CHAPITRE LU
La seconde venue à Geneue du Cappitayne de Verey.
,Pres que ceulx de Neufchastel furent persuadés, comme a esté dict, par Loys de Dieshach ambassadeur de Berne, de s'en retourner en leurs maysons,craignans la repoulse des ennemys, et qu'ilz n'a- (£iÀ^^^=^ £>ty^ uoynt peu passer, pour se adjoindre auec ceulx de Geneue, ce que facillement eussent faict si ce Diesbach ne les en heust faict retourner (et par auenture le faysoità bonne intention, ce nonobstant icelluy estant dans Geneue vng peu après, en heust de grandz reproches, et s'en alla fort oiïencé, sans prendre grand congé de personne) or les Geneueysans, destitués de toute ayde humayne, et ne scachans plus que fayre, se voyans frustrés de leur attente et de ceulx de qui pretendoynt auoyr secours, se sont desliberés pour suyure ce que desia Monsieur de Verey leur auoit promitz, assauoir que toutesfoys et quantes qu'ilz luy enuoyeroynt lettres ou messagier, qui ne seroit lasche à obtenir sa promesse. Lequel auoir esté infourmé par son compagnon le Magniiïicque Mesgret de venir, s'est milz en debuoir de marcher par les montaignes de S^ Glaude, difficille passaige, auec la compagnie desia
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dicte de cent liommes d'armes et cinq cens hommes de pied. Ce que vint à notice à Mons»" Hans Rodoulf Neguelli de Berne, qui pour lors estoit dans Geneue commis de Mess" de Berne pour se prendre gardes des affayres de la guerre, et pour signifier à ses Seigneurs comment les affayres passeroynt, et combien qui ne peult croyre que les Francoys vinrent, si est ce qu'il s'en doubtoit. Lequel' entendant leur venue, dict au Magnifficque Mesgret; sus la foy de bons Geneneueysans, les Francoys viendront ilz secourir Geneue? auquel respondil et dict que ouy. Et le Cappitayne Verey passant la montagne de S' Glaude se saulua par vng lieu désert auec sept hommes Italliens à cheual, en grand dangier de leurs vies; car iamais on n'eust pensé qui se fust mitz en tel danger de sa personne , toutesfoys fust esté mort et demouré comme les auUres, sus la monlaigne si ainsi n'eust faict. El estre arriué es portes de Geneue, pensant estre bien asseuré, fust blessé et presque tué pensans qu'il fust des ennemys et receut vng grand cop d'allebarde; mais il se donna à congnoistre et fust le très bien receu , et fort marrys ceulx de Geneue de ce que on luy auoit faict tel oui- Iraige. Et estant arriué en l'hostellerie, le commis Neguelli despart de bon matin pour aller à Berne; auquel fust dict; Si vous ne despescliés, Mess''» de Berne n'y seront iamais à temps, car si vne.fois les Francoys sont dedans le pays, on ne les en sourtira pas quand on vouldra; et aulcuns disoynt , si les Francoys ne fussent venus ne les Bernoys aussi. Or ne furent laschez les Seig" de Berne à fayre descendre six ou sept mille hommes, incontinent
502 Actes et Gestes merueilleux
auoir heu le raport de leur Commilz. Cependant les Sauoysiens empescherent de passer la gendarmerie de France, que Mons"" de Verey menoit, et sus la monlaigne de Gez, aux passaiges estroictz furent presque tous deffectz , par certain petit nombre de Sauoysiens. Ce que fust vne grande perte , car c'estoynt les gens les plus exercites en guerre que Verey eust sceu trouuer en France. Touletïbys ce fust vng grand profFict aux Bernoys, car si vne foys fussent dessendus en la playne iamays les Bernoys ne fussent venus à temps pour prendre le pays; mais les Sauoysiens firent telle vaillance, n'entendans pas la fayre pour le prolïict de Berne; si est ce que Dieu se scruit d'eulx pour lors, au grand auantage des Bernoys et de tout le pays. Certes les Sauoysiens à ce cop furent plus heureux que sçaiges, car les Francoys eussent muguetlé leurs femmes et les Ytalliens romanisé leurs garçons; et dauantaige le pays perdu, pillé, saccagé destruict, comme la Tarantayse, tant par tailles que par garnisons de gendarmerie. Car chacun peult bien entendre que Mons"" de Verey n'auoit pas mené ne pralicqué enuers le Roy de France, tel atfayre à ses despens, pour alliance ne amour que eust alors à Geneue, ne à leur religion, ou pour voyr seullement le grand Lac; mais plus tost fault penser qu'il pretendoit à ce que toutes Monarchies et Principaultés tendent, assauoir à la deuise de l'Empereur; Plus oultre.
de la Cité de Geneue.