LA LANGUE ET LE STYLE DES ACTES DES APOTRES. CLXIX
Au point de vue grammatical la langue des Actes ne se présente pas très unifiée, surtout pour la syntaxe; cet état des faits provient en partie du mélange, de la diversité des documents employés, écrits ou oraux. D'ailleurs, ainsi que l’a fait remarquer Radermacher, Besonderheiten der Syntax, Wiener Studien, 1909, p. 1 ss., la syntaxe du grec commun laisse beaucoup d'espace pour le caprice personnel et les préférences de l'écrivain. Son caractère, en opposition avec le grec attique, peut être décrit comme individualiste. Il s'ensuit que la tenue générale du style est très variée : la langue classique y est mélangée avec la langue populaire; on y trouve de nombreuses traces d’aramaïsmes et même quelques latinismes. |
Nous examinerons donc d’abord l'emploi qui a été fait dans les Actes de la langue littéraire, puis les passages où sont mélangées la langue classique et la langue populaire, puis quelques particularités des Actes, et enfin nous compléterons cet exposé grammatical en passant en revue les autres règles qui n'ont pas été mentionnées. Il sera parlé à part des sémitismes et des latinismes.
I. Traces de la langue classique. — L'emploi fréquent de l’article avec l’infinitif, de γε, de l’infinitif dans le discours indirect, de μή après φοδεῖσθαι, de ὅπως ἄν, de où avec le participe, de ὡς, au sens de que ou de lorsque, de ἅπας, de ἄρα, ἕτερος, ὡσεί, trahit l’homme connaissant la langue classique.
Particulier aux Actes et littéraire est aussi l'emploi de ἄν après un ὅπως final : ἹΜετανοήσατε.... ὅπως ἂν ἔλθωσιν καιροὶ ἀναψύχεως, 111, 19, 20; cf. xv, 17; de ἔσεσθαι après μέλλειν : ἐσήμαινεν... λιμὸν μεγάλην μέλλειν ἔσεσθαι ἐφ᾽ ὅλην τὴν οἰχουμένην, χι, 28; οἵ. χχιν, 15; xxvir, 10. Cependant, au lieu du futur de l’infinitif on trouve quelquefois le présent de l’infinitif : xvr, 27, 6 δεσμοφύλαξ... ἤμελλεν ἑαυτὸν ἀναιρεῖν et plus rarement l'infinitif aoriste : χα, 6, ὅτε δὲ ἤμελλεν προαγαγεῖν αὐτὸν ὅ Ἡρῴδης. Littéraire aussi est l'emploi du participe futur comme équivalent circonstanciel d’une clause finale de but dans vin, 27 : ὃς ἐληλύθει προσχυνήσων εἰς ἹἹερουσαλήμ.: Cf. xxIv, 11, 17. Cette règle n’a pas toujours été appliquée : ἀπέστειλεν αὐτὸν εὐλογοῦντα PMR 0; οἷν x 39 Χχν, 217. '
Littéraire encore est le passage brusque du style indirect au style direct : παρήγγειλεν αὐτοῖς .... περιμένειν τὴν ἐπαγγελίαν τοῦ πατρὸς ἣν ἠχούσατέ μου" ὅτι ᾿Ιωάνης μὲν ἐόάπτισεν ὕδατι, 1, 4, ὅ. CF. χιν, 22; χγῃ, ὃ: xxv, 4, 5, etc.
Dans l'usage classique les verbes signifiant croire, verba existimandi, sont exclusivement suivis de la proposition infinitive, Vrrgau, 11, 52. Contrairement aux autres écrivains du N. T. Paul et Luc suivent cette règle : Actes, xvi, 15, εἰ χεχρίκατέ με πιστὴν τῷ Κυρίῳ εἶναι; vir, 25, ἐνόμιζεν δὲ συνιέναι τοὺς ἀδελφοὺς αὐτοῦ; cf. νπι, 20; χιν, 19; χχνι, 25; χυπι, 6: τί ἐμὲ ὑπονοεῖτε εἶναι, χαιι, 25.
De même, après les verbes signifiant craindre, la proposition indépendante est introduite par μή, que...ne et μὴ où, que..ne.…. pas avec le subjonctif et l’optatif. Il en est ainsi dans les Actes : φοδηθεὶς ὃ χιλίαρχος μὴ διασπασθὴ ὃ [Παῦλος ὑπ᾽ αὐτῶν, xxI1, 10; cf. χχυπι, 17.
La proposition principale est supprimée par aposiopèse pour produire un effet oratoire : οὐδὲν καχὸν εὑρίσκομεν ἐν τῷ ἀνθρώπῳ τούτῳ᾽ εἰ δὲ πνεῦμα ἐλάλησεν αὐτῷ ἢ ἄγγελος; XXII, 9.
