CHAPITRE XLV
La diuision de lefian Philippe, et de Michicl Bal-
thésard, les deux principaulx de Geneue, sur-
uenue à cause du filz du dict Philippe,
quand fut prins par les Peneysans.
A cause pourquoi les Peneysans cstoynt si enuenimés ; contre Geneue c'esloit principallement la religion , et que aulcuns de leurs compagnons estoynt détenus prisonniers et aussi que leurs traysons estoynt descouuertes, et plusieurs de leurs consors exécutés, scachans bien aussi que iamais n'y auroit ap[)oinlement auec eulx. A ceste cause se parforcoynt de fayre au pis qu'ilz pouuoynt, atlcndans que la ville fust rédigée à néant par les ennemys; et regardoynt depouuoyr prendre des prisonnyers competans pour reauoir les leurs, et prindrent, par ie ne sçay quelle intelligence le filz esné du Cappitaync gênerai lehan Philippe, et pour sa rançon voulloynt auoyr cculx qui estoynt cneores à exécuter, reslans prisonniers. A laquelle chose résista Michiel Sept, dict Balthesar, et certains aullres Conseilliers, disans; Si nous rendons les Iraytres, nous consentons auoir mal faict d'exécuter leurs compagnons, comme traytrcs à la cité, auxquelz n'y a nul rançon ; mais
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plus tost le faut rendre par rançon pécuniaire ; el moy Balthasar, de mon cousté, veulx donner troys centz escus pour sa rançon ; et si mon filz y estoit , mon conseil ne seroit aullre disoit il. A quoy ne voulloit consentir le père Philippe ains voulloit qu'on restitua tous les prisonniers pour son filz. Ce qui ne fust faict ; de quoy fust grandement irrité contre Balthesard, et trouua aultres subtilz moyens pour la desliurance de son filz André.
Que fust le commencement et la principalle cause de la hayne et diuision qui vint entre ces deux principaulx Geneueysans, ainsi que de Pompée et César, les deux principaulx Romains. Et telle diuision et inimitié fust leur vie durant ; qui moururent presque à vng temps; le premier (lehan Philippe) fust exécuté en Champel pour ses melfaiclz; et l'aultre vng peu après mourut d'ydropisie, sans en auoir long temps reiouissancc de la mort de son^ennemy. Mais par les diuisions et partialités de ces deux cy, en est succédé beaucop de maulx dans Geneue, assauoir, mortz, bannissementz, pertes de biens, d'honneur, et de personnes; voyre le deschassement des Predicans en est venu. Les Artichaulx aussi sont crus au iardin de ce Philippe par ceste partialité ; ouy raesme presque la perte de leur cité : car ce que la partie de l'vng vouloit et aymoit l'aullre par despict l'hayssoit, tellement que cella a causé dans Geneue la mort de plusieurs; et beaucop de petites praticques sourdes se sont menées, soubz ceste colleur d'inimitié et diuision. Mesme incontinent après la desliurance de Geneue, lehan Philippe, de son auctorilé fist entrer
dans la cité la nuict le filz de Berche citoyen, qui aiioil esté prins des Peneysans, et sonné le taborin poureulx, à rencontre de Geneue: mais Ballhasard soubz; col leur de iustice, au despit de Philippe, le fist prendre et estrangler le lendemain, sans aultre reuysion de procès, sinon par la sentence generallo donnée contre les Peneysans. Et peu à peu les enuyes, inimitiés, et partialialités sont puUulees, et suruenues plus grandes que auparauant, comme sera veu cy après, et ont régné certain temps après leur mort toutefoys sont cédées et pacifiées de présent; tellement que dans Geneue n'y eusl iamais telle vnion, concorde et amytié Chrestienne les vngz auec les aultres quelle est, par la grâce de Dieu de maintenant.