CHAPITRE XLIV
Ce que faisoyent ceulx de Geneue estre reuenus d'assaillir le Chasteau de Peney.
^' EuLx de Geneue, estans de iQ^, retour d'assaillir le Chasteau de Peney, sans rien auoir faict, furent tous les citoyens et bourgoys de la cité, grandement estonnés, et ne sçauoynt plus quel remède donner a cet affayre ne de quel cousté se retourner, tant esloynt tourmentés de leurs ennemys, et delayssés de toute ayde humaine, ni que faire sinon recourir à leurs bons alliés et combourgoys, Mess'^ de Berne, par grandes importunités, auec prières et supplications de leur assister et ayder à deschasser leurs ennemys. Mais response absolue leur estoit tousiourt faicte qui ne les pouuoynt secourir, car la chemise leur esloit plus près que la robe; Aussi craignoynt ilz de perdre leur pays, et non pas sans cause, car ilz cstoynt grandement hais à cause de
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religion, si que ne les pouuoynt ayder que de parolle , disoynt ilz , en les recommandant et remettant à Dieu. Touteffoys enuoyoint tousiourt ambassades au Duc de Sauoye et es aultres ennemys, les prians de cesser et de se despourter à fayre telles iniures et oultraiges à leurs bons alliés et amys de Geneue, de leur lâcher les viures, et de leur permettre de fréquenter et tralfiquer sus le pays, comme est contenu au tracté de S^ lullin, et despart de Payerne. Ce que le Duc et les ennemys, n'ont vouUu fayre, ains ont esté plus obstinés et enflambés que au parauant, assauoir à nuyre, piller, meurtrir et tuer tout ce qu'ilz pouuoynt happer de ceulx Geneue et aultres allans et venans selon leur playsir. En sorte qu'ilz se sont aduancés à fayre les assaulx et approches de la cité, iour et nuict, pour y entrer et la prendre d'assault, principallement du cousté de S^ Gerues, ont les murailles n'estoynt pas encores faictes, ains seullement estoynt enuironnees d'iiays de bois comme les iardins sont doux, pour garder les bestes d'entrer dedans. Ceulx de Geneue doncques, se voyans ainsi assiégés par vng camp voullant, et d'iceulx mal tractés destitués de toute ayde humayne ne pouuans aussi sourlir pour auoyr des viures, et presque desnués de tout conseil, ilz n'auoynt aultre recours et refuge que à Dieu seul, auquel les Prescheurs les adressoynt, leur disant; Cependant que vous auez voslre asseurance aux hommes et aux chenaux d'Egypte, comme les IsraelHtes, vous ne ferés rien, et n'en serés pas desliurés ; mais si vous aués vostre espoir en Dieu, vous desliurera; non pas qu'on
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vous veuille osier l'vsage des moyens qui playra à Dieu vous enuoyer. Et tous les iours es sermons faysoynt prières et oraysons au Seigneur, qui luy pleust deffendre sa cause et leur bailler les moyens telz qu'il congnoistroit estre necessayres, affîn que son nom ne fust vitupéré entre les infidelles. Les souldars aussi et ceulx qui alloynt es hallarmes estoynt tousiours preslz es armes, et pour estre plus promps les pourtoynt au sermon, auquel esloynt fort diligens à ouyr preseher; mais quand venoit vne hallarme, hommes et femmes y estoynt desia si accoutumés que personne ne se mouuoit du sermon, sinon les souldars et les gendarmes qui sourtoynt dehors, tous armés auec leurs arnoys, sans fayre nul bruict ne trouble. Et en faysant telles choses, d'vne main on auoil les armes, et de l'aultre, les instrumentz pour labourer et trauailler sus les murailles, aux terraux, hommes, femmes, tilles, et ieunes enfants, vng chascun selon son pouuoir y faysoit son debuoir. Ce temps pendant M'^ de Berne moyennerent enuers le Duc de Sauoye que Geneue eust quelque temps de treues : loutelfoys les ennemys n'en tenoynt point, ains estoynt plus enllambés que iamais; aussi Geneue, de l'aullre cousté, ne dourmoit pas à procurer des amys de tous coustés.
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