‹ Les Adam et ClodionChapitre 113 sur 177 · Archives de la Seine-Inférieure · texte numérisé non relu

Archives de la Seine-Inférieure

Je reconnois avoir reçu pour second payement du bas-relief en marbre que je fait pour être plassé dans la cathédrale de Rouen à la chapelle de sainte Cécile.

J'ai rhonneur d'être très parfaitement, Monsieur,

Votre très humble et très obéissant serviteur.

Signé : Clodion.

Cette statue et ce bas-relief rapportaient d'après cela, au bas mot, à Clodion i3,ooo livres, en admettant qu'il ne lui ait pas été remis d'autres acomptes dont les quittances ne se retrouvent pas.

Nous avons dit que Lecomte partageait avec lui l'œuvre de décoration entreprise dans la cathédrale de Rouen. Lecomte passait alors pour un des meilleurs artistes de notre pays. Il réussissait surtout fort bien, comme décorateur des petites maisons, chez la Guimard et bien d'autres belles. Il jouait à l'homme occupé, ainsi que le marque un billet que nous avons lu dans un carton des Archives, et par lequel il s'excuse auprès du Directeur général, le 10 décembre lyyS, de ne pouvoir accepter un rendez-vous d'affaires. « De retour à Paris, dit-il, aussitôt que j'aurai terminé « une Vierge en marbre de 5 pieds 10 pouces de hauteur pour « Rouen, il faut que je m'y rende pour la faire poser et finir sur « place, ainsi qu'un bas-relief du devant d'autel, ce que j'ai « promis pour l'automne de l'année 1776. » Il ajoute qu'il est chargé, à Nancy, du tombeau du roi Stanislas et du cœur de la reine. « Je l'ai fait transporter dans cette ville et poser dans « l'église de Bon-Secours. »

Clodion devait assister, il nous semble, ainsi que son collaborateur, à l'inauguration de leur œuvre. Deux extraits du registre délibératif du chapitre' en établissent la date d'une façon bien précise. Le premier de ces résumés, « Délibération du 19 sep-

I. Nous devons la communication de ces renseignements à l'obligeance de M. le chanoine Robert, intendant du chapitre de Notre-Dame de Rouen.

28o CLODION.

tembre », porte que « M. Tarchidiacre Bordier a été député « pour aller saluer Monseigneur l'archevêque et le remercier, au « nom de la compagnie, du don qu'il a fait à cette église d'une « statue de marbre représentant la sainte Vierge, laquelle a été « placée au-dessus de l'autel du Vœu. » Le second est ainsi formulé : « Délibération du samedi 20 septembre 1777. — La (( reconstruction et la décoration des deux autels pour le jubé étant « achevées, la messe du Vœu, ritii triplici, fondée en cette église, « a été célébrée, suivant l'usage, à celui de la sainte Vierge. Les « deux statues de marbre représentant la sainte Vierge et sainte « Cécile, nouvellement placées au-dessus de ces deux autels et le « tabernacle qui est au-dessus de celui de la sainte Vierge, ont V. été bénis par M. le célébrateur, revêtu d'aube et d'étole « immédiatement avant de commencer la messe du Vœu. « Cette cérémonie, en consacrant l'œuvre de Clodioa dans la cathédrale de Rouen, œuvre qu'il devait compléter huit années plus tard, en 1785, mettait virtuellement fin aux obligations qu'il avait contractées de ce côté, et le laissait libre de réserver son temps tout entier à d'autres travavix non moins importants, qui nécessitaient sa présence bien loin de là, en plein Languedoc, à MontpeUier. Les états de cette province rêvaient un grand monument pour ladécoration delà promenade du Peyrou, qu'on venait d'agrandir. Depuis plus d'un demi -siècle, la statue de Louis XIV occupait le centre de l'ancienne promenade; elle y avait été posée le 17 février 1718, après de nombreuses délibérations, dont la première remontait à l'année i685 (le 3i octobre). Simon Hurtrelle et Mazeline, de l'Académie royale de peinture et de sculpture, avaient modelé cette statue équestre, qui représentait le grand roi de face, tourné des trois quarts du côté de la ville, le bras droit presque horizontalement étendu vers la mer, la main gauche tenant les rênes. Une légère couronne de lauriers ceignait sa tête, et l'arrangement

de sa chevelure lui donnait l'aspect de celle de l'Apollon du Vatican'.

Cette figure, que la Révolution renversa le 2 octobre 1792, devait faire grand effet, d'après cette description. Néanmoins, les états de Languedoc la jugèrent trop modeste et trop peu en rapport avec les proportions monumentales de la promenade que Ton

Page 1