CHAPITRE XXVIL
Comment aulcuns Courdelliers de Geneue furent conuertis de leurs superstitions en ce temps là.
Omdien que les aduersayres el ennemys de Dieu et de Geneue , fissent beaucop d'empeschementz, maulx, traysons, menasses de guerre, si est ce que ceulx de Geneue ne perdoynt couraige, ains plus constamment faysoynt ^«^^^^^'^^^^^prescher, non seullement en publicque, mais par les assemblées qu'ilz faysoynt ca et la parmi la ville. Et sus les murailles au guet , durant la guerre, y auoit l'vng des Prescheurs pour les instruyre et enseigner la crainte de Dieu; au lieu que les aullrefoys, en leurs précédentes guerres, les compagnons etsouldarts auoynt les paillardes la nuict aux guetz, ceulx cy auoynt des Prescheurs, et au lieu des dissolutions et paroUes desonnetes qu'ilz soulloynt dire et fayre, tout estoit conuerty en bien. Tellement que en icelles assemblées et guetz, l'on veult dire que aultant ou plus de gens ont esté gaignés à l'Euangille, de ceulx de Geneue, que en preschant publicquement : car vng chascun famillierement et librement, obiectoit et replicquoit à ce que le Prescheur disoit, en sorte qu'ilz estoynt rcsollus et satisfaictz en leur cueur,
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et cntcndemcnl auanl qui sabandonnassent les vngz les aullres de toutes choses de la religion Chreslienne desquelles ilz doubtoynt et estoynt encores ignorans. Et ainsi, par telz moyens et en grande doulceur, estoynt gaignés àla doctrine Euangelique. Et quand s'en trouuoynt aulcuns fort rebelles, et conlrayres à la doctrine, ausquelz Dieu n'auoit encores faicl grâce, les amys, les voysins et parens, qui desia estoynt gaignés, les attiroynt à eulx fort (loulcement, sans les scandalizer, ne leur rendant mal pour mal, ne malédiction pour malédiction, mais les admonestoj'nt en grande doulceur, et aulcunes foys les conuioynt à leurs maysons à boyre et manger, pour parler plus famillierement auec eulx : et si appelloynt vng ou deux Predicans, et aulcunes foys tous troys, selon les assemblées, et ainsi que l'exigence du cas le requeroit: Et non seullement faysoynt ce à leurs parens, à leurs amys et voysins, mais mesme à leurs ennemys et gens estrangiers, tellement que tout leur eslude estoit à tacher de gaigner quelcun à la parollc.
Et dauanlaige , s'il y auoit aulcun qui eust des parens Prebstres, Moynes, ou Nonnains, tachoynt de les gaigner à Nostre Seigneur, et de les retirer auec eulx dans leurs maysons, comme firent Baudichon, Claude Bernard, Pierre Vandel et plusieurs aullres, leurs frères, les vngz estans Courdclliers, les aultres Prebstres gradués en l'Eglise S^ Pierre, aullant ou plus desbourdés, tant après les femmes que aullrement, (lue point des aullres auant qu'ilz fussent gaignés à la parollc. Mais dempuys,. après que le Seigneur leur a faict grâce, se
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sont conduictz fort honneslement, en mariage et aultrement. Le premier Prebstre marié dans Geneue ce fust l'vng de ceulx icy, Loys Bernard, qui est mort l'an 1 549, estant du Conseil estroict : auquel an est aussi mort son compagnon, Messire Thomas Vandelly, qui vng peu auparauant s'estoit marié, combien qu'il fust ancien et impotent, lequel falloit^ pourter et paistre : mais pour monstrer exemple es aultres, et pour honnorer le sainct mariage, en rompant la corne au Pape, disoit-il, se maria.
