‹ Les Adam et ClodionChapitre 12 sur 177 · BUSTE DE NEPTUNE · texte numérisé non relu

BUSTE DE NEPTUNE

Par Lambert-Sigisbert Adam. — Palais de Sans-Souci, Potsdam.

Poerson donne une indication précise des travaux du sculpteur à ce moment. « 7 mars 1724. Monseigneur Del Giudice, major- « dôme du saint-père, m'a fait la grâce de m'accorder de faire dcs- « siner dans les salles du Vatican les beaux ouvrages de Raphaël, « m ayant accepté pour caution de la bonne et sage conduite des « sieurs Natoire, Delobel, Bouchardon et Adam. »

Cette application, ce désir de parvenir inspirèrent de la confiance au cardinal, qui montra quatre années plus tard à son protégé combien l'intérêt qu'il lui portait était réel. Il semble qu'avant de l'employer directement à son service personnel il l'ait recommandé aux principaux personnages de la curie romaine, au nouveau pape lui-même, à Vincent-Marie Gravina des Ursins qui, élu pape le 20 mai 1724, prit le nom de Benoît XIII, et que l'enfant du Parnasse mis au service de Desrochers dépeint ainsi :

Voici le grand pontife agréable au Très-Haut. Il a vécu sans tache, il règne sans défaut. Enfant de Dominique et père des fidèles, C'est Fouvrage de Dieu; ses projets sont divins. L'univers reconnaît à des marques si belles Le bonheur de l'Eglise et l'honneur des Ursins.

L'Italie devait se montrer plus longtemps réfractaire aux goûts français que les autres pays. Toutefois, la contagion gagnait; elle passait de ville en ville, et Rome, qui avait pour mission de continuer la résistance, céda la première à ce mouvement. Dans cette dernière ville, après la disparition des sculpteurs Alexandre Algardi et du Bernin, disparition que suivait bientôt celle de Carie Maratte, la production artistique avait diminué dans d'incroyables proportions, jusqu'au point de paraître complètement éteinte. Ce qui faisait écrire à Wleughels, à propos d'une statue récemment mise en place (9 aotit 1731) : « Tout le monde va voir la statue de « saint Jean Népomucène que le cardinal Orti a fait élever au bout

« dii Pontê-Molo; c'est une figure colossale et un beau morceau de oc marbre gâté. Il n'y a plus de sculpteurs à Rome ni dans toute « ritalie. Il n'y a qu'en France où l'on trouve encore quelque habile « homme. Ici il y a deux Français habiles (Adam et Bouchardon) « et qui le sont véritablement. » On avait employé déjà des Français à la décoration de certains monuments, mais par exception seulement et comme à regret. On allait maintenant user de leur talent pour toutes les entreprises de quelque importance, et Ton remarqua que chaque fois, dès lors, qu'ils se trouvèrent en présence des maîtres italiens, la victoire leur resta sans conteste.

L.-S. Adam voyait donc ainsi, dès ses débuts, la fortune lui sourire ; déjà connu dans Rome, il préludait, par des ouvrages que les amateurs se disputaient, aux grands travaux qu'il devait exécviter pendant un séjour de dix années. Il trouva, en 1726, une nouvelle source de satisfaction, un nouvel encouragement à continuer ses efforts, une raison de plus pour s'attacher à la terre italienne, dans la venuede son frère, du second fils de Jacob-Sigisbert, de Nicolas-Sébastien.

Celui-ci, de cinq ans moins âgé que son aîné, avait quitté à seize ans, soit en 1721 , Nancy où il avait étudié sous son père *. Il avait retrouvé à Paris Lambert-Sigisbert et probablement suivi avec lui le même enseignement, mais en tout cas certainement profité de la protection et des conseils de son frère. Il ne se présenta point cependant aux concours de l'Académie, soit à cause de sa grande jeunesse, soit parce qu'il reçut de suite des commandes assez rémunératrices pour qu'il ait jugé inutile de se procurer immédiatement les titres ordinaires d'élève de l'Académie, de grand prix et de pensionnaire du Roi. En 1724, il quitta Paris, peu après le départ de son frère pour Rome. Il avait été engagé,

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