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et de l’autre. Il n’en est pas moins efficace dans les petits malaises qui appartiennent à ce que nous avons appelé la psychopathologie normale. Il peut encore jouer avec efficacité dans des névroses d’un degré plus élevé.
Heureux celui qui a le don de çapter ce transfert au premier contact.
Mais quel danger lorsque le médecin, ignorant de ce transfert, l'utilise pour des suggestions négatives. Hélas, il faut avoir le courage de le dire, ces accidents sont trop fréquents. Simple méconnaissance de l’origine psychique des symptômes, déformation des esprits par un entraînement excessif, en vue des concours, aux schémas organiques des maladies, les causes de ces erreurs sont multiples et complexes.
Le fait est qu'avec le plus sincère désir de rendre service, les médecins, et surtout ce fléau qu’on appelle les spécialistes, trop souvent fixent des symptômes névropathiques par des suggestions malencontreuses. Quand un déprimé, souffrant de brülures d’estomac à l’occasion de difficultés affectives, a passé devant l’écran radioscopique, emportant chez lui l’image de son estomac dilaté, les recommandations de prudence et les interdictions alimentaires, il est bien réellement malade, et pour longtemps. Le médecin a cru bien faire en attirant son attention sur le danger de l’ulcère menaçant. Il est intimement persuadé d’avoir rendu service à son malade, et, malfaiteur ingénu, mais malfaiteur, il a transformé un symptôme passager et bénin en un mal réel et chronique.
Quand on mesure l'ignorance où se trouvent la plupart des médecins des notions les plus élémentaires de psycho-pathologie, on ne peut qu'admirer que ces actions négatives ne soient pas plus fréquentes. Et cela d'autant plus que le médecin, en présence d’un névropathe, se comporte généralement d’une façon maladroite. Au fond, le névropathe l'agace. AI sent qu'il faudrait pouvoir agir sur son psychisme, mais il
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ne sait comment l’aborder. Il n'y a pas accès, parce qu'il ignore la psychologie.
Il traduit l'impuissance où il se trouve par des appréciations qui blessent le malade. Il Lui dit : « Ce n'est rien, c’est nerveux ». Pour le malade, ses symptômes ne sont pas rien. Ils sont réels. Il en souffre. Il demande qu'on le soulage. Quand on lui dit : « C’est nerveux », il traduit : « c’est imaginaire », comme s'il pouvait y.avoir des symptômes imaginaires. Il en conçoit de l’humiliation, un sentiment de diminution. Il en est irrité. Le rôle du médecin est alors terminé. Le malade se tourne vers un autre médecin. Vers un troisième. Le centième médecin dira : « Je suis le centième. Que puis-je de plus que les autres ? Tenez, mon ami, prenez donc du bromocalcium, ça vous fera du bien ». Et l’on se débarrasse du fâcheux.
Car ils sont trop, les malheureux. Les médecins des hôpitaux se rendent bien compte de l'insuffisance des secours qu'ils leur apportent. [ls ne peuvent faire face à tant de malades si divers, dont chacun réclame une étude concrète qui établisse et commande la conduite du médecin.
Guérisseurs, Charlatans, Remèdes Miraculeux
Faut-il l'écrire ? Les guérisseurs, parfois aussi les charlatans, ont sur les malades une action incontestablement plus efficace que la plupart d’entre nous. C’est que le guérisseur applique des médications insolites. [l ne craint pas de laisser entendre qu'il dispose d’une force que n’ont pas les autres gens, qu'il a le « don ». Il recourt volontiers à des mises en scène qui impressionnent les esprits. En bref, il agit en mettant l'émotion du malade au service de l’idée de guérison. Et, par le canal de l'émotion, il agit plus intensément sur l'inconscient du malade que ne le fait le médecin quand il prétend infuser l’idée de guérison en recourant à
des arguments de froide persuasion.
