‹ Les Actes des ApôtresChapitre 87 sur 358 · LA LANGUE ET LE STYLE DES ACTES DES APOTRES. CLXXXV · texte numérisé non relu

LA LANGUE ET LE STYLE DES ACTES DES APOTRES. CLXXXV

réplique de δέ, dans les changements de construction, dans le passage du discours

direct à l’indirect et inversement, dans les pléonasmes, ἀπεχρίθη καὶ εἶπεν, dans les expressions hyperboliques πᾶς, ἅπας, πολύς, μυριάδες, etc., et surtout dans l'emploi de xat comme moyen de liaison.

Ce qui ressort à première vue de la lecture des Actes, c’est la variété et la souplesse du style. Ainsi que l’a fait remarquer Goguel, Le livre des Actes, Ῥ- 130, « certains récits, celui de l’effusion de l'Esprit au jour de la Pentecôte, 11, 1 ss, ou celui de la conversion de Cornélius, x, 4 ss, ont une abondance facile qui va jusqu'à une certaine redondance; par bien des traits, ils évoquent l’hébraïsme. Par contre, le discours de Paul à l’Aréopage, xvir, 22-31, est si plein d'éléments stoïciens et si grec qu’on a pu soutenir que c'était par l'hellénisme seul qu'on pouvait le comprendre, Norpew, Agnostos Theos, p. 1-140. »

« Que l’on rapproche de ces deux types déjà bien distincts le discours de Paul aux Anciens d'Ephèse, xx, 18-35, d’une part, et de l’autre le récit de la navigation de Troas à Césarée, xx, 139 ss, ou de Césarée à Rome, xxvir, 1-xxvur, 16 avecleur précision extrême qui paraît presque celle d'un procès-verbal et où l'abondance même et la netteté des détails n’excluent pas une certaine sécheresee, on verra qu’il n’y ἃ pas dans les Actes un seul style mais plusieurs. »

Goguel explique cette variété de style par ce fait que l’auteur des Actes a intentionnellement conformé son ton et son style à la nature de ses récits. Il faut y ajouter le fait qu'il s’est servi de divers documents écrits — autant que nous pouvons nous en rendre compte — documents en assez mauvais grec, souvent teintés d'aramaïsmes et qu'il a insuffisamment corrigés, ainsi que cela ressortira du commentaire.

Ainsi que nous l'avons vu, la langue des Actes est un mélange du grec classique et du grec hellénistique; Luc s’efforce d’imiter le style classique, mais on voit qu'il y a effort, surtout quand celui-ci est continué et, quelquefois, en essayant d’être élégant, Luc cesse d’être correct. On constate d’ailleurs dans son style l'influence de la langue biblique. Il imite consciencieusement le grec biblique et dans les parties de son livre qui ont pour théâtre la Palestine, on sent qu’il s'applique à garder la rude diction de ses sources, le grec de gens qui le parlent comme des étrangers. En agissant ainsi, il se conformait à l’habitude des écrivains classiques. Il maintient la couleur locale en gardant le style de ses témoins palestiniens, dont le récit aurait paru artificiel s’il avait été raconté dans le grec de la bonne conversation qui lui était habituel, ainsi que cela ressort de la seconde partie des Actes. L'emploi du style populaire se trahit dans la fréquence des anacoluthes, vir, 40; x1x, 84; xxiv, 6; xxvi, 10, etc., (7 dans l’espace de 100 versets); dans les changements de construction, xv, 23; xvrr, 2; dans l’attraction subie par le pronom relatif, 1x, 24; vi, 6; x, 7, etc.; dans l'usage de μέν sans le δέ correspondant, 11, 21: xvir, 30, etc.; dans le passage subit du discours indirect au discours direct et vice versa, τ, 4; xx, 22; xxv, 45, etc.; dans l'abondance pléonastique des termes redondants, ἀποχριθεῖς εἶπεν, 1v, 19: v, 29; vit, 24, de ἀπεκρίθη καὶ εἶπεν, v, 8; x, 46 χι, 9, etc. ; dans la répétition des mêmes termes à intervalles rapprochés, dans l'emploi de termes hyperboliques, tels que πᾶς, πάντες, ἅπας, πολύς, οἰκουμένη, Etc.

