‹ Les Adam et ClodionChapitre 10 sur 177 · Académie de France à Rome, Correspondance de Poerson · texte numérisé non relu

Académie de France à Rome, Correspondance de Poerson

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■'i^^^urccn marbre par Nicolas-Sébastien Adam ( Salon de iyôb)

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ce trait distinctif du caractère de Lambert-Sigisbert, qui fut l'esprit de résolution et d'entreprise dont il fit preuve dans toutes les circonstances de sa vie. Doué d'une âme ardente et dévoré du besoin d'activité, ambitieux et plein de confiance en lui-même, ce Lorrain se mit partout sur les rangs, toujours luttant et n'épargnant jamais ses peines. Il possédait au plus haut degré aussi cette qualité que nous appelons aujourd'hui l'entregent. Comme tous les artistes du moment, il cherchait un protecteur, parmi les gens de la cour, qui pût le recommander au roi ou, à défaut de celui-ci, au surintendant, le maître véritable de la destinée des hommes de son métier. Il lui avait été difficile d'en trouver un dans ce monde des grands seigneurs, tout empli alors des idées financières de Law, emporté dans le tourbillon de l'agiotage et contraint, lorsque la banqueroute survint, de restreindre son luxe et de consigner les artistes à la porte de ses hôtels. Il découvrit ce protecteur, cet objet rare, à Rome, dans la personne du cardinal de Polignac.

Mais, avant de parler des relations de Sigisbert Adam avec ce grand seigneur, il est utile de dire quelques mots de l'Académie de France à Rome et de son directeur en 1723. Dans cet établissement, fondé depuis un 'demi-siècle par Colbert, sur la proposition de Le Brun, l'administration des beaux-arts recevait, abritait et entretenait, pour un délai de quatre années, les jeunes gens qui, comme celui dont nous nous occupons, avaient obtenu les prix au concours annuel de l'Académie. Les remplacements se faisaient suivant le mouvement des vacances, souvent, il est vrai, avec inexactitude, grâce aux prolongations de séjour accordées aux pensionnaires qui se distinguaient le plus, et par le fait d'un nombre de places limité. D'autres fois, au contraire, et notamment en 1752, où nous trouvons cet incident mentionné dans la correspondance de Natoire, l'École n'atteignait pas son chiffre normal d'élèves. Elle a fourni, quoi qu'il en soit, pendant les quatre-vingts pre-

mières années au moins de son fonctionnement, les sujets les plus notables et les plus méritants à l'École française'.

Le premier directeur avait été Er'rard, dès Tinstallation de l'Académie, puis, en i683, La Teulière, Houasse en 1687, et le directeur du moment se nommait Poerson*. Poerson, fort oublié aujourd'hui et peintre d'ailleurs très secondaire, avait joui d'un instant de célébrité. Il avait eu notamment l'honneur de collaborer avec Eustache Lesueur ' à la décoration de l'appartement des bains de la reine Anne d'Autriche, aux Tuileries. Il avait succédé, comme directeur de l'Académie de Rome, à Houasse en 1704. Lorrain lui-même, il accueillit avec faveur son nouveau subordonné. Mais Adam ne put profiter longtemps des bonnes intentions de son compatriote, qui, vieux et incapable de donner aux élèves les soins que réclamait leur éducation, se vit imposer bientôt, par la surintendance, un coadjuteur, Nicolas Wleughels, à la date du 3 avril 1724. Le chevalier Wleughels portait dans sa poche, en arrivant à Rome, le brevet qui lui donnait la survivance de Poerson. Celui-ci ne le fit pas attendre longtemps, et il avait déjà résigné ses fonctions en fait depuis plusieurs mois lorsqu'il mourut (2 septembre 1725). Lambert-Sigisbert entra rapidement dans les bonnes grâces de ce nouveau maître qui, pour les premiers

1. La spirituelle M^'^ du Bocage, l'amie de Voltaire et de tous les littérateurs du temps, écrivait en 1750 : « Je m'étonne que la dépense vraiment royale de Louis XIV pour fonder à Rome une Académie dans un palais plein de bons modèles ne nous ait pas fait faire plus de progrès en architecture. Notre cour a la gloire d'être la seule qui renouvelle sans cesse ici douze élèves. M. Natoire, estimé par ses talents et ses mœurs, en est actuellement le chef. Cet établissement nous a donné des Apelles et des Phidias, il nous promet des Vitruves. » (Correspondance de M™° du Bocage, Lettres d'Italie.)

2. Charles-François Poerson, né le 20 octobre i653, reçu à l'Académie le 3i janvier- 1692, mort à Rome le 2 septembre 1725 et enterré à Saint-Louis des Français.

3. Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture, t. I", p. 157.

temps au moins, parle avec éloge de lui toutes les fois que, dans une des plus intéressantes correspondances du moment, il s'adresse à son supérieur hiérarchique, Louis-Antoine de Pardailhan de Gondrin, le fils de M'™ de Montespan et du marquis de Montespan, ce duc d'Antin ' si célèbre par sa vanité, son faste et ses fêtes de Petit-Bourg, sa servilité envers le grand roi, et malheureusement aussi par quelques preuves de manque de courage pour lesquelles on le chansonna. Mais ces relations de notre sculpteur et du ménage Wleughels se refroidirent assez sensiblement à la suite de différents malentendus que le directeur de l'Académie indique à mots couverts. A partir de ce moment, le directeur témoigna pour Bouchardon, l'émule d'Adam, une admiration quelque peu partiale et désobligeante pour ce dernier.

L'affection du cardinal de Polignac aida encore plus pratiquement Adam l'aîné eiue ne le firent l'estime de Wleughels aux premiers temps et la bonne volonté du duc. Le cardinal Melchior de Polignac, que la légende d'un intéressant portrait placé dans la suite des Hommes illustres, publiée par Desrochers, graveur du Roi, nomme commandeur des abbayes de Corbie, Bonport, prieur de la Volte et de Montdidier, maître de la chapelle du Roi, ambassadeur extraordinaire du Roi en Pologne, auditeur de rote à Rome, plénipotentiaire de Sa Majesté au congrès de paix à Utrecht; le cardinal de Polignac, disons-nous, était un habitué de Rome. Il y avait suivi dans sa jeunesse le cardinal de Bouillon, chargé par la cour de Versailles des missions les plus importantes; puis, après avoir décidé, en Pologne, l'élection du prince de Conti comme successeur de Jean Sobieski, s'être vu disgracier % être rentré en faveur, avoir représenté de nouveau la France aux conférences de Gertruydenberg et d'Utrecht, et quelque peu trempé,

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