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L'action thérapeutique des lieux sacrés est du même ordre. Celui qui a vu le spectacle des processions de Lourdes, où les malades se trouvent dans une ambiance de foi fervente, où l’émotion religieuse est exaltée dans un sublime élan de prières, celui-là comprendra qu'il s’y puisse produire des cures miraculeuses. Le miracle serait que, dans des conditions aussi favorables, il ne se produisit pas de miracles.
Les Psychothérapies
Si donc les guérisons de petits symptômes, et même parfois de graves symptômes, peuvent résulter d’un simple phénomène de transfert, peu importe, dira-t-on, la thérapeutique que l’on oppose à ces symptômes ?
Oui et non. Oui, s’il s’agit de cas bénins, chez des malades dont la névrose n’est pas très développée (nous sommes tentés de dire : chez le commun des mortels). Dans ces cas là, que le transfert affectif du malade s’opère sur son médecin, sur le rebouteux, sur la divinité ou sur la Jouvence de l’abbé Soury, c'est au fond indifférent, pourvu que le malade s’en trouve bien. (1)
Mais il faut bien s'entendre : la névrose et les symptômes sont deux choses. La guérison de la névrose et la guérison des symptômes sont deux autres choses. Pratiquement, dans les cas bénins, c’est-à-dire dans les cas de la pratique médicale courante, c’est quasiment tout un. Mais, chez les malades de la seconde catégorie, et plus encore dans les névroses graves, il ne suffit pas de guérir le symptôme, car il y a bien des chances qu’un autre symptôme, non moins gênant, vienne prendre sa place. Il faut agir sur le noyau de la névrose. À principiis obsta. |
(1) Si nos lointains souvenirs sont exacts, c’est dans l'Athéisme que M. Félix Le Daxrec rapporte le cas du paysan breton qui prend l’ordonnance du médecin en soi: il en fait une boulette et l’avale. Dans ce cas, le transfert s'opère sur la chose écrite, assimilée à une formule magique.
Freur, qui excelle à illustrer sa pensée par des images concrètes, fait la comparaison suivante : quand une fuite se produit dans une conduite d’eau, on peut y porter remède en l’aveuglant avec des sacs de sable. Mais l’eau finit toujours par se frayer un chemin à travers l'obstacle. Ou bien on peut y remédier radicalement en fouillant le sol jusqu’à la conduite percée, en la mettant au jour et en obturant la fuite.
Aïnsi des traitements des névroses. Les méthodes thérapeutiques qui s'adressent aux seuls symptômes ne font que les aveugler. Souvent même elles n’opèrent qu’un déplacement des symptômes. Le noyau de la névrose n’est pas touché. La fuite n’est pas réparée.
Seule l'exploration approfondie du noyau infantile de la névrose permet de disséquer les mécanismes qui ont joué dans la genèse des symptômes. Lorsque ces mécanismes sont dissociés et mis au jour, non seulement les symptômes sont guéris, mais aussi la névrose.
C’est, sans discussion possible, au génie de FrEuD que nous devons de comprendre aujourd’hui ces mécanismes. Bien que la psychanalyse soit combattue avec la même âpreté et presque avec les mêmes arguments injustes que le furent naguère la suggestion et l’hypnotisme, on doit, honnêtement, reconnaître que FreuD a doté la psycho-pathologie d’une foule de notions capitales qui l’ont transformée de fond en comble.
C’est à FrEuD que l’on doit d’avoir mis en pleine lumière des idées — dont certaines n'étaient pas absolument neuves — qui ont rajeuni toute la psychologie. On lui doit la claire notion de l'inconscient, du refoulement, de l’action illimitée, dans le temps, des événements affectifs antérieurs, du transfert, de la condensation, de la conversion des affects. Nous lui devons surtout d’avoir fait ressortir l'importance de la sexualité et son rôle dans la genèse des névroses.
En quoi la psychanalyse est-elle supérieure aux autres mé- * thodes psychothérapiques ? Nous venons de voir que l’action