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CARIATIDES POUR UNE CHEMINÉE

Par Clodion. — Musiie du Souih-Kcnsington.

paient et la disposition des personnages dans chacune de ces

compositions, mais sans qu'on puisse en reconnaître le sujet'.

Ainsi fixé dans cette partie de la capitale, qui se remplissait de charmantes habitations en moins de quatre années, Clodion aurait dû, il semble, passer près de sa jeune femme les jours les plus heureux. Il n'en fut rien néanmoins, et bientôt la discorde se glissa dans son ménage. Elle s'y implanta même si bien que Catherine Flore s'empressa de profiter, ainsi que nous le verrons plus loin, de la loi qui établissait le divorce en France.

Et pourtant, le succès de l'artiste allait toujours grandissant, et l'empressement des curieux, ainsi que la vogue qui s'attachait plus qu'à un autre moment à ses moindres créations, auraient dû consoler sa vanité d'épouse de bien d'autres mécomptes.

Jamais le goût du temps ne s'était aussi nettement déclaré en faveur du genre que Clodion avait contribué à inaugurer, et dont il restait le principal interprète. Ses figures, ses statuettes, ses terres cuites, ses nombreux modèles de vases, de girandoles, d'appliques, de feux, de candélabres, de motifs de pendules, faisaient fureur. La reine, que sa mère Marie-Thérèse engageait par écrit à protéger tous les Lorrains, avait daigné le distinguer; et, après elle, tout ce qui se vantait à la Cour de posséder les belles manières s'était adressé à lui. En premier lieu, le duc d'Orléans, chez qui il faisait remettre ce groupe de trois nymphes enlacées, un de ses sujets favoris, où il se montre plus gracieux encore que d'habitude et que l'on a pu admirer à la vente du baron Thibon. Puis, les amis de Marie- Antoinette, les habitués de Trianon, M""* de Sérilly, MM. de Besenval et de Vaudreuil, lui demandaient tel ou tel motif de décoration. Il avait dessiné et sculpté pour le boudoir de la marquise,

I. M. Michel, dans une brève, mais très intéressante notice sur le sculpteur [Bibliographie générale lorraine), parle d'un bas-relief de sa main qui se trouvait à la chapelle succursale de Saint-Eustache et qu'il dit être d'un fini pre'cieux ; mais, d'une part, cette chapelle a disparu, et nous ne voyons citer cet ouvrage dans aucun autre auteur. Aussi n'insisterons-nous pas.

en son hôtel de la rue Saint-Louis, une cheminée de marbre gris ou bleu turquin, supportée par deux cariatides voilées qui, transportées, après la Révolution, dans une autre luxueuse demeure de Paris', y resta jusqu'en 1869. A cette date, elle passa définitivement en Angleterre, où les administrateurs du South-Kensington Muséum lui donnèrent une place privilégiée dans son milieu primitif, dans l'ancien boudoir refait, restauré, tout orné de beaux cuivres, de charmantes peintures. Ce morceau original comporte, comme nous venons de le dire, deux cariatides, des bustes de vieillards d'une belle expression, que réunit une longue frise finement travaillée.

Chez le comte de Vaudreuil, il avait mis une Cléopâtre de marbre, mourante et couchée, au milieu de mille curiosités, des armoires de Boule, des copies de l'antique, des figures modernes de Julien, de Le Breton, de Boizot, qu'avait ramassées le fameux amateur sur qui M'"" de Créqui ^ rapporte cette plaisante anecdote :

« M. de Vaudreuil était un des intimes de MM. de Polignac. On disait « que tous les familiers de la comtesse Diane étaient des illettrés, qui ne saie valent rien de rien, si ce n'était sur les magots et le vieux laque, et voici ce « qui me rappelle que la vieille M™« de Vaudreuil se plaignait de son fils et « qu'elle allait disant toujoui-s : « Ne m'en parlez point, il se ruine et nous « fait mourir de faim pour acheter des chinoiseries; il ne s'acquitte seulement « pas de me payer mon douaire. Il est tombé, comme un hébété qu'il est, dans « la manie des chats bleus et des marabouts', n

Mais son œuvre de décoration, rue de Grenelle, chez M. de Besenval, lieutenant général et inspecteur général des Suisses et Grisons, dépassait toutes les autres par son importance. On en jugera d'après la description que Thierry nous a laissée dans son Guide.

1. Rue Vieille-du-Temple, chez M. le comte Corbeau de Saint-Aubin (Catalogue du South-Kensington Muséum).

2. Lors de la vente de cette collection, M. d'Angiviller proposa au roi de s'en rendre acquéreur pour la somme de 239,241 livres (Archives nationales, O 1934).

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