‹ Les Adam et ClodionChapitre 127 sur 177 · I. Archives nationales, O · texte numérisé non relu

I. Archives nationales, O

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(c figures; dans celle de Montesquieu, on remarque, il est vrai, <( de l'enthousiasme; mais elle laisse beaucoup de choses à désirer. « Cependant, comme cette statue n'est point exécutée en marbre, (( l'artiste pourra y faire les changements que la prudence lui (( dictera. On l'a félicité de ne s'être point asservi au costume, et « je crois que c'est, au contraire, un reproche qu'on peut lui faire, « parce qu'il n'est pas question de draper la statue d'un Français « du xvHi" siècle à la grecque, à la romaine, ou de lui donner un « costume idéal, mais de le représenter avec le costume de la « nation et du temps où il a vécu. La figure de Corneille offre « un bel exemple de la difficulté vaincue, et les talents supérieurs c( de M. Clodion ne laissent aucune inquiétude sur le parti avanie tageux que prendra cet habile artiste en consultant son goût et « son génie. » On ne pouvait mieux habiller la critique et la cacher sous plus de fleurs de rhétorique. Le sculpteur en comprit fort bien la portée. Il se rappela, trop tard, il est vrai, le méchant accueil qu'avait reçu l'œuvre d'un maître illustre, le Voltaire de Pigalle, le déchaînement de la satire, les flots de mauvaise encre répandus pour et contre elle.

Il ne pensa point, quant à lui, à discuter le mérite de son idée et prit le parti héroïque de recommencer simplement son modèle. Le 3i décembre 1780, le peintre Pierre en faisait parvenir la nouvelle à M. d'Angiviller : « La figure de Montesquieu, « par M. Clodion, est recommencée. Elle est vêtue en magistrat, (( du consentement de M. de Secondât, son fils. » La nouvelle figure devait paraître au Salon de 1781 ; mais là ne se termina pas l'odyssée du Montesquieu. Une fois le plâtre approuvé par la Direction, et lorsqu'il s'agit de le sculpter dans le marbre, on ne put mettre la main sur un bloc de dimensions suffisantes, pas plus qu'en 1779, où le cas s'était déjà présenté. Il fallait donc se résigner à garder encore à l'atelier ce

personnage encombrant, jusqu'au Salon de 1783, avant de pouvoir le présenter au public. L'artiste faisait preuve, en tout ceci, d'une rare conscience, dont les approbations unanimes des gens de goût le récompensèrent pleinement. Autant l'opinion s'était partagée, dès le principe, au sujet de son premier modèle, autant elle se déclara satisfaite du second. On n'eut que des louanges pour cette statue bien posée, bien drapée, d'une expression noble, et que le président, M. de Secondât, avait aussitôt déclarée être parfaitement ressemblante à l'original. Les petits comme les grands journaux, ceux qui avaient quelques années d'existence, ceux nés de la veille, ceux qu'on lisait aussi bien que ceux qui ne comptaient pas cent abonnés, applaudirent de confiance le second Montesquieu. Le Mercure n'avait qu'un mot, mais fort élogieux, l'aumône du riche donnée de bon cœur. « Montesquieu a été parfaitement « sculpté en marbre par M. Clodion Michel'. » Le Journal de Paris, plus explicite, disait : 'i II y a eu cette année six figures « ordonnées par le Roi, qui sont : Turenne, Vauban, Catinat, « Montesquieu, Molière et La Fontaine. La quatrième est de « M. Clodion Michel. Elle a été, comme celle de M. de Joux, « exposée en plâtre au Salon précédent; mais il a su profiter des « conseils qui lui furent donnés dans ce temps, car elle est « presque totalement changée; aussi y a-t-il actuellement plus « de noblesse. Je désirerais quelque chose dans les jambes. Au « surplus, l'exécution en est très précieuse, i) Le Journal de Paris souhaitait qu'on accompagnât la statue d'une inscription et proposait celle-ci, qu'il trouvait la meilleure comme venant de son cru :

En écrivant l'histoire et de Rome et des lois, Pour le bonheur du peuple il instruisit les rois.

Mercure de France, 2° quinzaine de septembre.

