‹ Les Actions du TravailChapitre 14 sur 43 · STE PE · texte numérisé non relu

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seil coopératif pour lui fournir toutes explications utiles.

$ 4. — Déchéances

Pour que les actions ouvrières correspondent à tout moment à l’élément « travail » de l’entreprise, pour qu’elles remplissent pleinement le but de l’actionnariat ouvrier qui est d’attacher le personnel à l'usine, il faudrait que, lorsque l'employé quitte l’entreprise par congédiement ou autrement, les actions lui soient retirées et qu’on ne lui en rembourse que la valeur.

‘Pourtant, de nombréuses sociétés, suivant l'exemple du Familistère de Guise et de la Papeterie Coo-

| pérative d'Angoulême, n’ont pas imposé l'obligation de ce remboursement et ont-permis de conserver

ses titres à l’ouvrier congédié ou quittant l'usine volontairement : mais, naturellement, ces titres ne reçoivent plus que le dividende ordinaire et ne sont pas augmentés de nouvelles parts d'intérêt, puisque le titulaire ne produit plus. A la Manufacture Nelson, l'ouvrier n’a toutefois le droit d’emporter ses actions que s’il a travaillé au moins pendant trois ans dans la maison.

Au contraire, les Manufactures Taylor et Dennison exigent que l'employé, à son départ, cède ses

actions au pair à la société, à moins que la direction,

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= — dans la seconde de ses entreprises, ne préfère les lui échanger contre des certificats de préférence n° 2.

De même, la Société Paillard impose le remboursement des obligations de coopérateurs, d'office et en totalité, aux titulaires congédiés ou quittant l'usine de leur plein gré, ou encore donnant leur démission de coopérateurs (1). Ces obligations cessent aussitôt d’avoir droit au dividende éventuel de l'exercice en cours. Cependant, la maison accorde à ses collaborateurs prenant leur retraite après vingtcinq ans de services, ou victimes d’un accident de travail qui leur donne droit à une pension de retraite de plas de 40 o/o de leur salaire, la faculté de rester attachés à la société en qualité de coopérateurs honoraires ; ils conservent alors leurs obligations et continuent à toucher les mêmes intérêts et le même dividende éventuel que s'ils étaient en exercice. Les veuves et les enfants des coopérateurs décédés bénéficient également de la même faculté, à la condition d’en faire la demande dans les six mois du décès (2).

1. Le remboursement est effectué à raison de cinq obligations dans les huit jours du départ de l’ouvrieret le solde de mois en mois, par quantité également de cinq, sans pouvoir excéder dix-huit mois. En prévenant le titulaire un mois à l’avance, la société à la faculté de devancer les délais de remboursement : l'intérêt pour chaque remboursement n’est dû que jusqu’au jour où le titulaire a été avisé que l’argent est à sa disposition.

2. La veuve, sauf le cas de remariage, peut conserver sa vie durant les titres lui venant de son mari ; les enfants ne le peuvent

A la Manufacture Baker, la société se réserve le droit de vendre d'office, au cours du marché, les actions de l’employé ou de l’ouvrier qui quitte l’entreprise pour entrer chez un concurrent ou qui,pendant les cinq années qui suivent son départ, se livre à un travail actif pour son compte ou pour d’autres. Mais, si le participant reste au service de la compagnie jusqu’au moment de sa retraite et s’il ne reprend pas de service actif ailleurs, la société ne doit pas racheter ses actions, sa vie durant, sans son agrément. Sont inscrits sur la liste de retraite les ouvriers et employés ayant vingt-cinq ans de services, ou devenus incapables de gagner leur vie après vingt ans de services ou soixante ans d'âge, ou encore rendus impotents par un accident de travail. :

SecTion III

Résultats etcritique del’actionnariat ouvrier obtenu par la participation aux bénéfices

Les résultats donnés par les actions du travail obtenues au moyen de la participation aux bénéfices ont élé de beaucoup supérieurs à ceux des simples souscriptions d’actions ouvrières. Presque toutes les mai-

que jusqu’à l’âge de vingt-cinq ans, à moins qu’ils ne soient eux-mêmes au service de la société.

P. Aignan

sons qui ont adopté ce mode d’actionnariat s’en sont montrées très satisfaites et le succès a répondu. à leurs efforts. Tant au point de vue de la stabilité du personnel que de la suppression des grèves, et aussi en général du rendement de l’entreprise, ce régime a grandement amélioré, partout où il a été expérimenté, les rapports entre le capital et le travail.

.. Certains n’ont pas trouvé très concluante l’expérience des Compagnies du Gaz de Londres, sous prélexte qu’elles jouissent d’un monopole (1). Assurément, ces entreprises sont à l'abri de la concurrence; mais, par contre, la ville leur impose des restrictions considérables à leur liberté. Ainsi, elles ne peuvent, sans autorisation, augmenter leur capital social ; elles ne peuvent vendre le gaz au-dessus du prix fixé ; elles sont tenues de faire participer à leurs hénéfices, non seulement leurs ouvriers, mais même leurs clients, en réduisant le prix de vente.