Plummer est frappé par deux caractères en apparence opposés du style de Luc, grande possession du grec et emploi de phrases et de constructions

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hébraïques, étrangères au grec. Nous avons déjà expliqué la raison d’être de ces caractères divergents.

… Fr. Blass, Acta apostolorum, Ὁ. 18, a bièn exposé les caractéristiques du style des Actes. « Quoique Luc, dit-il, se montre par son style l’auteur du troisième évangile et des Actes, cependant il est parvenu dans ce second livre à être plus grec, ἑλληνικώτερος, que dans le premier; il s’y est servi de vocables et de particules, comme τε qui avec καί et δέ unissent plus étroitement les sentences. Mais si nous comparons les derniers chapitres aux premiers, combien le style paraît changé. Ce changement ne s’est pas opéré sans raison; le style a été conformé aux choses, lesquelles sont différentes dans les deux parties. Ce qui est à remarquer ‘entre ces deux styles, c'est que l’un est grec et l’autre, bien que grec d'apparence, est plutôt hébraïque de nature. Ce fait est apparent pour tous ceux qui ont étudié les livres du Ν, T. Il y a dans ce style comme un autre élément de la langue qui lui imprime un caractère étranger et en partie artificiel. S'il y a, en effet, des parties du N. T. traduites de l’hébreu, la couleur hébraïque se marque chez elles non par un artifice du traducteur mais plutôt par son ignorance de la langue grecque : tel a été le cas pour la version des Septante. « Mais tous leslivres du N. T. ont été pensés en grec; Luc, quoiqu'il fût plutôt syrien de naissance que grec, n’a pas écrit naturellement comme il a écrit, mais il a affecté limitation des livres de l'A. T., afin que son style fût mieux conformé aux événements racontés. Car, de même que tous les chrétiens un peu lettrés, il connaissait à fond par une lecture assidue les livres de l'A. T. dans leur traduction alexandrine; il avait entendu de nombreux discours de Paul et d'autres docteurs chrétiens, qui se servaient de cette même manière de parler; il n’est donc pas étonnant que Luc se soit conformé à ce style et qu’il l'ait employé avec une grande facilité. Dans son évangile, de suite après l'exorde écrit en bon grec, le style devient hébraïque, au point que les Grecs n'auraient pu facilement le comprendre. Dans le courant du livre et dans les Actes, Luc ne continue pas à être aussi hébraïque. Il écrivait sans doute pour l'usage des chrétiens et non des Grecs, étrangers au christianisme; d'ordinaire cependant il écrivait de façon que ces derniers aussi pussent le comprendre. Les lecteurs avaient besoin de connaître ces termes chrétiens, dont quelques-uns étaient juifs à l'origine, comme τὰ ἔθνη, autrement ils n'auraient pas compris des phrases, comme la suivante : xIv, 27, ἤνοιξεν (ὃ Θεός) τοῖς ἔθνεσιν θύραν πίστεως, qui est un exemple de style en quelque sorte orné. Car le style hébraïsant, ἑδραΐζουσα, ne manque pas d'un ornement, qui est splendide chez les prophètes hébreux; cependant il est peu employé dans les récits du N. T. Ailleurs, Luc dit de même sur la même chose, ΧΙ, 18, καὶ τοῖς ἔθνεσιν ὃ Θεὸς τὴν μετάνοιαν εἰς ζωὴν ἔδωχεν, etencore, χι, 1, καὶ τὰ ἔθνη ἐδέξαντο τὸν λόγον τοῦ Θεοῦ, phrases faciles à comprendre pour un chrétien, mais nullement pour des Grecs. Aïnsi donc, voici les éléments du parler de Luc : langue commune grecque, couleur hébraïque, termes chrétiens, enfin quelques expressions extraites des livres grecs ou reçues dans l’usage des hommes doctes, comme θυμομαχεῖν, χα, 20; πανοιχεί, xvi, 34; οὐρανόθεν, χιν, 17; xxvi, 13. On ne doit pas s'étonner s’il reste peu d’hébraïsmes dans les derniers chapitres des Actes ; il eût été tout à fait discordant de raconter la navigation de Paul en termes de l'A. T.; de même, Paul, dans son discours à Agrippa devait aussi s’en abstenir.

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