I. Dotn Calmet
des gens de talent comme Coysevox, arrivé presque au terme de son existence, mais qui n'en continuait pas moins à professer ; comme Legros, si peu connu en France et dont les Italiens font autant de cas que de leurs plus grands sculpteurs; comme Van Clève, à qui l'on doit quelques-uns des morceaux les plus parfaits de l'École française du xvii° siècle ; comme Flamen, les deux Coustou, dont l'éloge n'est plus à faire; sans parler de tous ces maîtres savants, Le Lorrain, Frémin, Granier, Coudray, l'élève préféré et le commensal de Coysevox; Dumont, qui devint, en 1726, le premier sculpteur du duc Léopold; Masson, Barrois, etc. Après avoir énuméré tous ces noms, on peut inférer, d'après la grande ressemblance des œuvres de chacun d'eux, que Lambert-Sigisbert n'avait point frappé à la porte des plus illustres, mais qu'il s'était adressé à Dumont, que des relations particulières attachaient déjà probablement à la Lorraine. Que l'on considère, en effet, une des œuvres de ce maître, le Titan foudroyé, maintenant au Louvre, qui fut son morceau de réception à l'Académie, et l'on jugera comme nous que son influence a certainement guidé la main d'Adam l'aîné dans l'exécution de son Neptune et surtout celle de Nicolas-Sébastien, lorsqu'il travaillait au Prométhée. Ces trois morceaux sont aujourd'hui voisins les uns des autres, ce qui rend cette comparaison plus facile.
Le sculpteur nancéen profita bien, en tout cas, de ses études pendant les quatre années qu'il demeura à Paris. Il se présentait, en 1723, au concours académique qui ouvrait aux élèves, ainsi qu'on le sait, le chemin de Rome. Le sujet donné le 21 août de cette année avait été emprunté à la Bible : Evilmérodach, fils et successeur de Nabuchodonosor, qui délivre des chaînes Joachim, que son père avait tenu captif depuis dix-sept ans. Le même sujet avait, par une exception singulière, servi en même temps aux concurrents du prix de peinture. Le 28 du même mois, l'Académie
se réunissait à nouveau et procédait au jugement des prix*. « A l'ouverture des boîtes, l'Académie a jugé que le tableau fait « par Boucher a mérité le premier prix, et le tableau marqué B., « fait par Guillard (?), a mérité le deuxième. Quant au sculpteur « qui se nomme Sigisbert Adam, il lui a été adjugé le premier prix, « quoiqu'il fût unique pour la sculpture. Lesquels prix ont été c( exposés le jour de la fête de saint Louis. » Ce jour-là, Lambert- Sigisbert reçut la médaille d'or. Le bas-relief qu'il avait exécuté avait six pieds de haut. Quelques jours après cette nomination, à la fin du mois d'août, suivant Dom Calmet, et à la vérité avant même qu'il ait attendu les résultats du concours, le nouveau pensionnaire du roi quittait Paris \ Dès ce moment, sa biographie appartient à l'histoire de l'art, et les documents sont plus nombreux et plus précis.
Son voyage de Paris à Rome s'exécuta avec une célérité que la difficulté des transports, le mauvais état des routes et la longueur du chemin rendaient assurément bien rare à cette époque. Parti avec Bouchardon, son célèbre rival de l'avenir et pour le moment son intime', qui, lauréat de l'année précédente, n'avait reçu son brevet qu'au milieu de l'année 1723, Adam entrait dans la ville éternelle le 18 septembre de cette année*. Comme on vient de le voir, notre sculpteur n'avait pas attendu, de son côté, la remise de son brevet et la somme que la Surintendance des beaux-arts ou Direction générale des bâtiments du roi dispensait généreusement aux élèves comme frais de route. On peut à ce propos déjà signaler
1. Procès-verbaux de l'Académie de peinture et de sculpture, Bibliothèque des Beaux-Arls.
2. Son de'part coïncidait presque avec un cve'nement politique de la plus haute importance pour la France, la mort du Régent.
3. Bouchardon naquit à Chaumont-en-Bassigny, sur les confins de la Lorraine et de la Champagne.