‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 57 sur 84 · CHAPITRE LIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LIV

La venue de Messieurs de Berne pour la deliurance de Geneue.

,^^ 'An 1 5 3 6 , et au moys de Feburier, Geneue fust desliuree de ses ennemys par la Prouidence de Dieu et par le moyen qui s'ensuyt. Premièrement, combien qu'il sembla aux hommes n'y auoyr nul moyen pour euader les mains de leurs ennemys, si est ce qu'ilz auoynt tousiourt leur espoyr en Dieu, comme estoynt persuadés aux prédications iournellcment faictes, que Dieu ne laysseroit ainsi blasphémer son sainct nom entre les infidelles ; mais plus tost succiteroit le cueur de quelques Princes contre tout espoir, ce qu'il a faict ; car comme a esté veu de ceulx qu'on craignoit de France au commencement et qui au parauant leur auoynt voullu nuyre comme a esté dict en la Irayson de Guillet, les vngz sont venus au secours de Geneue iusques à Salleneufue, les aultres sont ve nus mourir sus la montaigne de Gelz ; ce que fust la cause première de fayre descendre la Seigneurie de Berne au soucours de Geneue. Lesquelz Bernoys auoir entendu au long tous les affayres et les rapportz de leurs Commitz, les grandz assaults, iniures,

208 Actes et Gestes merueilleux

bruslemens de maysons, larfecins, pilleries et aultres infinies oppressions que l'on faysoil à ceulx de Geneue, Dieu inspira les Bernoys de non plus souppourtertelz opprobres qui, par desliberation de. Conseil, comme ilz sont accoustumés fayre en lelz affayres, ilz enuoyerent la deffiance par vng Hérault d'armes au Duc de Sauoye, le lundi 17 de lan" 1536. Les Bernoys doncques, selon l'ordre et discipline militaire, sourtirenl de leur pays en armes, très bien esquipés et en bon ordre, enuyron de dix mille hommes, tant auenturiers que aullres eslus pour aller au soucours de Geneue. De quoy les ennemys qui tenoynt à leur semblant Geneue dans leurs mains furent fort estonnés , car ilz auoynt iusques allors qu'ilz les sentirent sourtir, creu et pensé que la Seigneurie de Berne ne deubt ou voullut iamais sourtir contre le Duc de Sauoye, et qu'ilz aymassent mieulx voyr Geneue en ruyne que vng tel Prince de Sauoye perdre son pays ; en quoy les Sauoysiens Gentilz hommes furent grandement frustrés de leur attente et oppinion.

Iceulx doncques Bernoys despartirent fort subitement, sans fayre grand bruict ne braueté, selon la ruse et sagesse, de toutes communaultés , pour aller en guerre, si que personne n'en sçauoit rien que ceulx de leur Conseil, et enuoyerent lettres à ceulx de Geueue par vng herault, l'vne par escript, Taultre à la bouche, par vne couuerlure et ruse de guerre, alBn qu'il peut passer parmyles ennemys et que ceulx de Geneue fussent certains qu'ilz venoynt à leurs secours. La première lettre donc en papier estoit qu'on desliura de prison le docteur Furbiti;

de la Cité de Geneue. 209

l'aultre lettre que TRéraud pourtoit à sa bouche estoit; Vous me liendrés icy prisonnier et me faictes mourir si Mess" de Berne ne despartent dans Iroys iours, pour vous venir secourir. Ce que ne voulloynt ou ne pouuoynt croyre ceulx de Geneue, veu les refus qu'ilz auoynt faict au parauant. Mais disoynt; C'est bien parlé maintenant de Furbity , n'ont ilz aultre chose à fayreque de mander la desliurance d'vng caphart et estoynt fort marrys contre leurs combourgoys, n'entendans pas pourquoy c'estoynt. Toutesfoys l'heraud les consoulloit, les assertenantde leur venue; et verres, disoit-il, dans troys iours brusler les chasteaux du pays, qui sera le signe de leur venue : ce que fust vray. Et despartirent à grandz flotz et à grandes troupes, si que ceulx de Geueue pouuoynt voyr de deux lieux reluyre les arnoys, que leur fust grande ioie. Et tirèrent droict à Morges, vne ville près du Lac, ont ilz presumoynl fayre leur fort, car les ennemys s'en estoynt retirés. Mais comme Texercite de Berne commençoil à les approucher, les Ytalliens, Espagnolz . Sauoysiens et auïtres gens de guerre, qui debuoynt empescher les passages, après auoir veu ceulx de Berne en rench de bataille, à la coustume des Suysses, ne sceurent aultre chose fayre fors s'enfuyr à course de cheuaux, et les aultres gens de pied pour parler plus honnestement à la Françoyse se retirèrent, bataillans de l'espée à deux piedz. Il y auoit aussi vne gallere bien armée sus le Lac, qu'on appelloit la gallere de Chilien, qui faysoit quelque deffense et iecta quelques cops d'artillerie iusques à ce que les Bernoys eurent atrustc ccrtaynes pièces d'artillerie con-

Actes et Gestes merueilleux

tre elle, voyant que leur ville n'auoit pas bon vent et que les aultress'en fuyoynt se retira à grande honte : Si marchèrent allorsles gens de Berne, serrés, sans se esgarer ça ne la, prestz à respondre s'ilz eussent trouué rencontre. Et, pour donner signe à ceulx de Geneue, bruslerent le Chasteau de Rolle en passant et certaines aultres maysons fortes; et à Nyon le Conuent des Cordelliers fust bruslé. De là s'en allèrent à Gelz ont s'estoynt retirés les Italliens, lesquelz rendirent le Chasteau, à bagues saunes; et incontinent fust bruslé lesquelz ne soubiournerent guyeres pour arriuer dans Geneue qui furent receux à grande ioye.

Page 1