CHAPITRE LXVII
De la prinse de Baudichon , et du petit Collogni, citoyens de Geneue, dans Lyon.
U temps que les viures furent deffendus et les excommunications faictes par l'Euesque et tant de traysons maschinees, les garnisons mises par les maysons fortes et Chasteaux de Peney, lussi , et c-c<^ v^^'Q ^^^^^^J Gaillard , plusieurs traytres fugitifz de Geneue, et le Conseil encores fort contrayre à la Parolle, Baudichon et Collogni, tous deux citoyens et marchans de Geneue , s'en allèrent à Lyon, à leurs marchandises, i)ensans que la Foire deubt estre franche pour vng chacun ; mais se trouuerent deceus, n'entendans pas que en la Papaullé n'y a point de franchises pour les Luthériens, non pas mesme dans leur temples, ouy bien aux larrons, brigans et murtriers, mais à ceulx cy toutes libertés, franchises et promesses de Princes sont rompues. Iceulx donc furent espiés et recommandés par certains traytres et ennemys qui esloynt encores dans Geneue ; et estant arriués dans Lyon furent prins et menez prisonniers, ont ilz demeurèrent par l'espace de vingt deux semaines, mal tractés desPrebstres et Chanoynes de Lyon, et furent examinés de toute la Court Episcopallc; et estoit grand bruict dans Lyon de ces deux Luthériens de Ge-
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neue , attendans de iour en iour qu'ilz fussent bruslés. Mais les Chanoynes de St Ichan, de Lyon, pour mieulx iouer leurs personnaiges contre Baudichon , ne scachans trouuer cause contre luy pour l'interroguer, enuoyerent secreltemenl dans Geneue vng gentil homme de Daulpliiné, nommé Mons'^de Disimieu, parent et affin d'aulcuns Chanoynes de S* lehan, pour trouuer quelque chose contre, et pour soy enquérir principallement de la vie de Baudichon, et fust lougc en la Courraterie , chiez vng nommé Peychou que chacun de Geneue cognoit, accoustumé de louger toutes gens. Le Gentil homme a son retourt fust accarié pour tesmoing contre Baudichon : et disoit auoir esté logé chiez vng homme de bien qui n'estoit point Luthérien : et m'a addressé, dict il à plusieurs aul- Iresgens de bien de Geneue, qui ne sont pas aussi de ceste meschante secte Luthérienne , et qui m'ont tous informé de ce malheureux Baudichon ; et m'ont dict que c'est le plus meschant, et qui a faict le plus de maulx dans Geneue que point d'aul- Ire. Mais de tous les maulx principallement de quoy on l'accusoit, c'estoit qu'il auoit retiré des Prescheurs dans sa mayson et tenu fort en icelle^ auec certain petit nombre de gens, contre toute la ville, et mangé la chair tous les iours, ne tenant aussi conte de la messe, ne du précieux corps de lesus Christ, qui est en la S'^ Hostie. Et, qui plus est, il a vue femme semblable , et aultant meschante que luy , laquelle escrachoit de ses feneslres , sus le precieulx corps de Icsus Christ , que les Prebstres pourtoynt, le iour de la feste du corps de Dieu. Et dauanlai-
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ge, l'ai veu vne chose admirable dans Geneue, si l'ausés dire ; c'est que du temps que i'y ai esté, sa femme a faicl vng mouton qui a des cornes, au lieu d'vng enfant, et ie l'ay veu. Auquel respondict Baudichon et dict; Pour vng tel Gentil homme et tesmoing que vous estes, ie suys esbay comment ausés inuenter telles choses et espargner vérité, en vne telle présence. Car comment auroyt elle escraché sus le corps de Dieu, comme vous dictes, en vne procession, quand Dieu est esperit et iamais homme ne le vit; et le précieux corps de lesus Christ est las sus, aux cieulx, séant à la dextre du Père? Certes elle eust escraché bien haut, si ainsi estoit comme vous dictes. Sur quoy tous l'ouant ainsi parler grinçoynt les dens, et ne pouuoynt contenir de s'esmouuoyr contre luy, disans, ha le meschant, ha le meschant. Et le gentil homme dict ; Si vous le laissés aller, le pays de Sauoye sera tout perdu ; et propheliza comme Caiphe. Et Baudichon leur ayant laissé dire, dict; Touchant à ce que vous dictes, que ma femme a faict vng mouton, ie suis bien asseurré du contrayre, et que cella n'est véritable. Aussi elle auoit faict une belle fille nommée Marie; et de présent est mariée à Gabriel Poutu, citoyen de Geneue ; et si est vne des belles et honncstes ieunes femmes que soyt de présent dans Geneue.
Hz luy admencrent encores vng aultre tesmoing à sa présence qui dict. le ai ouy dire à Baudichon en son hoslellcrie, à Lyon, quand les Prebstres pourloynt par ville le précieux corps de ïesus Christ, telles parolles ; vous menés esbastre votre Dieu par ville auec des sonnailles ; nous faysons bien aultant
Actes et Gestes merueiUeux
d'honneur aux vachez vers chiez nous, les menans aux champs paislre. A quoy dict Baudichon ; le scay bien que les vaches vers chiez nous, pourlent des sounailles, mais à vostre Dieu ie n'en ay point veu pourler. Surquoy fust condampné etCoullogni comme hérétiques, lesquelz en appellerent au Roy personnellement, et ce par conseil d'vng de leurs Prebstres. Or cependant fusl faicte grande diligence d'enuoyer à JVless"^^ de Berne; lesquelz enuoyerent ambassade au Roy de France pour les auoyr; et leur furent concédés etdesliurés tous deux; de quoy les Prebslrcs de Lyon furent bien marrys, et l'Euesque de Geneue encorcs plus, mais leur fallut prendre patience. Et tout cecy ne fust pas faict sans grandz frés et missions, et, comme m'a dict Baudichon , sa prinse luy cousta mil et cinq cens escus au sol.