MADELEINE BROHAN
Elle a un beau nom, élégant comme sa personne, harmonieux comme sa voix, sonore comme son talent.
Emilie-Madeleine Brohan est la fille de cette Suzanne Brohan tant aimée, tant applaudie, et la sœur d'Augustine, la comédienne par excellence, un écrivain sans le vouloii;, une grande dame dans- son salon, une femme unique.
Toute jeune encore, la jolie Wferdeleine remporta un prix au Conservatoire. Samson l'avait initiée aux secrets de son art et sa sœur lui avait prodigué ses conseils.
C'était plus qu'il n'en fallait. Son titre de lauréat (lauréate, si le mot s'employait au féminin !) et aussi son nom lui ouvrirent à deux battants les portes de la Comédie- Française.
3ë MADELEINE BROHAN
Elle y entra tête haute et y débuta, au mois d'octobre 1850, dans les Contes de la reine de Navarre.
Le principal rôle en avait été écrit exprès pour elle par Scribe ; elle se montra digne de cet honneur.
Son succès fut éclatant; sa vogue, immense.
On cria au miracle, on évoqua le souvenir de M"* Mars.
Dans un feuilleton dramatique de cette époque, nous lisons qu'elle avait alors dix-sept ans... Est-ce possible? puisqu'elle n'en a que vingt-cinq aujourd'hui, seize ans plus tard.
Elle est pourtant née en 1833, le 21 octobre, à Paris.
Sa beauté égalait sa grâce et le charme de sa diction.
Les caprices de Marianne et les Demoiselles de Saint'Cyr, où elle reprit le rôle créé par M"* Anaïs, à côté de sa sœur, qui jouait celui de M"* Plessy, établirent définitivement sa réputation.
Mais cela pourtant ne suffisait pas.
Il faut en effet, pour être bien vu dans la vénérable maison de Molière, sacrifier de temps en temps aussi au vieux répertoire.
En 1852, M»'* Brohan se décida donc à aborder le rôle de Célimène, du Misanthrope.
L'épreuve lui réussit, ~ qui en douterait ? — et la récompense ne se fit pas attendre.