CHAPITRE L
De la deffecte de Gingin , par ceulx de Neufchastel, et comment ils firent.
Urant le temps que Mons'^ De Verey faysoit diligence d'auoyr gendarmerie de France ainsi que desia auoit esté conclus et qu'il s'estoit mitz en cflbrt pour passer, Claude Sa.
uoye, citoyen, et l'vng des c^e^ 'dCié) Q ^Cï^^g^ principaulx conseillers de Ceneue , poursuyuoit diligcment la desliurance de la cité, et d'auoir gendarmerie de l'aullre couslé, de Mess*^» de Berne, leurs bons alliés et combourgoys.
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Mais iamais ne peut obtenir aultre chose d'eulx sinon qu'on luy bailla licence d'amasser gens par tout où il les pourroit trouuer, et les passer par leurs pays, en payant, moyenant que ce ne fussent genz de leur subiectz. Lequel estant fort desollé tant à l'occasion de la response, que de la pourc Geneue ne pouuant plus subsister, tant par la famine que par auUres nécessités vrgentes, s'en est allé à Neufchastel , fayre les dolleances de la poure cité de Geneue , les requérant au nom de Dieu de les assister de bailler ayde et secours à leurs frères Chrestiens, qui tiennent vne mesme loy et foy que eulx , et qui, pour fayre prescher et deffendre l'Euangille, leurs libertés et franchises, sont enuyronnés des ennemys de la foy, disoit il. Or iceulx de Neufchastel, esmeux de pitié de leurs frères en Nostre Seigneur, et pour la charité qu'ilz doibuent à leur prochain, ilz disoynt entre eulx, et au dict Sauoye; nos les yrons secorir de nostre pouuoyr, et à noz despens. Et mille hommes d'eslile, belles gens de guerre , fidelles et de grand cueur, si en y a point en tout les Suysses, furent aduerti de cecy et incontinent assemblés, et prestz à despartir pour aller secourir Geneue, à leurs propres despens. Mais le gouuernent d'icelle comté, Monsieur de Prangin , grand aduersayre de la parolle, leur fist deffenses de la part de Madame De Longueuille, leur contesse, de non se bouger, et ce sus son indignation. Ce nonobstant tous ensemble respondirent et dirent, qu'ilz ne voulloynt laysser mourir si misérablement leurs frères Chrestiens de Geneue, puysqu'il font prescher l'Euangille comme
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nous, et que par aultre cause on ne leur faict la guerre sinon pour destruyre l'Euangille et leurs libertés et franchises, pour laquelle querelle voulions tous mourir : (et plusieurs femmes incitoynt leurs maris à y aller, ou qu'elles mesmes yroynt, et aulcunes y allèrent) par quoy nos sommes tous desliberés d'aller combattre et mourir auec eulx, ou leur ayder à estre deliurés de leurs ennemys; et vos disons que, au nom de Dieu, nous despartirons, non osbstant toutes deffences qu'on sçache fayre. Et quand furent au Vautrauers deux lieux loing de Neufchaslel, leurs furent encorcs faictes plus grandes deffences que au'parauant , auec grandes menasses, tellement que plusieurs perdoynt couraige. Mais le Capitayne qui les condusyoit, Jacob Verrier, et le Banderet Andry Mesellier, et plusieurs aultres bons personnaiges, voyans que aulcuns flechissoynt dirent; Ceulx qui n'auront couraige de voulloir viure et mourir pour aller secourir nos frères de Geneue, qu'ilz s'en retournent d'ici : et ceulx aussi qui feront conscience de tuer tant de faulx Prebstres qu'on pourra trouuer, (|ui n'y viennent pas ; car aymons mieulx eslrc peu de gens comme Gedeon et de bon cueur que plusieurs craintifz. Et se mirent tous à genoux en terre, auec prières et oraysons : et vng peu après le Capitayne commença à dire à haulte voix et de grande affection; A ceulx à qui Dieu a donné le cueur pour aller batailler pour nos frères de Geneue sans crainte de sa vie et comme a esté dict qui viennent auec nous, mais les aultres n'ayans le cueur, qn'ilz s'en retournent en leur maysons; et
