TETE DE SATYRE
Dessin a la sanijuine par Clodion
{Collection Beurdeley)
Clodion avait rapporté d'Italie quelques ébauches inspirées par la fréquentation des classiques; il pensa qu'elles pouvaient lui être utiles pour les épreuves de l'agrégation'; il y mitpromptement la dernière main. Mais, en même temps, il modela des vases, des bas-reliefs ; il termina en marbre une petite figure, et ce fut avec onze morceaux, compris dans le livret sous neuf numéros, qu'il livra, deux ans après, en 1773, sa première bataille contre la critique. L'année 1772 se passa dans ce travail de préparation et, dès les premiers mois de l'année suivante, le sculpteur se trouvait en état de forcer les portes de l'Académie. 11 soumit, suivant la coutume, ses œuvres à l'approbation de cette société qui, par une délibération du 29 mai, résolut de l'admettre au nombre de ses membres. Nicolas-Sébastien Adam signa le procès-verbal de cette séance avec des sociétaires de son temps : Coustou, Le Moyne, Pigalle, Allegrain, Dandré-Bardon, Pajou, Halle, Doyen, Challe, La Tour, Le Clerc, Cochin, Le Bas, Pierre Venevault, Roslin, Vien, Voiriot, Belle, et des représentants de la nouvelle génération, d'Huez, Leprince, Lecomte, Gois, Brenet, Berruer et Boizot.
L'acte qui sanctionna cette admission fut l'un des derniers que M. de Marigny eut la charge d'approuver. Deux mois plus tard, il résiliait, en effet, ses fonctions de Directeur général, après les avoir pendant vingt et un ans (1752- 1773) remplies à l'entière satisfaction de ses subordonnés et des artistes, autant que les écrits et les correspondances du temps en font foi. L'abbé Terray, contrôleur général des finances, le remplaçait en attendant que le roi eût définitivement statué sur le choix de son successeur. M. de Marigny avait invoqué les fatigues occasionnées par ses longs travaux et le besoin d'un repos absolu pour justifier sa décision. Mais la cause véritable de son éloignement ne faisait de doute pour personne. Les contrariétés de tout genre qu'il avait essuyées durant sa direction, les critiques dont il était l'objet, l'impossibilité de
satisfaire les gens en place, de subvenir aux besoins des artistes malheureux, et surtout le manque absolu de fonds, la détresse dans laquelle on laissait la caisse des Bâtiments civils, le déterminèrent, après bien des hésitations, à demander son congé. Ce changement, quoique considérable, n'apporta aucune modification dans le service des Beaux-Arts. A cette époque encore, un ministre pouvait se retirer, et son successeur accepter la suite des affaires sans que le personnel placé sous ses ordres interrompît en rien ses travaux. L'abbé Terray prit possession du titre par intérim. M. de Marigny reçut en compensation celui de Directeur général adjoint honoraire, et le Salon ouvrit, comme d'habitude, le 25 août 1773, jour de la Saint-Louis.
Clodion avait eu tout le temps nécessaire pour préparer ce qu'il destinait à l'exposition. C'était un Jupiter; im Fleuve Scamandrejvin Hercule au repos ; le Fleuve du Rhin séparant ses eaux; deux vases ornés de bas-reliefs : Offrande à l'Amour, Offrande à Pan; un vase que décorait une Bacchanale d'enfants; wn. Satyre enfant tenant un hibou, en marbre; deux bas-reliefs: le Sacrifice à V Amour et la Marchande d'Amours; enfin une Femme qui, en mourant, montre à son époux son fils, ce bas-relief pour un tombeau. Cette alliance d'œuvres sérieuses et d'œuvres gracieuses séduisit le public. La critique ne marchanda pas au sculpteur ses compliments pour le présent et ses prophéties les plus flatteuses pour l'avenir. Le salonnier du Mercure de France écrivait (octobre 1773) : « M. Clodion, nouvel agréé, a exposé « différents morceaux qui prouvent les études sérieuses qu'il a « faites en Italie, d'après l'antique. Son Jupiter prêt à lancer la « foudre s'annonçait par ses traits et surtout par ses sourcils, dont « le mouvement, disent les poètes, ébranle l'Olympe; Hercule qui « se repose, le Fleuve du Rhin séparant ses eaux, le Fleuve Sca- « mandre desséché par les feux de Vulcain implorant le secours