‹ Les actes et gestes marveilleux de la cité de Geneve nouuellement conuertie à l'Euangille faictz du temps de leur Reformation et comment ils l'ont receue redigez par escript en fourme de chroniques annales ou hystoyres commençant l'an M D XXX II;Chapitre 58 sur 84 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Comment le Cap*'^ gênerai de Berne, lehan Françoys Neguelli, qui menoit Vexer cite, et certayns aultres Conseillers, vindrent se présenter au Conseil et Seig''' de Geneue.

E Cappitayne General de l'armée de Berne, lehan Françoys Neguelli, auec certains aultres Con"^ de Berne estans arriués s'en allèrent présenter au Conserl estroict pour desclarer leur charge de ve- ?^ nir à leur soucours et qu'ilz se Toynt après toutes recommandations, de leur re tous playsirs et seruices; et nous ont donné

ou fay

de la Cité de Geneue. 211

charge disent ilz de vous dire de leur part, que la ont il vous playra nous employer, que le fayrons et ayons à fayre ce que par vous nous sera commandé, car pour cella sommes enuoyés et venus icy selon la combourgesie et serment que les deux villes Berne et Geneue ont par ensemble. Auxquelz fust grandement remercié par les Sindicques, Michiel Balthesard et Amy Bandiere, ensemble tout le Conseil, du bon voulloir et amylié que leurs combourgoys ont touiours heu et monstre au besoing, enuers la cité de Geneue, tant es aultres guerres passées que maintenant, aux plus grandz de nos affayres, pour desliurer et mettre en liberté ceste poure ville, enfermée et enuyronnee des ennemys de Dieu et de Geneue.

Sur quoy fust aduisé par ensemble, d'vng commun accort, après que les gens de guerre seroynt refreschis six ou sept iours dans Geneue, d'aller et marcher plus oultre , et de poursuyure leurs ennemys iusques au bout, selon la deffiance faicte et enuoyee au Duc de Sauoye. Et aussi fust par eux conclus de brusler, piller, et saccager les Chasteaux et maysons fortes des Genlilz hommes, des Prebstres et des principaulx ennemys qui leur ont faict la guerre deux ans durant, troys ou quatre lieux tout à l'entour de Geneue, et de mettre à néant tous ceulx qui se vouldroynt rebeller et detfendre. Et fust exécuté cest arrest en telle sorte que durant le temps que la gendarmerie de Berne demeura dans Geneue tout à l'enlour on ne fist que brusler, piller et saccager chasteaux, cures et maysons (principallement des Genlilz hommes et des Prebstres) et certains villa-

212 Actes et Gestes mer ueilleux

ges qui auoynt faict plusieurs maulx à la ville et amener viures dans icfclle pour la vicluaille, tant que c'estoit chose admirable de voyr tout cella : car on appourtoil du saccagementiusques auxdrappaux des petis enfans. Tous les hommes et femmes se sauluoynt par les montaignes de plus de quatre à cinq lieux à la ronde, tant de peur ilz auoynt des Luthériens, et sinon aulcuns qui les cougnoissoynt asscs de leur nature de ne voulloyr fayre tort à personne. Mais principallement par tout le pays n'y auoit pas vng homme qui se aulsa reputer prestre ne moyne, ains tous pourtoynt des accoustrementz de païsans alfin qu'ilz ne fussent congnus et n'y auoit pas vng qui ne renya sa prestrise, prians les aultres hommes de ne les accuser ne estre prestres.

Le saccagement qui estoit entour Geneue estoit admirable , ouy mesme d'aulcuns petis enfans de Geneue qui estans seulement de l'aage de 1 2 à 1 3 ans, qui admenoynl auec eulx dans la ville de gros butins et prisonniers, qu'on ne les en ausoit empescher ni contredire, tant auoit esté la crainte mise partout à l'entour de Geneue, Aussi de tous coustés l'on admenoit des cloches^ des blés, vins en abundance bestial, tous utencilles de maysons, comme coustres, linceulx, vestementz : les femmes mesme y couroynt, tant estoynt la chose véhémente. L'on voyoit brusler les chasteaux et maysons , de tous coustés, tant que sembloit aduys, par la fumée, que n'y eust que des nuées entre les montaignes et sus le lac. Or, pour memoyre, le metz certains Chasteaux et maysons fortes qui furent bruslees alors; les chasteaux de Rolle, Couppet, Prangin, le Con-

de la Cité de Geneue. 2i3

uenl de Nyons, les cliasteaux d'Allemoigne, Grillier, Gés, Peney, Gaillard, la Perrière, lussi, Belle riue, Villelle, Chollay, Ville ; la mayson de Barralis, de Mons'" de Simon à Very, la maj^son de Faulcon de S^ lullin, Laconnay et tant d'aultres, au nombre de plus de six ou sept vingtz.

Apres que les gens de guerre eurent séiourné quelques iours dans Geneue à cause du froict, tant pour se relreschir et bien tracter, que pour auitailler la ville, l'exercite tira droict à S' Gellin, et de là au Fort du |)ertuys de la Cluse, ont estoynt certains Ylalliens, et aultres gens de guerre en garnison : et combien (juc le passage fust Tort eslroict, peu arreslerent ceulx de Berne et de Geneue, qu'ilz ne l'eussent milz en subiection. Et voulloynt aller iusques à Chambery pour trouuer les ennemys ; mais les auant coureurs ne furent que iusques à la ville de Romeilly, et de Salleneufue, qui baillèrent grand estonnement et frayeur par toute la Sauoye, voyre à ceulx du Daulphiné qui ne pensoynt pas de moins d'estre visités, comme ilz disoynt de ces Luthériens. Des aultres auant coureurs, en petit nombre, pensant soy enrichir, furent du couslé ûi\ pertuys de la Cluse, au Chasteau d'Auanchy; mais tous n'en retournèrent ()as; car on en fist saulter sept d'vne montaignc embas, comme Chamoyx dans le Rhosne : mais ceulx qui furent sauluez emportèrent beaucop d'or et d'argent, les tasses et la vesselle du buffet de Mons'" de Balleyson, premier gentilhomme de la chambre du Duc de Sauoye et de grande auctorité et crédit, qui en sa vie auoit cspousé pour les Ducz de Sauoye, et au nom d'iceulx,

Ee

214 Actes et Gestes merueilleux

troys Duchesses, en la manière des Princes; lequel est mort de l'aage de cent ans.

Or le Roy de France Francoys premier de ce nom, estant informé que les Bernoys, auec ceulx de Geneue, voulloynt passer plus oultre sus tout le pays de Sauoye, et qu'ilz pretendoynt de longtemps, auoir action et querelle contre le Duc son oncle, à cause de la substitution ou mariage de sa mère, enuoya

son grand Preuost de Paris nommé

pour les fayre reculler ; les priant, au nom du Roy de France , de non point passer plus oultre , et de laysser la Conlé de Madame de Nemours sans y rien ynouer, ne mal fayre , soy ofîrant leur fayre seruice. Ce qu'ilz firent et obtempérèrent au voulloir du Roy : de quoy plusieurs dempuys ont eu suspicion que les Bernoys s'entendoynt auec le Roy; et que le Roy leur heust baillé argent pour prendre le pays qu'ilz tiennent du Duc de Sauoye, affin que plus facillement il peult, sans grande contrediction, prendre à soy la reste de la Sauoye, c'est assauoyr la Bresse, Chambery, Montmeillan, la Tarantaise, Turin et le Piémont; mais plusieurs en parlent comme Clerz d'armes, vng chascun à sa fantasie, n'entendans pourquoy cecy a esté faict.

de la Cité de Geneue.

Page 1