Malgré toutes ces obligations, la « copartnership » instituée par la South Metropalitan Gas Company a! obtenu le plus grand succès, La puissänce de production de la société a été augmentée de 17 0/0 et la fabrication du produit vendu s’est faite beaucoup

1. On peut d'ailleurs répondre à cette objection que la « copartnership » a réussi en Angleterre même dans des industries qui ne jouissaient pas d’un monopole, entre autres l'industrie dela

laine, comme nous l'a montré l'exemple de la Manufacture Tay= lor de Batley.

plus rapidement et beaucoup! mieux de l’avis de tous les directeurs des Compagnies du Gaz anglaises.

- Les capitalistes, fondateurs de cette société, ont donc vu s’accroitre la prospérité de l’affaire et, par suite, leurs bénéfices. Les employés et ouvriers ont touché, au total, sous forme de salaires et de divi-

dendes, une rémunération bien plus élevée qu’aupa- -ravant. Enfin, conséquence qui peut avoir une portée “économique et: sociale considérable, le prix de

revient de l'unité du produit fabriqué s’est notablement abaissé par suite de l’application la « copartnership ».

| C'est d’ailleurs parce que ce système a donné à la South Metropolitan Gas Company de si excellents résultats que toutes les autres Compagnies du Gaz de Londres, au nombre de dix-sept, n’ont pas tardé à adopter le même mode d'association du capital et du travail.

L'un des présidents de son Conseil d'administration, M. Livesey, n’a pas hésité à écrire, en 1910, que «ce régime s’est montré également avantageux au point de vue pécuniaire et au point de vue moral, et aussi bien pour les employés que pour la Compagnie » et il ajoutait qu’ «on ne pourra rien lrouver

de mieux pour réconcilier et unir le capital et le tra-

vail ». Son successeur, M. Sims, écrivait l’année suivante : «Je peux certifier que ce régime a fait un

bien incalculable dans notre grande industrie et \

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contient d'immenses possibilités de progrès pour toutes les autres Compagnies » (1).

Le directeur actuel, M. Carpenter, formule ainsi son appréciation : (Nos hommes mettent non seulement de la bonne volonté, mais de l'intelligence dans l’accomplissement de leur tâche. Songez à la différence, pour une entreprise, entre un ouvrier de bonne ou de mauvaise volonté. Quel changement dans le pourcentage du rendement ! Nos travailleurs portent le drapeau de notre affaire dans toute la contrée que nous desservons. Nous disposons de leur cerveau comme de leurs muscles, et, quelles que soient les difficultés inhérentes à l’industrie du gaz, ils sont toujours prêts à nous aider des connaissances pratiques qui souvent, dans ces matières, ne peuvent être obtenues que par une expérience quotidienne (2) ». |

Enfin, le 6 juin 1919, M. Theobald, jsecrétaire de la « copartnership » de cette maison, nous égrivait : « Parmi les nombreux avantages de ce système, on peut compter le maintien des plus cordiales relations entre les employés et la Compagnie et une attention intelligente dans l'exécution du travail. Depuis près de trente ans, il ne s’est élevé dans notre maison aucun conflit du travail ». |

1. La Réforme sociale, 1° avril 1913, p. 494. : 2. Ch. Carpenter, Zndustrial Copartnership, p. 5 (London, South Metropolitan Gas Company, 709, Old Kent Road, 1919).

La moyenne des parts de capital possédées par le personnel ne dépasse guère 50 livres par ouvrier, et Cependant lelle est la force du sentiment de copropriété que des liens solides se sont noués entre les deux facteurs de la production; c’est là un fait indéniable qui trouve son expression caractéristique dans la réponse que faisait à un meneur socialiste un mécanicien de la South Metropolitan Gas Company, modeste possesseur de deux actions de cinq livres : « Well, [ cannot strike against myself! — Je ne peux cependant pas me mettre en grève contre moimême ! » :

Les résultats des expériences américaines ne sont, en général, pas moins satisfaisants et tendent à améliorer très sensiblement les rapports du capital et du travail. « Le système, — nous écrit notamment le directeur de la Société Dennison,le 31 juillet 1919, — fonctionne à la satisfaction de tous les intéressés et aucune grève ne s’est produite depuis sa mise en application ».

Le témoignage de M. Green, directeur des ventes à la Manufacture Baker, est encore plus explicite (1) : « Comme actionnaires, dit-il, les membres de notre personnel s'intéressent au bon entretien du matériel et des outils, aussi bien qu'ils s’ingénient à faciliter la production. Chacun a un intérêt personnel

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