‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 56 sur 84 · CHAPITRE LUI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LUI

La guerre, ou deffaicte de Collogny.

Ertains iours après que Mons"" de Verey fust arriué dans Geneue, la cilé estant fort enfermée et enuyronnee des ennemys, si que personne n'ausoit sourtir ne ^ entrer, sinon" es scramou- V ^<i/i=^ <t^ ches et allarmes. Messieurs de Berne apprestoynt leur affaire pour les venir secourir, mais non pas que premièrement Hz n'eussent faict tout leur debuoir enuers le Duc de Sauoye et aultres, selon la coustume des Princes, auanl que bailler la deffiance, les priant souuentesfoys, par lettres et ambassadeurs exprès, de laysser leurs amys et alliés de Geneue et les tenk* en paix, selon le tracté de S' lullin, et despart de Payerne, affin jque personne n'eust excuse d'ignorance, ou qu'on les peult callomnier ou accuser et après de violance enuers aultres Princes, n'auoir faict ou procédé par droict, et iustement enuahy le Prince de Sauoye, et prins son pays par bon et iuste tiltre, ce que plusieurs gens ignorans n'entendent pas auoir esté faict. Or les Bernoys, pour la dernière foys, enuoyerent Ambassadeurs au Duc de Sauoye en son pays d'Oste, le priant comme

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desia lanlde foys auoyiit faicl de soy despourler contre ceulx de Geneue et d'obtenir son traclé par luy signé et scellé, se offrans toulesfoys demourer en droict et iustice pour ceulx de Geneue. Mais tout cella n'a rien peu proffiter enuers luy, ains a esté plus obstiné et faict plus aigrement contre Geneue que au parauant; tellement que dempuys tous les iours Geneue estoit de toutes partz menassee et assaillie de gens de guerre Ytalliens, Espaignolz et Sauoysiens. Ce nonobslant ceulx de Geneue iournellement sourtoynt sus les ennemys, mais en petit nombre de gens ; car dans icelle n'y auoit pas cinquante soudars estrangiers : lesquelz estoynt tousiourt admonestés d'auoir leur fiance au Seigneur et non aux hommes, ce que aussi auoynt et resistoynt tellement contre leurs ennemys qu'ilz reuenoynt des hallarmes tousiourt ioueulx, amenans quand eulx, prisonniers ou butin , et iamais en toutes escramouchez durant la guerre ne perdirent plus de troys ou quatre hommes.

Or entre toutes les aultres courses, hallarmes et sourties que furent faictes autour Geneue, ie n'ay pas voullu laysser à ramenteuoir ceste icy de Chesne et de.Collogny, comment Dieu fist par Mons"" de Verey, et les aultres de Geneue, qui auec cent hommes de pied et quarante cheuaucheurs assaillirent les ennemys qui estoynt plus de troys mille et cinq cens hommes du cousté des Chasteaux de lussy et Gaillard, qui crioynt tous d'vne voix contre ceulx de Geneue, selon que es allarmes auoynt accoustumé de crier; aux cagnes, aux cagnes, aux

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meschans Luthériens, qui mangent la chair le Vendredi. Mais ces Luthériens et ces caignes firent vne merueilieuse boucherie d'hommes : ilz les visitèrent tellement sus le chemin de Chesne et de Coullogny au près du gibet, qu'ilz furent contraintz de baysser les testes et de soy retirer, mais principallement ceulx qui eurent le pouuoir, car furent tellement de si près et si rudement poursuyuys de ceulx de Geneue que si n'eust esté encores le Cappilayne Seigneur de Verey n'y fust rien resté à tuer ; mais eust pitié d'eulx et dict à ceulx de Geneue ; le vous prie que ce soyt assés tué et d'estre contens d'auoir gaigné la bataille sans tout tuer, layssés quelque chose pour labourer les terres : et les fist mettre à genoux pour rendre grâces à Dieu de la victoyre que Dieu auoit faicte par eulx d'vng si petit nombre de gens contre vng si grand nombre et qui plus est des leurs n'en demoura pas vng, et n'y eust que Estienne, frère de Baudichon, blessé (qui auoit layssé n'auoit guyeres l'habit de Courdellier, et nouuellement marié aussi bien que nouueau es armes) mais les aultres furent presque tous tués ou naurés, mesme ceulx qui restèrent viuans furent • menés prisonniers dans Geneue , sinon aulcuns trop fort blessés, et certains aultres qui furent habilles de s'enfuyr, ou pour correctement parler à la Françoyse, se retirèrent le moins mal qu'ilz peurent. ïoutesfoyscecyne fust pas sans grandes fascheries, plaintes et lamentations car les poures femmes du pays couroynt ça et la parmy les champs après cesle deficcte pour recongnoistre leurs maris, leurs frères, leurs pères et enfans. Certes c'estoyt chose

Dd

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pitoyable à voyr et ouyr, car dans toute la contrée de Chesne et de Collogny y auoit de corps morlz tant que c'estoit vne grande compation que de voyr cecy. Et plusieurs de Geneue, reuenans de ceste deffecte vainqueurs, estoynt fort tristes et faschcs et plusieurs plouroynt de la grande perle, disans; helas les poures ignorans ne sçauent ce qu'ilz font. Et vng chascun auoit ses accoustreraenlz, les mains, le visage et leurs arnoys ensanglantes, et tout rouges du sang de leurs ennemys; en sorte qu'on ne les congnoissoit pas; Et y auoit aussi des ieunes enfans de 1 4 à 15 ans, qui estoynt allés à la bataille, tout plains de sang comme des petis bouchiers, qui reuenoynt tous chargés de despoille, principallement d'armes des ennemis ; en sorte que n'y auoit personne dans Geneue qui ne fust estonné, les voyans entrer dans la cité ainsi tous souillés de la boue et du sang , que à grande ])eine on les sçauoit congnoistre.

de la Cité de Geneue.

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