CHAPITRE LXII
Comment la Police Ciuîlle et Ecclésiastique fut reformée dans Geneue, après la . guerre, et à lentour d'icelle.
Près que le pays fust rendu , les deux Seigneuries, Berne et Geneue, mirent par tout bonne police et Reformalion Chrestienne, tant ciuille que ecclésiastique, vne chascune sus son pays ; et constitue-
rent Officiers, comme Chasle-
lains, lurés, et aullres à leur nom, leur baillant serment de fayre bonne et briefue lustice à vng chascun, sans pourter partie, ne regardant ne le poure ne le riche, sans prendre dons ne presens selon la couslume d'AlIcmaigne; et que vne chascune lustice subalterne deubt fayre le semblable : et que vng chascun Chastelain et chascune iustice soit tenue d'auoir douze iurés, qu'on appelle assistans, gens de bien et d'honneur, paysans et aul-
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1res, qui puyssent iuger et discerner des causes ciuilles, à leur bonne foy, et selon leur serment, ainsi qu'ilz veulent estre de Dieu iugés; et que d'icelles sentences et iugement celluy qui se sentiroit aggraué en puysse appeller par deuant l'Excellence des Princes : et que toutes causes , tant •liardues qu'elles soyent, quelles ne durent, au plus lart d'vng an. Et non pas faict comme au parauanl, lorsque le Duc de Sauoye tenoit le pays, car iustice y esloit administrée au plus fauorable, au plus riche, au plus fort, ou à celluy qui donnoit plus. Et se layssoil mener ce poure bon homme le Duc de Sauoye, par le nez, comme poure beste à l'abreuoir, de ses gentilz hommes et olïiciers, mais principallement de ses coullaleraux, de ses flateurs, et mignons de Court, de ses Prelatz et Euesques et Prebslres, et principallement comme l'on dict communément de Madame sa femme, laquelle estoit estimée la plus belle chreature de viayre, de toute Chrestienté ; au regard du bon homme le Duc, qui est selon nature (sans le voulloir blasmer) vng peu boussu et dilïbrme de corps. D'aultre part ses subietz le trouuoynt le meilleur Prince de la terre; lequel iamais n'auoit voullu fayre guerre à ceulx de Geneue et ce a la persuasion de ses gentilz liommes et aultres qui ne voulloynt iamais payer les marchans de Geneue sinon de cops ou d'iniures. Aussi certes la commune voix et oppinion des hommes mesme ses subiectz est qu'il n'a perdu son pays que par faulte de iustice : des aultres disent que c'est par la grande obstination qu'il auoit contre ceulx de Geneue et leur religion ; car s'il heust
de la Cité de Geneue.
layssé Geneue en paix et l'Euangille prescher, il fust encores en son pays.