ENFANT SATYRE
Bronze d'aprcs Clodion. — Musde du Garde-Meuble national.
tembre 1792. Louis- Alexandre de la Rochefoucauld d'Enville avait
pour parent, assez éloigné, il est vrai, Dominique de la Rochefoucauld, comte de Saint-Elpis, qui, né en 171 3, d'une branche ignorée de cette puissante famille, avait été recueilli par un prélat du même nom, Frédéric-Jérôme, archevêque de Bourges, placé par lui dans les ordres, puis élevé successivement au siège archiépiscopal d'Alby (1747) et de Rouen (1759), qu'il occupa jusqu'à la Révolution. Il reçut enfin, en 1778, la pourpre cardinalice et mourut à l'étranger, à Munster, en 1800.
Le nom de Clodion, prononcé quelquefois par le duc de la Rochefoucauld d'Enville devant son cousin, revint à la mémoire de ce dernier, quand le chapitre de Notre-Dame de Rouen manifesta, entre les années 1722 et 1723, l'intention d'élever un jubé dans l'intérieur de cette cathédrale. Le projet adopté définitivement pour ce travail comportait la mise en place de deux statues, une Sainte Vierge portant l'Enfant Jésus et une Sainte Cécile, et de deux bas-reliefs, l'un représentant Jésus-Christ au tombeau, l'autre la Mort de sainte Cécile. Lecomte, fort réputé, et comme disciple et successeur de Vassé, et comme auteur de plusieurs beaux ouvrages, avait accepté la moitié de cette commande. Clodion devait exécuter, de son côté, la statue de Sainte Cécile et le bas-relief YQ^résentant la mort de cette sainte. Il fallait se procurer les marbres statuaires nécessaires à ces travaux. L'ancien pensionnaire de Rome offrit à ses clients d'aller surveiller sur les lieux mêmes l'extraction de ces blocs. Il fit en même temps à la Direction générale des Bâtiments du Roi la proposition de choisir les marbres qui devaient être expédiés d'Italie pour le service de la couronne, proposition toute gratuite, au demeurant, et qu'à ce titre M. de Marigny s'empressa d'agréer. Au fond, le sculpteur, en reprenant le chemin de l'Italie, obéissait probablement aussi à d'autres sentiments, à des considérations toutes personnelles; au désir, par exemple, de revoir ce charmant pays où il avait passé de si rapides années, ou de
régler des questions d'intérêt en souffrance, ou bien encore à l'espérance de retrouver quelque belle Transtévérine abandonnée depuis trois ans, et qui avait gardé un peu de son cœur. Toutefois, le motif avoué, la raison officielle de ce voyage restait la mission qui l'amenait à Carrare, dès le commencement de l'année 1774.
Les lettres que Clodion écrivit à ce moment à l'abbé Terray et à l'architecte Couture, son correspondant de Rouen, ont l'intérêt, pour sa biographie, de pièces extrêmement rares '. L'artiste, nous l'avons dit, se produisait peu, écrivait rarement, recherchait avant tout le calme et Tobscurité. Le style n'y brille pas toujours par la recherche, et il y maltraite plus d'une fois l'orthographe. L'écriture, par contre, est belle, hardie, assurée, et la signature très lisible. La première de ces lettres, datée du i3 janvier 1774, est adressée à Couture, « architecte du Roi, rue Saint-Honoré, visà-vis les Jacobins, à Paris ». Couture, Rouennais d'origine, avait été appelé à diriger les travaux en voie d'exécution dans la cathédrale. Il se fit connaître plus tard en reprenant l'œuvre de Contant d'Ivry à l'église de la Madeleine, et en remplissant les fonctions d'inspecteur à la manufacture de Sèvres \ Elle débute, comme beaucoup de ces lettres d'artistes, par la demande d'un envoi d'argent, d'un acompte de trois cents livres que le chapitre de Notre-Dame a décidé de lui faire remettre. Elle ne contient, pour le reste, que des détails techniques sur l'extraction des marbres. Une autre épître, composée dans la suite de son séjour en Italie, le 9 mars 1774, devait aller à l'abbé Terray. Clodion y réunissait les mêmes renseignements sur les opérations qu'il avait à surveiller. Elle n'existe pas dans les dossiers qui nous ont été communiqués ; mais réponse y est faite à la fin du même mois