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Un plaisant, l'auteur de Marlborougli au Salon, traitait fort mal tous les collègues de Clodion, tandis qu'il condescendait à l'épargner. Il mettait en scène, pour les besoins du dialogue, deux personnes imaginaires, M. de Marlborough et l'inconnu, qui s'exprimaient avec beaucoup de liberté sur le compte des artistes. L'inconnu venait de juger sévèrement les modèles exposés à la sculpture. Il ajoutait : « Cela ne me paraît pas si sublime « et ces figures à côté sont bien plus belles. Faites donc attende tion, monsieur de Marlborough, qu'elles sont de marbre blanc, « c'est déjà beaucoup; et puis c'est poli, c'est luisant, c'est fini; « dame, c'est cela qu'il faut admirer, )) A quoi M. de Marlborough répondait : « Fi donc ! elles sont mauvaises ! Cependant celle de « Montesquieu me fait plaisir. » Le Sans-Quartier n'y apportait aucun apprêt et ne donnait que cette citation : « La statue de Monte tesquieu, par M. Clodion, est un beau morceau. » A peu près seul, le Véridique au Salon se déclarait peu satisfait : « Montes- « quieu devait, à ce qu'il semblait, être en habit de président, et « M. Clodion Michel a suivi le costume, bien plus fait pour ins- « pirer la dignité que le génie. Montesquieu ^ représenté en médi- « tant ses vastes pensées sur les lois, est assez noble par sa figure « pour être distingué dans un habillement simple, son chaperon de « docteur es lois jeté quelque part, entouré de meubles qui eussent « annoncé l'aisance dans la fortune; Montesquieu eût été mieux « reconnu pour ce qui le distingue, c'est-à-dire pour un grand écri- « vain. Rarement on écrit, on compose avec sa simarre. Au reste, « M. Clodion Michel ne pouvait pas adopter les deux opinions. « Quant à l'art, on est peu content de ses masses; on les eût « voulues plus grandes et les plis rendus avec plus de recherche et « de finesse. » Le Véridique parlait de tout cela fort à son aise et tranchait ainsi du connaisseur.

Nous avons le droit de juger autrement cette figure, dont le

marbre occupe encore aujourd'hui, dans un vestibule de Tlnstitut\ la place qui lui a été octroyée après la Révolution et dont l'auteur a laissé la reproduction en terre cuite à la manufacture de Sèvres. La tête de Montesquieu est fort belle, l'attitude noble et reposée, le vêtement ample. Loin que les plis ne soient pas rendus avec assez de recherche et de finesse, ils ont été bien plutôt traités avec un détail exagéré, qui trahit l'école des Adam. Clodion a fait montre de son extrême facilité dans ce marbre creusé, fouillé, mis à jour. Tous ces angles brisés, tout ce jeu d'une draperie qu'il a voulu soulever et rendre légère détruisent un peu de l'impression de grandeur que fait naître la vue de l'ensemble.

La Direction des Bâtiments du Roi fixait à 10,000 livres le prix de chacune des œuvres de cette dimension % une fois terminées. En 1780, Clodion avait touché un acompte sur le premier modèle, qu'il se décida, dans la suite, à recommencer. La trésorerie de la Direction lui versa une même somme en février 1781, comme nouvelle fraction du payement. 11 y avait loin de ces 2,5oo livres au payement intégral, qui se compléta, nous ne savons ni comment ni à quelle époque. 11 est vrai que Clodion bénéficia, d'autre part, des 1,000 livres que l'Administration accordait à chacun des artistes chargés de ces grandes statues, contre une reproduction de leur œuvre en terre cuite et de dimension réduite; mais encore notre artiste ne fournit-il la sienne que fort tard. 11 fallut des rappels fréquents, des sommations du genre de celle-ci, pour l'amener à s'exécuter '. « Messieurs Houdon et Clodion, « sculpteurs du Roi, sont invités à fournir le plus diligemment pos- « sible les modèles de leurs figures de Tourville et Montesquieu,

1. Dans le même édifice, à la bibliothèque Mazarine, on voit une petite statuette de terre cuite : hauteur, o"',43, largeur, o"',6o, représentant ^n'o»!, et attribuée à Clodion. (Inventaire général des richesses d'art de la France.)

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