CHAPITRE X,XX
Des Disputes qui furent faictes dans Geneue.
^Pres que saufconduyct et licence de venir dans Geneue pour disputer, et retourner en asseurance fust donné cà tous, et publié par escript et à son de trompeté par toute la ville, commencèrent à disputer au grand audiloyre du Conuent des Courdelliers à Riue. Et plusieurs estrangiers disoynt; Ha si telle licence estoit donnée de par tous Princes Chrestiens, telle que Mess" de Geneue ont baillé auiourdhuy, et baillent encores de présent à tous hommes^ si peuluent monstrer le conlrayre de ce que leurs Prescheurs preschent, l'affayre seroit tantost delFini, sans tant brusier,
138 Actes et Gestes merueilteux
tuer et meurtrir si misérablement de poures fidelles Chrestiens , mais le Pape et les siens les cardinaux euesques et prebstres sçauent bien que incontinent ceste licence baillée, leur cas seroit descouuert, que est la cause principalle de ce qu'ilz empeschent les Roys et les Princes de la terre de donner telle licence et liberté de disputer publicquement : car vng chascun verroit clercment leurs aftayres; aussi de toute leurs puyssances deffendenl que personne n'aye à parler ne disputer de cecy, sinon au feu et à l'espêe; ainsi que soulloit fayre TEuesque de Geneue au commencement de TEuan^ille lesquelz ont apprins ceste manière de fayre des Payens et infidelles, et principallement du grand Turc qui deiïent estroitement que personne n'aye à disputer de sa Loy, car est assés approuuée , disent ilz. Aussi ne veult point auoyr de gens sçauans et litterés en son pays, affin qu'on ne congnoisse la Loy de Macomet et la foullie que est dans l'Arcoran. Aussi le Pape et les siens ne craignent aultre chose que disputes, et vng vray Consille, par lequel les hommes puyssent voyr la Saincte Escripture par laquelle puissent congnoistre leurs Loys, leurs Decres et Ordonnances d'iceulx.
Doncques Frère lacques Bernard , gardien des Courdelliers, citoyen et bourgeoys de Geneue, et maintenant Ministre de la Parolle de Dieu, enuoya lettres, auec les articles de la Dispute, au Chappitre gênerai de son Ordre, ou à l'assemblée des Courdelliers de toute leur Prouince, à Grenoble, capitale et principalle ville du Daulphiné , affin qu'ilz vins-
de la Cité de Gcneue.
sent pour maintenir et deffendrc leur religion, s'il leur estoit poussible la soubtenir par la Saincte Escripture : lequel soubliendroit les disputes et articles, enuers tous et contre tous, auec les Predicans. Mais les Courdelliers ne voullurent venir, ains firent leurs excuses par escript, comme est contenu aux lettres enuoyées au Conseil de Geneue.