.-C. À cette époque, le grec était la langue internationale; il était parlé depuis l'Italie
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jusqu'aux frontières de l'Inde, de l'Egypte jusqu'aux rives septentrionales de la Mer Noire. Mais ce grec parlé n'était pas de caractère uniforme, et la langue du N. T. elle-même est loin d’être complètement uniforme, non seulement dans ses divers livres, mais même à l’intérieur d’un même écrit, les Actes par ex. où la langue des douze premiers -chapitres n’est pas exactement la même que celle des seize derniers. La langue des épîtres pastorales n’est pas de tout point celle des épîtres pauliniennes. Remarquons que les variations tiennent pour une part importante à la différence des sujets traités. Ὁ
La Koinè hellénique est, pourrait-on dire, essentiellement la langue attique, parlée et répandue par des loniens. La Koinè du N. T. repose principalement sur les parlers grecs d'Asie. Cette Koïinè hellénique et par suite celle du N. T. est la source du grec moderne. Il est donc possible d'expliquer certaines particularités du grec néotestamentaire par le gree moderne- Ex : χελεύω ne signifie pas dans les textes du moyen âge, ordonner, presser, mais inviter; M£. x1v, 19 :
. χελεύσας τοὺς ὄχλους ἀνακλιθῆναι : ayant invité la foule à s'asseoir. Le jussisset de la Vulgate a aussi le sens d'inviter, Horace, Cicéron. +— Κρῆτες, γαστέραι ἀργαί, 711. 1, 12, ne doit pas être traduit par « ventres paresseux », lequel n’a aucun sens, mais par le grec moderne λαιμαργός, composé de λαιμός, gosier et ἀργός, glouton : donc, ventres voraces. — Mc. νι, 21 : καὶ γενομένης ἡμέρας εὐχαίρου, est traduit d’ordinaire, « et il vint un jour propice, favorable ». On ne voit pas comment le jour en question a été favorable pour la décapitation de Jean-Baptiste. Mais dans les textes byzantins εὔχαιρος signifie vide, par conséquent chômé et dans le grec moderne : εἰμὶ εὔχαιρος signifie je suis libre, de loisir : εὔκαιρος ἡμέρα serait donc un jour sans travail, d'où un jour de fête. Ce qui coïncide avec le texte de Marc.
| On a beaucoup discuté le texte de Mc. νη, 19, καθαρίζων πάντα τὰ βρωμάτα, et on traduit d'ordinaire en adoptant la leçon καθαρίζων : Jésus déclarant purs tous les aliments. Mais βρῶμα signifie aussi impureté, et en grec modernes βρωμῶ signifie sentir mauvais, et alors en adoptant la leçon χαθαρίζον, on ἃ : la nourri-
ture ne peut souiller l'homme parce qu’elle n'entre pas dans son cœur, mais
va dans le ventre et de là est évacué dans les lieux d’aisances — ce qui purifie toutes les impuretés.
De ces observations il ne faudrait pas conclure, cependant, comme l'ont fait quelques linguistes, que le grec du N. T. est à mi-chemin entre le grec ancien et le grec moderne. Pernot soutient que le grec néotestamentaire est plus près du grec moderne que la langue de ἰώ Chanson de Roland ne l’est du français actuel. En réalité, la langue du N. T. est nettement du grec ancien.
Le grec des papyrus, des ostraka n'ayant pas subi l'influence de la littérature est proprement du grec parlé; ces documents seront donc très utiles pour l’interprétation du N. T., surtout pour la signification des mots. Il y a lieu cependant d'être prudent, car ces documents sont d’une langue plus vulgaire, plus déchue que celle du N. T. Ainsi, le fait que l'adjectif πλήρης était indéclinable dans la langue vulgaire du 1°" siècle ne prouve nullement qu'en Jean, 1, 14, πλήρης χάριτος s'accorde avec δόξαν, ainsi qu'on l’a soutenu. J'avoue que sur la foi de Deissmann
j'ai présenté cette interprétation (1). Cette assertion est contredite par la langue
moderne qui distingue l'accusatif πλήρη du nominatif πλήρης. L'interprétation
(1) Histoire des livres du N. T., T. III, p. 398.
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