LES MÉCANISMES PSYCHIQUES
Enfonçons des portes ouvertes, installons-nous au cœur du sujet.
C’est un lieu commun, pour les psychiâtres, que les mécanismes psychiques qui jouent chez les malades mentaux sont exactement identiques à ceux qui agisent chez les gens réputés normaux. À cette différence près que, souvent, chez les premiers, les mécanismes sont plus transparents, parce que dégagés en partie des contraintes exercées par le conscient. Et cela explique pourquoi l’on ne peut comprendre la psychologie dite normale qu’à la lumière de la psycho-pathologie.
Nous avons naturellement en vue, en nous exprimant de la sorte, plus spécialement les névroses. Car il ne faut point comparer ce qui ne se doit point comparer : il y a plus de différences que de ressemblances entre un catatonique dément et une névrose gastrique.
Il est aisé de montrer que personne, si bien adapté qu'il soit à sa fonction sociale, si productive et satisfaisante que soit son activité, quelque équanimité qu'il montre devant les difficultés matérielles ou affectives, que personne n'échappe à certains conflits intérieurs, sources de symptômes névrotiques. Tel, qui est un homme pondéré et débonnaire, tuerait avec le plus grand plaisir son voisin épris de T. S. F. C'est ce que l’on appelle un homme bien équilibré. Le hautparleur du voisin le met hors de soi; il fuit son chez-soi. Il guette le funeste bruit. C’est sa névrose. Cet autre dirige une affaire prospère. Il en est satisfait. Sa santé est florissante. Il est jovial et d'humeur égale, ponctuel en ses affaires. Mais il ne peut, à son vif regret, faire de séjours dans son lieu natal parce qu’il y est pris de crises d'asthme. Cet autre
ÉOIMES
n’admet pas que l’on serve du fromage à sa table; l'odeur l’incommode au point de lui donner des nausées. Il souffre de l'estomac les jours suivants.
On peut citer autant d'exemples qu’il y a d’individus sur la planète. Si l’on recherche la cause initiale de ces attitudes morbides, on parvient à comprendre par quelles voies le symptôme s’est fixé sous cette forme là plutôt que sous telle autre. Et l’on s’aperçoit qu'il n’y a aucune différence entre les mécanismes qui ont joué chez ces gens bien portants et ceux qui jouent dans les névroses bien développées. C’est entièrement clair : n'importe qui peut présenter des symptômes névrotiques. La maladie proprement dite n'est qu’une notion purement pratique. Simple question de degré. À un faible degré, les symptômes névrotiques appartiennent à la psychopathologie normale, si l’on peut dire, étant entendu que le normal est le général.
À un degré plus élevé, on a affaire à ces malades encore actifs, mais à demi adaptés, qui encombrent les salles de consultation de nos hôpitaux et pour qui l’on fait ce qu’on peut : pas grand’ chose.
Au degré le plus élevé, ce sont les névroses graves dont le traitement s'impose.
Nous nous donnons garde d’ériger ceci en classification. Il n’y a pas de classification possible, puisque tous les degrés intermédiaires se conçoivent et existent. C’est une manière de voir les choses qui facilitera notre confrontation des traitemernits proposés à ces malades, rien de plus.
Les symptômes. — Les émotions vives ont des effets physiques connus de tout le monde. Il peut sembler puéril d'y insister. Insistons-y.
On admet sans difficulté, comme une chose toute naturelle, que la peur, ou la surprise, fasse battre le cœur d’une façon désordonnée, vous donne la chair de poule ou des sueurs, mette sur le visage une pâleur mortelle. On dit couramment : « la rougeur de la honte lui monte au front »; « la
Nes
surprise lui a coupé les jambes »; « j'étais paralysé par la terreur ». Les syncopes, les évanouissements souvent s’expliquent non moins naturellement par une émotion ressentie. | Un spectacle dégoûtant peut faire vomir. La seule évocation
d’une chose répugnante peut provoquer des nausées. Le soldat qui monte à l’assaut est pris de diarrhée émotive. La vue d’un accident « coupe la digestion ». Que sont ces effets, sinon des effets dynamiques du psychisme ? Pourquoi admeton sans conteste qu'ils soient causés par l’émotion ressentie, quand cette émotion est la conséquence d’un événement tangible, auquel on peut les rapporter avec certitude, et pourquoi se refuse-t-on à admettre des rapports identiques lorsque la cause est intérieure au sujet, inconnue de lui-même et d'autrui ?
C’est là que gît toute l’incompréhension du public et de la majorité des médecins à l’égard des symptômes dont ils ne discernent pas la cause, et qu'ils appellent « nerveux », parce qu'ils subodorent sous le symptôme une cause morale.
Où commence la névrose ? — A l’occasion d’une émotion violente, une jeune femme présente un symptôme corporel quelconque : tremblement, diarrhée, paralysie des cordes vocales, vomissement. C’est un symptôme purement réactif. La relation entre l’émotion ressentie et l'apparition du symptôme saute aux yeux. Si le symptôme disparaît avec la cause qui l’a provoquée — c’est le cas habituel, — on n’en parle plus. Mais s’il se renouvelle constamment, sans cause occasionnelle adéquate, ce symptôme diffère, en son principe, d’une simple réaction. Et s’il se répète assez longtemps pour que la malade et son entourage oublient l'émotion initiale, personne ne sait plus à quoi le rapporter. Il est devenu un symptôme névrotique.
Disons tout de suite que l’on peut arriver — c’est parfois très long — à découvrir la signification de ce symptôme. Il suffit de s’en donner la peine. Le malade retire un bénéfice