I . Thiébaut, Souvenirs sur la cour de Prusse
Toutefois, le roi de Prusse garda le souvenir de son ancien protégé et de ses excès de plume. Écrivant, le 14 décembre 1774, à d'Alembert, qu'il avait chargé de lui fournir un sculpteur et qui lui annonçait le départ de Tassaert pour Berlin, il dit : « L'artiste «. que vous m'envoyez est arrivé avec la lettre dont vous avez bien « voulu le charger. Nous ferons notre accord et il ne manquera « pas d'ouvrage. Je vous suis obligé du choix que vous m'avez fait. « Les morceaux que j'ai vus de lui sont beaux, et je crois, sur « votre témoignage, sa cervelle mieux organisée que celle de son (( prédécesseur*. »
Frédéric avait-il jamais eu l'intention d'observer sincèrement ses engagements, de faire honneur à sa parole ? On a le droit d'en douter, quand on sait comment il traita le successeur de Sigisbert Michel, et comment il se montra tour à tour avec lui oublieux et fantasque. Les anecdotes abondent, et nous les reproduirions toutes si elles ne nous écartaient trop de notre sujet. Qui n'a lu celle que rapporte un de ses biographes - ? Tassaert a reçu l'ordre de modeler promptement une figure en pied du maréchal Keith. Il a son idée dans sa tête; mais au premier mot qu'il en touche au prince, celui-ci se récrie. Il veut que son ancien compagnon d'armes soit représenté vêtu à la prussienne, avec de grosses bottes et le large chapeau de service. L'artiste résiste; Frédéric se fâche, et le premier, de guerre lasse, se résout à représenter ce malencontreux chapeau, mais ne tenant point au corps de la statue, et de façon à l'ôter si le roi changeait d'avis. Et cet autre récit encore, que Thiébaut fait si gaiement, des plaintes exhalées par Tassaert en présence du prince Henri : « Monseigneur, lui « disait-il, j'ai fait avant de quitter Paris mon marché par écrit « avec Monsieur votre frère (Frédéric le Grand). Dans ce marché,