Le génitif de l’infinitif est employé classiquement après un verbe impersonnel et une locution impersonnelle, au lieu d’une proposition finale avec ἵνα ou d'une proposition infinitive : ὡς δὲ ἐγένετο τοῦ εἰσελθεῖν τὸν Πέτρον, x, 25 : ὡς δὲ ἐκρίθη
CLXX INTRODUCTION
τοῦ ἀποπλεῖν ἡμᾶς εἰς τὴν ᾿Ιταλίαν, xxvir, 1. Cet emploi du génitif se trouve seulement dans Luc et Paul, Vrreau. ,
Ïl n’est pas rare, après un participe et de même après une proposition temporelle ou conditionnelle de trouver chez les classiques dans la proposition principale la particule démonstrative οὕτως; Kocu. Les Actes seuls en fournissent deux exemples : ἀναδὰς δὲ al χλάσας τὸν ἄρτον καὶ γευσάμενος, ἐφ᾽ ἵκανόν τε ὁμιλήσας ἄχρι αὐγῆς, οὕτως ἐξῆλθεν, xx, 11; χαλάσαντες τὸ σχεῦος, οὕτως ἐφέροντο, XXVII, 17.
ὑπάρχειν ne se trouve employé avec le participe que 3 fois dans le N. T., dont 2 fois dans les Actes : μόνον δὲ βεδαπτισμένοι ὑπῆρχον εἰς τὸ ὄνομα τοῦ Κυρίου ’Incod, vint, 16. δέον ἐστῖν ὑμᾶς χατεσταλμένους ὑπάρχειν, χιχ, 36. L'usage est classique. De même, παύεσθαι avec le participe : οὐκ ἐπαύοντο διδάσχοντες, ν, 42. Cf. νι, 13; χαπι," 10. xxr, 32,
Comme exemple de l'effort qu'a fait Luc pour se rapprocher de l'élégance classique, rappelons le fréquent usage de la particule conjonctive τε, employée environ cent soixante et dix fois, soixante et une fois avec καί, pour renforcer l'union de déux termes; de la litote, οὐχ ὀλίγος, huit fois, des divers cas de πᾶς, surtout après une préposition et suivi d’un pronom relatif en attraction : περὶ πάντων... ὧν ἤρξατο; Cf. it, 213 x, 39; χπι, 39; xx, 10; xxvi, 2, ou quelquefois d’un substantif ou d’un adjectif avec lequel il s'accorde : ἐν πάσῃ τῇ ᾿Ιουδαίᾳ. Signalons encore la construction de πρός avec l’accusatif au lieu du datif après les verbes exprimant une parole adressée à quelqu'un, 58 fois : τ, 7, εἶπεν δὲ πρὸς αὑτοῦς.
Comme vestige de la langue littéraire, nous avons encore l'emploi de πρός avec le génitif; xxvir, 34, ταῦτα γὰρ πρὸς τῆς δυετερᾶς σωτηρίας ὑπάρχει; exemple unique dans le N. T. Cf. Aristophane, Hérodote, Thucydide.
Ce n’est presque que dans les Actes qu’on trouve l’infinitif futur de εἰμί; xxim, © 30 : εἰς τὸν ἄνδρα ἔσεσθαι, χχιν, 15; χχντι, 10; ΧΧΥῚ, 7.
Comme littéraire, citons encore χαίρειν au commencement d’une phrase, xv, 23; XXII, 26. $
Viteau tient pour des réminiscences de la langue littéraire les constructions suivantes : ἀκούσας δὲ Ιαχὼδ ὄντα σιτία εἰς Αἴγυπτον, vit, 12; ἐκ πολλῶν ἐτῶν ὄντα σε
On peut signaler encore l'emploi de certains optatifs comme des vestiges de la langue littéraire. Au 1° siècle, l’optatif était peu employé surtout dans la langue parlée et aussi dans les papyrus. Dans le N. T. les mots employés pour marquer le temps sont l'indicatif et le subjonctif; on a en outre dans les Actes, xxv, 16, deux exemples de l’optatif pour marquer le temps : πρὸς οὺς ἀπεχρίθην ὅτι οὐχ ἔστιν ἔθος “Ῥωμαίοις χαρίζεσθαί τινα ἄνθρωπον πρίν ἢ ὁ κατηγορούμενος κατὰ πρόσωπον ἔχοι τοὺς κατηγόρους τόπον τε ἀπολογίας λάδοι περὶ τοῦ ἐγχλήματος. Mais l'optatif est dû iei plutôt à l'emploi du style indirect. Cependant, les optatifs après εἰ : xvir, 27, ζητεῖν τὸν Θεὸν εἰ ἄρχ γε ψηλαφήσειαν αὐτὸν χαὶ εὕροιεν ; xxvir, 12, 39, les optatifs dans les questions indirectes : v, 24, διηπόρουν περὶ αὐτῶν τί ἄν γένοιτο τοῦτο; x, 17; ὡς δὲ ἐν αὐτῷ διηπόρει ὃ Πέτρος τὶ ἄν εἴη τὸ ὄραμα; xvir, 11, ἀναχρίνοντες τὰς γραφὰς εἰ ἔχοι ταῦτα οὕτως; ΧχΙ, 33, Χχν, 20 : ἔλεγον εἰ βούλοιτο πορεύεσθαι εἰς ᾿Ιεροσόλυμα ; les optatifs potentiels, xvir, 18 : mal τινες ἔλεγον" τί ἄν θέλοι ὃ σπερμολόγος οὗτος λέγειν; χχνι, 29; sont plus nombreux dans les Actes que dans les papyrus, et reproduisent la tournure classique. On ne retrouve qu'au n° siècle l’usage de l’optatif dans les papyrus.