‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 19 sur 84 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Despart des Ambassadeurs de Berne. Les Preschenrs demeurent à Geneue, où VEuanfjille faicl de grands progrès. Machinations des Prostrés. Histoire d'une Procession.

Esdeux Ambassadeurs deBeriie, après auoyr lieu sentence conire Furbity, s'en sont retournés; mais l'vng d'iceulx, Baslien de Diesbach , n'est iamais dempuys ainsi retourner à Berne , mais se relira à ^^^^^^^^è^ Fribourc : non pas que ie veuille dire que cella soyl arriué pour auoyr excédé sa cbarge à Geneue, ou qui n'eust faict son debuoir pour demander iuslice ciuillement conire Furbity. Mais s'est retire sans retourner, craignant le détriment de son bonneuretde sa personne, comme les aultres, qui auoint mené les subtilles praticques en la guerre de Cburich et des Lenders quand Zuingle fust tué, et plusieurs aultres par trayson, comme a esté descript en la mort de Zuingle par lustus lonas, auparauanl, enuyron de dix ans, que cecy de Geneue fust faict: et icelluy Diesbacb estoit le Capitayne gênerai de Berne, en celle guerre : et Biscbof, Bandcret de Berne, l'vng des compagnons d'icelluy, en la guerre de Churicb, fust cnuoyé dans Geneue vng an ou deux après

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cecy , et que Dicsbach s'en fust retourné, |)our eslre comilz, à se prendre garde des alTayres de la guerre, iouste sa comission ; car desia le duc de Sauoye et l'Euesque commencoint à deffendre et empescher les viures: mais s'en estre retourné dans Berne il eusl couppé la teste. Sur quoy fust enuoyé vng aullre comilz, nommé Triboullet, qui conseilla à ceulx de la ville d'abatre tous les faulx bourgz , qui estoint fort grandz, affin que les ennemys n'y fissent leur fort et nuysance, car eussent peu grandement dommager à la ville , après auoir gaigné les faulx bourgz d'icelle, auxquelz a mieulx val lu perdre la manche que le bras et les faulx bourgz que la ville.

Nonobstant toutes les maschinations et tumultes qui se faysoint dans et dehors la ville les Ambassadeurs, auant que despartir, remyrent les Prescheurs aux fidelles, les leur recommandant et les priant qu'ilz les gardassent des ennemys, tant que à eulx seroit poussible qu'ilz ne leur fissent nul dommage. De laquelle chose estoint assés persuadés en eulx mesmes. sans les exorter, car ilz leur pourloint grande, atïection , et font encores, iusques auiourd'huy, aultant ou plus que à nulz aullres, ayans congnu le zelle et l'amour qu'ilz pourtoint à ce peuple de Geneue, se exposans à lelz dangiers pour l'honneur de Dieu, pour l'aduancement de sa gloyre, cl retirer ce peuple de tyrannie, et de si grapde subiection et seruilude ont ilz estoint tombez; et les longèrent en la mayson de Glande Bernard. Lesquelz preschoinl tous les iours en publicque, et d'heure en heure ça

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et la par les maysons au grand aduancemenl de la parolle de Dieu, laquelle se augnientoit de iour en iour grandement.

El les Prebstres et Moynes de l'auUre cousté faysoint leurs offices, mais non pas sans grandes machinations et traysons, qu'ilz menoint par de soul)z terre, auec ceulx de dedans et de hors la ville, pour fayre mourir tous ces Luthériens, puys qu'ilz n'esloint peu venir au dessus de leurs entreprinses, par tumultes et émotions de peuple faiclz et esleuez souuentelîoys dans la ville; iceulx Prebstres se sont aduisés d'aullres subtilz moyens pour les surprendre : et ont faict, comme diet le Prophète, des toylles d'aragne, que ne leur a guieres vallu sinon à perte et dommaige. Lesquelz ont conspiré et consulté par ensemble, de fayre ces trois choses, c'est assauoir premièrement vne procession, en second lieu des emprisonnemenz, et enfm la guerre.

La première inuention que les Prebslres trouuerent fustvne grande Procession, par laquelle donnoinl enlendre la ville que c'estoit pour la paix d'icelle, et pour aller à Nostre Dame de Grâce prier Dieu, en laquelle procession viendroint de troys lieues à la ronde; mais chascun ne sçauoit pas l'entreprinse , sinon les principaulx ennemys et aduersayres. ïoutclToys n'y a rien si secret qui ne vienne en clarté. Les Prebstres donnoint enlendre au mesme peuple que Nostre Dame s'esloil apparue en habiz blancz au Curé de S. Legier, et auoit dict que si on faysoit vne telle procession, ces Lulheriens creucroynt par le millicu; sinon

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que la ville abimeroit : mais à la fin fust Irouué que ceste belle Noslre Dame estoit la chambrière du Curé. Si firent ilz la procession ; et en venant de tous coustés debuoint entrer dans la ville, et fayre ce que Mess" les Prebstres auoint desliberé, c'est assauoir de assomer et accabler les Luthériens. Les poures gens, hommes et femmes, pelis enfans arriuoint de toutes pars, mourans presque de faim ; et chantoint à haulte voix en leur langue Sauoysine, en ceste manière. Mare de Dy pryy pou nouz; et Baudichon en les voyant passer, chantoit aussi et disoit; Frare Farel pregy tourjourt. Or certayne procession venant du cousté de Thonon , de l'Abaye de Filli, auec leurs circonuoysins voullurent entrer dans la ville; et y entrèrent du temps que le Sermon se disoit, et furent iusques au près de l'Eglise S*® Clare. Mais Amy Perrin, et lehan Golle, auec certains aullres les repoulserent si rudement qu'ilz pensoint tous estre morlz, par la grande frayeur qu'ilz eurent; leurs bandieres ou confanons furent deschirés, leurs croix et relicques mises par terre; et les firent passer par dehors la ville , tout au tour des murailles, pour aller ta Nostrc Dame de grâce : que fust le moyen par lequel les Prebstres ne peurent paruenir à l'cffect de leur entreprinse, ains se desporterent pour Ihors de ce qu'ilz auoint deslibéré de fayre. Et s'en allèrent, soubz ceste colleur, à Noslre Dame de grâce, selon leur deuotion : Et ne peurent trouuer entre cuIk tous qui fust digne pour dire la grande messe , sinon vng Moyne de Filli , qui estoit châtré, Messire Bernard Marcel, et à présent Predi-

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cant, qui dict la messe en grande solempnilé poiirce qu'il estoit châtré par auenlure par farce mais il trompa bien le Pape et l'Eucsque vu qui pourloit ses genitoyres en sa bourse.

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