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s'en retournèrent enuyron de troys cens hommes. Et les aultres sont despartis en bon ordre, le nom de Dieu en inuoquant, qu'il luy pleust de'leur assister et estre en ayde ; et passèrent, en grandz dangiers, par te pays de Hourgongne, et par les grandz deserz boys de la lou, et par les haultes montaignes entre la Bourgongne et Sauoye, qu'ont appelle mont loura lesquelles montaignes estoynt si playnes et chargées de neige qu'ilz ne pouuoynt passer. Auec ce la famine et froydure les pressoit fort, et ne trouuoynt rien à manger sinon quelques trônez de choux et des raues, encores bien peu, car estoyt euuiron Noël le temps plus froict en ce pays de toute Tannée. Or iceulx estre dessendus des montaignes, des boys, des neiges et des lieux desers, eslans en la plaine de la grande vallée, entre les montaignes et le Lac, en vng lieu appelé Gingin, pensoynt trouuer quelque chose à manger en bien poyant. Mais au lieu de manger, leur fallut batailler; car trouuerent le rencontre de Sauoysiens, Italliens et Espagnolz, en nombre de 4 à 5 mille hommes, qui desia estoynt informés, par espions de leur venue : Et commencèrent à parlementer les vngz es aultres, et principallement le Cappilayne de Gez, Monsieur de Lugrin, auec le Cappitayne de ceulx de Neufchaslel. Et après plusieurs parolles, lacob le Verrier, cappitayne, dict; nous vous prions d'auoyr passaige pour aller à Geneue ; et ne voulions fayre aucun tort ne viollance à personne, sinon tant seullement voulions passer. De l'aultre part Lugrin dict; Vous ne passerés pas, mais vos prions de vous en retorner. Auquel respond lacob; nos n'en ferons rien, mais le pren-
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drons puys que ne le voullés donner. Et en disant ces parolles vng de Getz, nommé Anthoine Barbet, frappa le Cappitayne du boys de son acquebute, tellement qui le iecta parterre. Et estrereleué, commencèrent à s'approcher ; et de fraper les vngz sus les aultres : mais ceulx de Neufchastel les alendoynt en vng lieu, bas comme marest, sans se bouger, et aultant que venoynt de Sauoysiens et aultres les assaillir, aultant en demouroynt ilz sus la place mortz, en sorte que tant de ceuk de Sauoye que d'Italliens et Espagnols, y en demeura plus de deux mille. Des aultres de Neufchastel, qui n'estoynt que 70 0 hommes, en mourut sept, qui sont vng pour cent; et y eust tel homme qui tua tout seul plus de 2 0 Prebstres en icelle bataille. Or il y auoyt vue femme auec son mari et ses troys enfans, qu'elle auoit mené auec elle de Nydon, sus la terre de Berne, fort vaillans compaignons, et feruans à TEuangille , et pourtans vne espee à deux mains, disoit elle , pour bailler à tous couraige ; Quand n'y auroit que moy, ie vouldrois batailler auec ceste espee tous ces Sauoisiens : et firent ceulx cy très grande desconliture de gens, tellement que ce fust chose admirable de ceste femme ; mais son mary y fust tué et ses enfans blessés, mais elle n'eust point de dommaige. Et quand ceste bataille se faysoit, furent de grandz esclairs en l'air et vng grand tonnoyre, aussi que tous dans Geneue furent estonnés, et si ne sçauoynt rien de cecy iusques à lendemain ; car s'ilz l'eussent sceu les fussent allés incontinent secourir (aussi n'y auoit que Iroys lieux loing;) et si vne foys eussent esté adioinx
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auec eulx, le pays, comme l'on disoit, eusse esté rendu. Ce que facillement pouuoit eslre faict, sans Loys de Diesbac Ambassadeur de Mess"^^ de Berne , qui en fist retourner ceulx de Neufchastel , après qu'ilz eurent gaigné la bataille el pouuoynt passer sans contradiction. Mais cet ambassadeur (auquel se fioynt) fist tant enuers eulx que les en fist retourner, tant par ses doulces parolles que aultrement : de quoy furent grandemant courrocés non seuUement ceulx de Neufchastel, ains el plus ceulx de Geneue, quand ilz le sceurent ; auquel firent de grandz reproches dans leur cité, si que s'en alla vne fois bien irrité contre Geneue des reproches qu'on liiy en fist : car non seuUement auoit empesché de venir ceulx de Neufchastel à Geneue, mais mesme lendemain par ces parolles, retourner cinq enseignes de Geneue qui alloynt pour se ioindre auec ceulx de Neufchastel.
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