CHAPITRE XLVI
Des allarmes, assaults et escramouches que les
ennemis faisoyent, et principallement vne
^du doucher de iV^ Dame de Grâce.
CEPENDANT que les moyens, ' praticques et entreprinses se- ^ crêtes se demenoynt, et que Mons"" de Verey faysoit diligence pour auoyr gendarmes de France , pour dcsliurer 'Geneue ou plus lost pour conquesler du pays, Glaude Savoye, et certains aultres de Geneue, ordonnés de la part de la Seigneurie, no
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dormoynt pas à fayre leur debuoyr, de l'aullrc cousté, en Allemagne, pour auoyr aussi gendarmerie, à fayre le sembable, comme sera dict ci après. Car les assaux et allarmes se bailloynt toutes les heures contre Geneue, si rudement qu'ilz n'en pouuoynt plus soubstenir : et les ennemys venoynt iusques au près des portes de leur cité, iour et nuict, et s'assembloynt tout à l'entour, à son de cloches et aux signes de feu. la nuict, qui estoit chose merueilléuse de voyr le grand nombre de gens et ouyr tout cella. La famine aussi estoit desia grande dans Geneue, si que les gens commençoynt à murmurer et à lamenter de faim et de froict.
Et entre toutes les aultres allarmes et assaulx que furent faictes, au grand détriment et perte des ennemys, et à l'auantaige de ceulx de Geneue, furent principallement ceste icy de N"*^ Dame la Grâce, et de Collogny. Car quand les ennemys vindrent vne nuict pour auoir le Fort de N'"*' Dame la Grâce et pour surprendre les gardes, n'y auoit allors dedans que quatre hommes, mais fort vaillans. A l'entrée du fort le Cappitayne des ennemys dict à Pierre lesse, l'mig des quatre qui (jardoynt le fort; Rends toy, et, foy de Gentil homme ie te prendray à merci; auquel respondit ie me rendrois plus tost à vng pourschier, car les gentilz hommes n'ont point de foy : et allors rompirent le pont pour entrer dedans ; mais en entrant reçeusl son dernier repast. Et soubtindrent enuyron quinze heures les assaulx des ennemys, sans qu'ilz leur puyssent guyeres nuyrc; et si leur mirent le feu au dessoubz leurs piedz, au dernier plancher de la forlorcsso, et au sixiesme
de la Cité de Geneue. i8o
degré, el si brusla la barbe de l'vng d'iceulx, et si n'eussent tué le Cappitayne qui les conduysoit, Amblard de Gruyère, de la terre de Ges, grand ennemy de Geneue, eussent esté en danger d'estrc vaincus, et de perdre le Fort, et dempuys la ville, ou pour le moins les faulx bourcz, qui n'estoynt pas encores abbattus. Car le ranfort des ennemys venoil, fil à fil, au secours de leurs gens; mais quand ilz virent entre tous les aultres leur Cappitayne tué, au millieu des degrés, eurent telle frayeur et crainte qu'ilz s'enfuyrent, et emportèrent le corps du Cappitayne, auec leurs aultres mortz; car fault entendre que ces quatre, auec l'artillerie en tuèrent beaucop : et toute la nuict faysoynt signe de feu à ceulx de la ville, de moment en moment, qu'ilz n'esloynt pas rendus, et qu'ilz tiendroynt bon iusques à la mort. Certes ces quatres firent vne merueilleusc deflense; le premier et le principal esloit Pierre Jehan lesse, maintenant conseiller; le segondLoys Nyer, dict Roussel, qu'on appelle le grand Loys; le tiers lehan Menen, dict Dabere, que lehan Philippe tua en trayson en l'émotion des Artichaux ; et le quart Pierre Chapuys, dict le Clerc.
Actes et Gestes merueilleux