‹ Les Adam et ClodionChapitre 108 sur 177 · JUPITER LANÇANT LA FOUDRE · texte numérisé non relu

JUPITER LANÇANT LA FOUDRE

Morce.iu de réception à l'AcaJérnie royale Je peinture et de sculpture.

Petit modèle en terre cuite par Clodion. — Musée Je Sivres.

« des Dieux ; itne femme qui, en expirant, tnontre à son époux « le fils quelle lui laisse, sujet destiné pour un tombeau, ont éga- « lement mérité les éloges du public éclairé. De jolis vases ornés « de bas-reliefs, des terres cuites du même artiste représentant « des bacchanales, des offrandes à l'Amour et au Dieu Pan, annonce cent un genre abondant, facile et enjoué. Un petit satyre en « marbre, d'un pied de hauteur, a de plus prouvé la délicatesse « du ciseau de cet artiste. Cet enfant, dont le caractère de tête ne « paraît point tenir de celui du satyre, mais qui a toute la naïveté a de son âge, porte en ses bras un hibou. Les plumes de cet oiseau, v( les lierres dont l'enfant est couronné, les poils mêmes d'une « peau dont il est en partie recouvert ont été rendus avec une « légèreté qui ne laisse rien à désirer. »

Bachaumont ne se montre pas moins bienveillant dans son appréciation :

« C'est à M. Clodion Michel d'allier les idées les plus « sublimes aux plus riantes. Jupiter, Hercule, le Fleuve Sca- « mandre, le Fleuve du Rhin, etc., sont du premier genre. On « admire la majesté de l'un, l'expression de l'autre, l'anatomie « savante du troisième, la précision du dernier. Les bas-reliefs « dans le deuxième genre reposent délicieusement le spectateur « frappé de ces grands sujets. »

Voici maintenant l'opinion de l'Année littéraire, qui consacrait, lors des expositions, quelques pages à l'étude des tableaux et des statues les plus remarqués : « Je ne dois pas négliger de vous « parler des ouvrages de M. Clodion Michel, qui paraît pour la « première fois dans ces expositions. On y trouve du caractère et « beaucoup de goût. On est surtout enchanté de ses petits basce reUefs, qui sont modelés avec une netteté et un esprit charmants. » L'Avant-Coureur est non moins enthousiaste que ses confrères : ce M. Clodion a enrichi le Salon d'une multitude de bas-

« reliefs, de vases sculptés, de groupes en terre cuite, qui annon- « cent un genre aimable, varié et galant, qui sait allier la sévé- « rite de l'antique aux grâces du naturel. Jupiter, son Hercule, une

« Femme expirante, etc., feront juger cet artiste également propre « aux morceaux d'exécution qui demandent de l'expression, un « style noble, élevé et soutenu. »

Il n'est pas jusqu'à ces publications temporaires, qui naissaient avec le Salon et mouraient avec lui, qui s'appelaient tantôt le

Visionnaire, la Lunette, le Coup de Patte, tantôt le Critique des Critiques, le Dévidoir du Palais-Royal, où l'on ne trouve, en 1773, des éloges à l'adresse du nouvel agréé, témoin cette courte note des Entretiens de l'abbé A . avec Milord M. :

M. — De qui est ce Jupiter? La tète est superbe.

A. — C'est d'un artiste qui s'est beaucoup distingué dans ce Salon, Michel Clodion. Ce vase orné de bas-reliefs, ce satyre enfant, ces deux autres basreliefs sont d'un fini précieux.

L'accord semblait donc unanime, de la part des Aristarques et des Zoïles de l'époque, à l'endroit de Clodion, et cette louange avait d'autant plus de prix que l'exposition de 1773 contenait un nombre considérable de grands ouvrages, ainsi que de sujets gracieux du genre de ceux qu'il avait traités, les uns et les autres signés par les plus habiles, par Pajou, par Monot, par Lecomte, par Boizot et Tassaert. Pajou présentait un buste de Buffon très ressemblant, puis une belle nymphe de marbre portant une torchère, destinée, avec deux figures semblables, l'une de Monot, l'autre de Lecomte, au pavillon de M"" du Barry, à Luciennes. Boizot avait envoyé non seulement un modèle d'une statue colossale du roi pour Brest, mais aussi un groupe en terre cuite représentant une Bacchanale et deux bas-reliefs : des Nymphes qui relèvent la statue de l'Amour, et d'autres nymphes, celle du dieu

Pan. Toute cette composition, qu'on reproduisit ensuite en argent pour un surtout de table, se trouvait également supportée par deux groupes : d'une part, Flore et Zéphyre; de l'autre, l'Amitié et l'Amour. Lecomte apportait, en outre de la figure de nymphe précédemment citée, un marbre charmant et bien connu, l'Enfant qui pleure son oiseau ; Monot, une tête de bacchante fort admirée ; Tassaert, léger d'ordinaire, avait, pour une fois, abordé le grand genre sérieux avec une allégorie du repeuplement des races, Pyrrha jetant des pierres et semant des enfants; par contre, l'austère Cafïieri s'était fait presque langoureux en esquissant le modèle d'un monument pour la Favart, et cet autre sujet dont l'explication dans les pages du Mercure peint admirablement le goût de l'époque à tout traiter par l'allégorie : « l'Amitié surprise par l'Amour; l'Amitié, « qui ne connaît pas l'Amour, l'embrasse avec confiance; l'Amour « la caresse et saisit ce moment pour la blesser d'un de ses traits. » Des statues d'hommes illustres, Turenne, par Pajou; Condé, par Lecomte; le maréchal de Luxembourg, par Mouchy; le maréchal de Saxe, par d'Huez; un immense bas-relief de trente et un pieds, terminé par Berruer pour l'École de chirurgie; le Martyre de saint Barthélémy, par Bridan; le mausolée d'un Galitzin, par Houdon, faisaient vis-à-vis à ces productions galantes ou sentimentales. De toutes façons, le niveau de cette exposition dépassait la moyenne ordinaire. Le nouvel agréé y avait fait bonne figure à côté des plus habiles de ses maîtres et de ses collègues; ce succès valait la meilleure réclame. Il s'en aperçut au nombre des commandes qui lui vinrent de tous côtés.

