CHAPITRE XXXI
Van et iour que furent commencées lot Disputes de Geneue, et comment.
'An 1535, elle 30™« de May furent dressées et commencées les Disputes de Geneue, en grande sollempnité, auec grandz fres, missions, et despens à la Seig''*^ de Geneue.
Les Auditeurs et Députés furent ordonnés par le Conseil lesquclz esloynt assis sus le tealtre ou escbaffaux, pour iuger et garder qu'il n'y eust point de desordre.
Il y auoit aussi quatre Secretayres ordonnés, de la part de la Seigneurie, pour escripre et rédiger par escript fidellement ie tout, affin que seurement les auditeurs et secretayres puyssent mieulx rapporter le tout à leurs Seigneurs et Supperieurs , petit et grand Conseil , pour iuger selon droict et c(iuilé. Or auant que les Disputes
i-iO Acles cl Gestes meruellleux
furent commencées et pendant ce temps la, plusieurs gens de tous coustés vindrent pour voyr et ouyr la procédure et deffinilion d'icelles Disputes, lesquelles furent faictes en langue Françoyse, affin que vng chascun , hommes et femmes, petis et grandz, puyssenf congnoistre et entendre que c'est qu'on disputoit et que chascun peult estre résolu en son entendement.
En laquelle Dispute se trouua vng Docteur de la Sourbonne de Paris, nommé Pierre Caroly, tenant la part des Prebstres, qui disputoit fort subtillement, et de grande affection contre les Proposans : et vng aullre Docteur de Paris, nommé De Cornibus, le plus renommé de la Sourbonne, y debuoit aussi venir, comme il s'estoit vanté et l'auoitpromilz; auquel Farel enuoya des lettres dans Lyon, ont il preschoyt pour le fayre venir; mais ne tint sa promesse, lequel on auoit desliberé recepuoir fort honnestement dans Geneue, car le Conseil et toute la Seigneurie eussent esté bien ioyeux de sa venue, et furent grandement marris quand ilz entendirent le refus qu'il auoit faict. Touteffoys vng aultre Docteur, le plus sçauant qui pour lors fust dans Geneue, des lacopins, selon la commune opinion des gens, disputa longuement, auecle Docteur Caroly et plusieurs aultres , contre les Prescheurs. Mais à la fin ne sceurent que fayre, sinon acquiesser et subscripre du cousté des Proposans : etprincipallement Caroly subsigna la Dispute et les articles estre véritables; en sorte que ces deux ont dempuys prins femmes en mariage, et ont este Predicans sus la terre et Seig'"''' de Berne; Caroly
de la Cité de Gcneue. 141
à Lausanne, lequel a falot plusieurs scandallos et diuisions , à cause de sa doctrine et \ie, delayssant sa femme legilime , et s'en est allé à son premier vomissement, au pape fayre inuocalion demandant absollulion et liberté de laysscr sa femme laquelle se voyant delayssee de son mari sans cause legilime en a prins vng aultre. Mais l'aultre Docteur lacopin, de Pallaix nommé, a tousiourt perseueré , et perseuere iusques auiourd'huy. Et ains tant seullement deux Moynes dans Geneue, entre tant de Moynes et Prebslres qui y auoit , se sont Irouués pour prescher l'Euangille vng Courdellier et l'aultre lacopin. Et presque tous les aultres Prebstres et Moynes s'en sont en allés sans que personne les aye deschassés, fors eulx mesmes qui ont absenté la ville , pour leur playsir, excepté petit nombre, qui sont demourés et aulcun vescu assés honnestement, se marians et trauaillans tant en marchandises que aultrement, comme les aultres qu'ilz appeloynt séculiers. Auxquelz la Seigneurie a layssé et laysse gaudir de leurs biens, et k ceulx qui n'auoynt pas assés pour viure et entretenir eulx, leurs femmes et enfans, leurs ont assisté et assistent très Chrestiennement. Mais aux aultres qui s'en sont allés sans prendre congé, ne leur ont pas fermé les portes ; et encores ceulx à qui il a pieu de retourner ont esté les très bien venus. Mesme aulcuns qui auoynt esté longuement dehors, et faict et dict au pis qu'ilz ont peu contre eulx, et leur Reformalion loutelToys ont esté benignement et honnestement receus de la Seigneurie et des bons citoyens fidelles, et qui plus est leur ont faict et
Actes et Gestes merueilleux
font du bien pour viure. Mais des aultres la Seigneurie a rédige leur bien à sa main , pour ayder aux poures, nourrir et entretenir leurs Prescheurs, Maistres d'Escolles, et secourir à leur Republicque en fortiffiant leur ville pour résister à leurs ennemys et aduersayres.