‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 46 sur 84 · CHAPITRE XLIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLIII

Comment ceulx de Geneue sont allés pour assiéger le Chasteau de Peney.

> Ependant que les ennemys faysoynt beaucop de maulx à ^eeulx de Geneue, tant en fleurs biens que en leurs personnes, et que les Bernoys ne les pouuoynt secourir, pour deschasscr les Peneyneysans, qu'on appelloit brigans, traytres et vouleurs. ont cherché tous les meilleurs moyens qu'ilz ont peu excogiter en eulx mesmes, et comme l'on dicl communément, de cent tours le meilleur. Et premièrement le Conseil, six semaynes au parauanl qu'assallir le Chasteau fort de Peney, auoynt secrettemenl décrété entre eulx le moyen pour le prendre , et estroictemenl deffendu que personne n'en sçeust rien, sinon au despartement, ce que fust faict. Et vng soir, après soupper, se sont desliberés d'aller attenter si pourroynt surprendre ces voulleurî^, ou les deschasser d'illec, et pour auoyr plusieurs prisonniers qu'ilz detenoynt sans cause ne rayson , sinon pour despit de Geneue et de leur religion. Ceulx donc de Geneue y sont allés auec

de la Cité de Geneue. 177

mille hommes de guerre, et menoynt deux pièces d'arlilleric pour batre ce Chasteau : et pour fayre légèrement leurs rampaulx d'approches, menèrent, à force balles de laynes; et si baillèrent les assaulx requis en tel affaire , en sorte que eulx qui estoynt dedans furent fort estonncs au premier assault ; car le boullet de la grosse artillerie frappa au dedans iusques à la cuysine : et pensoynt ces Peneysans estre prins, pour vng cop, ce que eussent esté si ceulx qui debuoynt mettre les eschelles de bon matin eussent faict leur debuoir, mais furent tardifs; et cependant ceulx du Chasteau reprindrent courage et se mirent tous en delVense, et à sonner le toxin , auec vue cloche, pour bailler signe aux aultres ennemys circonuoysins pour leur venir au secours. Ce voyant, Francoys Chamoys citoyen, tira d'vng cop d'acquebute et rompit la cloche, si que ne pouuoit plus sonner, ne estre ouye de loing, pour assembler les ennemys. Et faysans la baterie, laprincipalle pièce d'artillerie de ceulx de Geneue rompit au premier cop, que blessa plusieurs ceulx de Geneue : et ceulx du Chasteau aussi auec leur artillerie en blessèrent. Ce considéré, ceulx de Geneue se retirèrent : car le Chasteau estoit trop fort ; et ceulx qui les conduisoynt craignoynt aussi qui n'y eust quelques praticques sourdes ou intelligence auec les ennemys, voyans Bischof commitz de Berne, bien congnu de ceulx du Chasteau, qui passoit et repassoyt auprès d'iceluy sans luy tirer contre, lequel en eust de grandz reproches dans Geneue. Ayans aussi veu leur artillerie rompue au premier cop, ces choses certes leur furent argumentz de trayson,

et de s'en retourner sans rien fayre, ne plus auant attenter. Aussi Dieu voulloit fayre d'aultres choses plus grandes que cestes icy, et les desliurer de leurs enneniys, par aultres moyens qu'ilz n'entendoynt pas, affin que l'honneur luy fusl du tout baillé et non à leurs artilleries et entreprinses huniaynes.

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