Quel fut le sort des statues, des plâtres, des bas-reliefs, des neuf objets, en un mot, que Clodion avait envoyés au Salon de 1773 ? Le Jupiter que l'Académie lui avait « accordé d'exécuter pour son morceau de réception », suivant le texte même du procès-verbal, resta, ce semble, à l'état de modèle. Cependant, en 1778, on le voit

figurer dans la collection de rAcadémie, à côté du Prométhée d'Adam le cadet. Nous croyons en avoir découvert la réduction dans une petite terre cuite du musée de Sèvres. Ce morceau a tout r intérêt d'un des rares ouvrages académiques du maître, bien éloigné du genre ordinaire de ses productions. De V Hercule^, du Fleupe du Rhin, du Fleuve Scamandre, il n'est plus parlé nulle part, et nous ne saurions dire où on les retrouverait actuellement. Le vase Bacchanale d'enfants, acheté par Mariette, à la vente duquel il reparut en lyyS, passa entre les mains du sieur Mercier, moyennant 600 livres. On le voit au catalogue de la vente Le Bœuf, le mardi 8 avril 1783, mais auparavant il avait séjourné dans la belle collection du prince de Conti; le sculpteur en avait terminé un second modèle, qui fut acquis pour 266 livres, le 3 mai 1786, à la vente Lerouge. Une esquisse du joli marbre, le petit Satyre tenant un hibou, faisait pendant à une Petite fille tenant un pigeon et une cage, dans la galerie Conti. Cet illustre amateur possédait également le bas-relief de la Marchande d'amours, qui trouvait acquéreur il 200 livres en 1777. Le Sacrifice à l'Amour fit partie des curiosités amassées par Boyer de Fons ; Le Brun, dont il a déjà été parlé, Teut pour 60 livres au décès de M. Boyer. Rien n'indique malheureusement quel fut le premier possesseur des vases ainsi désignés. Offrande à Pan, Offrande à l'Amour. Lors des ventes Mariette, prince de Conti, Trouarre, des compositions analogues passèrent à l'hôtel BuUion, mais avec des appellations différentes. II est donc à présumer qu'il ne s'agit pas des mêmes

I. Un maître en l'art d'écrire, M. Arsène Houssaye, raconte, dans un brillant portrait de Clodion, l'anecdote que voici : « Le sculpteur avait à peine modelé son Hercule qu'il le jugea lui-même, car, lorsqu'il lui eut donné le dernier coup, il jeta son ciseau et dit à ses camarades : « Voilà un Hercule qui n'a pas tué le lion de Némée, « et pourtant j'ose le couvrir de la dépouille du lion. Ah! poursuivit-il avec désespoir, « je ne suis pas de ceux qui enlèvent les pommes d'or du jardin des Hespérides. « [La Révolution, par Arsène Houssaye.)

objets*. Clodion termina sur-le-champ le bas-relief destiné, d'après le catalogue, à un tombeau et, en réalité, à celui de la comtesse d'Orsay. Le mausolée sortit d'ailleurs tout entier de l'atelier de l'artiste pour aller prendre place dans une chapelle de la cathédrale de Rouen. La Révolution l'y trouva et le détruisit. Il comprenait, en outre de ce bas-relief, deux personnages principaux : un Ange s' enlevant dans les airs, et un Génie éteignant la torche de rHy menée -.

Malgré ces succès, malgré le bon accueil qui était fait à ses ouvrages, malgré les mille distractions de la grande ville, Clodion rêvait encore de l'Italie ; il en rêva même si bien qu'il fit, à peine l'exposition close et pour la seconde fois, ses adieux à Paris et à la France. Dingé parle, dans sa Notice nécrologique, de ce nouveau voyage en termes énigmatiques, et qui ne fixent nullement le curieux sur la date où il fut entrepris, sur sa durée et sur les motifs qui inspirèrent cette détermination. Des documents nombreux et complètement inédits, que nous avons trouvés dans les cartons des Archives nationales et dans ceux du département de la Seine-Inférieure, nous ont permis de reconstituer avec quelque exactitude cette partie de la biographie du sculpteur '.

Clodion avait travaillé, ainsi qu'on l'a vu précédemment dans les lettres de Natoire, pour le duc de la Rochefoucauld, de passage à Rome. Ce grand seigneur devait être le même duc de la Rochefoucauld, né en 1735, protecteur éclairé des lettres et des arts, député aux états généraux, qui se montra partisan de la Révolufion, et n'en fut pas moins arrêté et exécuté à Gisors le 14 sep-

1. Livrets des expositions et catalogues de tableaux. (Biblioth. de Versailles.)

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