SECTION : LE STYLE DES ACTES DES APÔTRES. Ξ
Le grec de Luc est excellent, ainsi que l’atteste Jérôme, Æ£p. xx, 4 : « Lucas qui
inter omnes evangelistas graeci sermonis eruditissimus fuit. » Ce jugement est juste si l’on compare le style de Luc à celui des autres évangélistes ; il l’est moins, ainsi que nous allons le voir, si on l’applique au style des Actes. Ainsi d’ailleurs que l’a fait remarquer Norden, Die antike Kunstprosa, 11, 482-492, l'écrivain de l’évangile, pour de bonnes raisons et avec un délicat sentiment, n’a pas retravaillé ses sources aussi librement dans celui-ci qu'il l’a fait dans les Actes. Le mieux qu'on devrait dire, c’est que Luc pouvait écrire en très bon grec, mais que, pour une raison ou pour une autre, il ne l’a pas toujours fait.
Luc occupe, d'après Harnack, Lukas der ἄγει, p.75, n. 1, une position moyenne entre la Koinè et le grec attique (la langue de la littérature) ; il est apparenté de près avec le grec des livres des Macchabées, spécialement avec le second et montre aussi beaucoup de points de ressemblance avec Josèphe. Les sémitismes n'y manquent pas et ne sont pas dûs seulement à l'influence des sémitismes des Septante; mais ils ne sont pas nombreux et sont rarement non intentionnels. « Durch dieses Kunstwerk, dit encore Harnack (1), — denn das ist die Apostelgeschichte, ja eine schriftstellrische Leistung ersten Ranges im Aufbau nicht minder wie im Stil— hat er etwas ganz Eigenartiges und Bleibendes geschaffen. »
Rappelons le jugement que nous avons porté sur la langue de Luc dans l'Héstoire des livres du N. T., If, p. 466; il s'applique aux Actes aussi bien qu'au troisième évangile avec cette différence que le style des premiers est d'un meilleur grec que celui du second. Bien que Luc soit capable d'écrire suivant les règles de la rhétorique grecque, ainsi que le prouve la prologue de l’évangile si artistement arrangé, son œuvre conserve dans l’ensemble le caractère de simplicité, de grandeur et même de grandiose des autres récits évangéliques ; on y retrouve aussi les traces de l'influence populaire dans l'emploi de l’anacoluthe, de μέν sans la
(1) Lukas der Arzt, p. 102.