Quant aux Courdelliers, plusieurs d'iceulx congnurent les superstissions de leur religion, et entre tous les aultres leur gardien, frère laques Bernard, qui vsa d'vne grande prudence humayne, auant que laisser son habit; (aussi ces Moynes Courdelliers estoynt fort sçaiges et prudens au monde, car par leurs prudences humaynes, et soubz cappe de religion ont beaucop accumulé de richesses dans Geneue, etfaict vng grand Conuent de Courdelliers). Mais la principalle sçagesse et prudence que aulcuns d'iceulx ayent heu , auant que mettre bas la robe grise, et l'auclorité de gardien, ou leurs offices se sont saysis d'aulcuns droictz et reliquayres, et sus tout promilz et fiancé en mariage des ieunes et belles filles, leur promettans dote, car aultrement ne les pouuoynt auoyr, combien que fussent les plus beaux pères, et vers gallans, de tous les aultres Religieulx de Geneue. Et non point sans cause, caries filles, les femmes, et plusieurs hommes, extimoynt au commencement estre chose fort estrangc que les Prebstres, Moynes et Nonnains se marias-
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sent, et eussent femmes légitimes. Mais on ne se esmerueillnil point, dans Geneue, quand ilz tenoyent des paillardes, tant en estoit la couslume ancienne et fréquente. Mais quand ilz ont veu ceste couslume renuersée à Vopposite, plusieurs s'en sont scandaiizés, et en ont faict conscience. Mesmemenlles paillardes des Prebstres, lesquelles n'ont voullu espouser aulcuns de leurs paillardz, pour la conscience, craignans, disoynt elles, de mal fayre, ce que ne faysoynt en paillardant auec eulx. Mais les Predicans remonslroynt tousiours par les S"-^^ Escriplure , que ce n'estoynt que consciences de renardz, qui font péché, et se confessent d'auoyr abballu la rousée auec la queue en passant parmy les prés, mais non pas d'auoyr prins la poulaille du poure homme; ou comme les Pharisiens qui coullenl le mouchillon, et engloutissent les chameaux tous entiers : voullans donner entendre qui ne falloit pas exlimer péché, ni fayre conscience, là ont ny en auoit point, mais qu'il falloit fayre conscience et scrupulle la ont elle est, et ne laysser de fayre ce qui est de Dieu ordonné pour les commandemenlz et traditions des hommes, car ce seroil seruir Dieu en vain.
Certaynement plusieurs de la ville pensoynt que ainsi que les Courdelliers auoynt commencé à bailler or et argent pour auoir des femmes en mariage, la couslume deubt entrer et estre obserué d'vng chascun dans Geneue. De quoy plusieurs citoyens et bourgois, et principallement ceulx qui auoynt beaucop de filles à marier, en eussent esté fort ioyeux ; des aultrcs qui n'auoynt que des filz, non :
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mais ccslc introduclion n'a giiycres duré, et n'a peu entrer en conslume ; Car ne s'y est trouué aultre (fors aulcuns nnoynes) que vng seul estrangier francoys nommé Renaud traclier de sens que après les aye voullu suyure ne quitter. Lequel donna eest escus pour auoir la seur de la femme du gardien des Courdelliers pour auoir sa beaulté ; car ne se passoit d'aultre chose en vne femme fors qu'elle fust belle (disoil il). Mais au brief temps songeant et experant qu'il luy eust mieulx vallu chercher bonté que beaulté ; car les fallut séparer i'vng donna l'aultre par adultère si que le mary s'en est retourné en France, layssant sa femme perdant sa beaulté, et les tout estans qu'il aimoit donner. Et dempuys la coustume n'a peu entrer ne prendre ; reuenir dans Geneue ; n'est moins reuenue ne obseruée d'aulcuns de la ville, non plus que au parauant, au grand détriment et desplaysir de plusieurs femmes que n'ont de quoy se marier. Mais ainsi que par le passsé ilz vsoynt des mariages aussi encores de présent en vsenl ilz, cest assauoyr que la femme et fille ayant à force d'or et d'argent et parantee grande est mariée, et de plus grande requeste que beaulté ne bonté.
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