CHAPITRE XIX
La dernière lournée que le Duc de Sauoye tint à Thonon contre ceulx de Geneue, l'an 15 34.
^E Duc de Sauoye, vng peu après qu'il eust visité, pour la dernière foys tout son pays qu'il tenoyt deçà les montz, exortant le peuple de non prendre ne rccepuoir ceste ^'^ û t-^:ç>M(^/. ^ y/>^ secte Luthérienne, et ce sus £^l</' '-è^c^^d^sr^niié^J^ son indignation , a faict à l'instigation de ses Prelatz, vne grande assemblée, à ses dépens, en sa ville de Thonon, en laquelle a faict venir Ambassadeurs de tous les cantons de Suysse, ses Alliez ont se trouuerent tous ses Pre-
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lalz, et principaulx genlilz hommes de son pays, pour consulter auec eulx, et leur fayre ses lamentations guerimonyes et complaintes contre ceulx de Geneue, les priant et requérant selon les alliances et debuoir qu'ilz auoynt à luy, de le conseiller et luy ayder contre ceulx de Geneue, selon les articles proposés par deuant eulx et leur Conseil auant qu'il voulut attenter aulcune guerre contre Geneue. Auquel fust remonstré par plusieurs foys, et principallement par Mess" de Churich et de Berne, de Balle, Chaffusen et S^ Gai, qui auoynt desia receu VEuangille, de laysser en paix ceulx de Geneue, selon le tracté de Payerne dernièrement faict, après la dernière guerre. Et le prioynt qui n'empescha point le cours de la prédication de l'Euaugille, et qu'il s'en trouueroyt bien. Ce faysant, disoynt ilz, nous ouffrons au nom de nos Supérieurs, vous assister et eslre en ayde enuers et contre tous ceulx qui vous vouldroint nuyre sus vos pays, ainsi que chantent les alliances que nous auons par ensemble. Aultrement ne sçaurions acquiesser ne vos conseiller à nuyre contre ceulx de Geneue , veu qu'ilz font prescher VEuangille : touteffoys vous prions de fayre du meilleur pour entretenir la paix auec eulx. Lequel les ouant ainsi parler, à l'absence de ses Prelatz et Gentilz hommes, se trouuoyt appaysc et sembloit qu'il désira consentir à la paix : Mais quand il auoit parlé et consulté auec son Conseil, ses Euesques prelatz et Gentilz hommes, et aultres adherens à la Papaulté tout incontinent son premier consentement et voulloir estoit renuersé. Car y luy disoynt ; Si vos permettez que ceste mes-
chante secle Luthérienne soit preschée dans Geneue, que est au millieu de voslre pays, tout sera infecté de ceste meschante hérésie , et vos feront perdre vostre pays ; et toute la Loy et foy de nostre Saincle mère Eglise sera ruynée et destruile. Parquoy, très redoublé Prince , ne debués permettre que vne telle petite pougnée de genz, au millieu de voslre pays , soyt ains rebelle : ainsi plus lost la debués rédiger en seruitude ou à rien; car le pouvés fayre, à l'ayde de vos bons amys, quand sera vostre bon playsir , sans que personne vous puysse nuyre ou empescher, et nous tous, de toute nostre puyssance, nous ouffrons vous y ayder, et fayre tailles et décimes de tous bénéfices et biens Ecclésiastiques de vostre pays, pour fayre la guerre à extirper et annichiler ceste gent et ceste secte Luthérienne. Aussi sommes asseurés vne grande partie de ceulx de la ville vous estre à ce fauorables. Ce que fust trouué 1res bon au Duc de Sauoye et aux siens; car vng peu après ont voullu mettre en exécution ce Conseil ; mais ilz auoynt oblié ce que dict S' lacques, Si Dieu le veult. Et n'ont pas congnu que Dieu fust aussi puyssant en petit nombre que en grand nombre, et que les hommes font les guerres , mais Dieu donne les victoyres à ceulx qui luy plaict; car c'est le Dieu des armées et des batailles, en tout temps, aussi bien que du temps de Gedeon et des en fans d'Israël. Or pour mettre en effect ce conseil , incontinent furent faictes et imposées tailles et subsides, sus tout le peuple de Sauoye, sus les beneffices, et biens ecclésiastiques, ayant premièrement enuoyé certaynes de-
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mandes à ceulx de Geneue, comme sera cy après dicl. Tellement qu'il n'y auoil si poure misérable Prebslre, ue homme en son pays qui ne fust ioyeux et bien content de payer celle taille, puysque c'estoit pour aller fayre la guerre contre Geneue, et pour destruyre ces Luthériens. Car tout ainsi que les Israellites furent prestz à bailler leurs ioyaulx leurs oraillettes d'or et leurs bagues à Haron pour fayre vng Dieu d'or, cependant que Moyse esloit sur la montagne, parlant auecque Dieu ; aussi les Prebstres et ceulx cy furent plus prestz à payer leurs décimes pour destruyre cette secte Luthérienne, et fayre la guerre contre Geneue, qu'à le donner es poures. Carie pays à l'entour estoit tout esmeu contre Geneue, les hayssant à cause de la religion , ensorte qu'ilz pensoynt gagner paradis, ouïes pardons du Pape, si pouuoint tuer vng Luthérien, comme ceulx quialloynt aullres foys contre lesTurcz, à la Croysade, et estre dampnés de les ouyr seullement prescher, ou fréquenter auec eulx.
Acles et Gestes mcrueUleuj: