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Palais de la Légion d'honneur, H. Thirion, i

33o CLODION.

probablement inconnues; que de marbres, de terres cuites, que de cires délicates, rapides indications de sa pensée, destinés aux collections du prince de Condé, au palais Bourbon ; du duc de Praslin; du maréchal de Noailles; de M. Harenqde Presle, rue du Sentier; de M. Destouches, notaire; de Dufresnoy, rue Vivienne; du banquier Le Cheval Lambert ; de M. de Billy, au Vieux-Louvre; du financier Beaujon, qui occupait l'hôtel d'Évreux ; du marquis de Sabran, rue d'Anjou au Marais; de M. Le Roy de la Faudignères, sans compter celles des amateurs princiers, et Versailles, et Bellevue et le Palais-Royal, etc. !

Une semblable obligation de satisfaire tant de gens empressés et puissants éloignait forcément Clodion des Salons. Il n'avait paru à celui de 1783 que par suite du scrupule fort honorable qui lui avait fait reprendre et perfectionner un ouvrage insuffisant. 11 s'abstint d'exposer à ceux de 1785, de 1787 et de 1789. N'était-il pas, du reste, classé dès ce moment parmi les irréconciliables de l'Académie? Depuis dix ans, il attendait le titre d'académicien, que tous ses anciens condisciples portaient, et qui le tentait d'ailleurs assez médiocrement. Il avait rompu dans la forme avec cette société par son inféodation aux théories de de Wailly et de La Blancherie, qui s'ingéniaient à mettre cette vieille personne en défaut et à lui substituer un être plus jeune, une organisation plus fraîche, plus vive, de plus de ressort. Et puis la phalange des bons sculpteurs de son école diminuait chaque jour : Pigalle mourait en 1785; Allegrain, Falconet, fort âgés, se reposaient, et ceux par qui la génération nouvelle prétendait les remplacer, de Joux, Julien. Stoulf, Foucou, Deseine, Milot, de Laistre, hésitaient entre les deux enseignements, celui de leurs anciens maîtres et celui de David. Qu'aurait fait ce raffiné, cet homme qui comprenait si parfaitement la société galante et policée du xvni' siècle, au milieu de cette levée de boucliers contre ses propres idées ? Pourquoi se serait-il exposé

de gaieté de cœur, dans cette débâcle de tout un système, au persiflage des gens d'esprit, à qui la confusion qui précède toute révolution, dans l'ordre artistique comme dans l'ordre politique, prêtait à rire ? Gomment mettre son nom au catalogue, lorsqu'une satire du genre de celle-ci faisait le tour des salons à l'applaudissement général?

Il est, dans ce docte palais

Que l'on admire et qu'on oublie,

Qui semble attester des Français

L'insouciance et le génie;

Il est au Louvre un galetas,

Cil, dans un calme solitaire,

Les chauves-souris et les rats

Viennent tenir cour plénière.

C'est là qu'Apollon sur leurs pas,

Des beaux-arts ouvrant la carrière.

Tous les deux ans tient ses états

Et vient placer son sanctuaire.

C'est là, par un luxe nouveau,

Que l'art travestit la nature :

Le grotesque s'y montre en beau,

Les bonnes mœurs sont en peinture,

Et les bourgeois en grand tableau

Près d'Henri quatre en miniature.

Chaque figure à contresens

Montre une autre âme que la sienne.

Saint Jérôme y ressemble au Temps,

Et Jupiter au vieux Silène;

Et quand nos yeux cherchent en vain

Les traits d'une Reine chérie,

Quand le pinceau ni le burin

N'osent trahir sa modestie.

C'est là qu'un commis bien poudré,

Narcisse épais et subalterne,

A Versailles même ignoré.

Vient, dans un beau cadre doré,

Vous montrer l'homme qui gouverne.

C'est là qu'on voit des ex-voto.

Des amours qui font des grimaces, Des caillettes incognito, Des laiderons qu'on nomme Grâces, Des perruques par nume'ro.

Des chientllts sous des cuirasses Des inutiles de haut rang.

Des importuns de bas mérite, Plus d'un Midas en marbre blanc, Plus d'un grand homme en terre cuite Jeunes morveux bien vernisse's.

Vieux barbons à mine enfumée, Voilà les héros entassés Sous l'angar (sic) de la Renommée; Et, malgré l'ordre et le bon sens, Tout s'y trouve placé de sorte Qu'on voit l'abbé Terray dedans.

Et que Sully reste à la porte *.

Clodion se cantonna donc derechef dans ses travaux pour les particuliers. Il n'en sortit plus qu'une seule fois avant la Révolution ; ce fut lors de la première tentative aéronautique du professeur Charles et de Robert, aux Tuileries, en 1784. Il y avait eu partout en France un immense enthousiasme à la suite de cette expérience, et la Direction générale, saisissant cette occasion d'occuper ses remuants protégés, décida l'élévation d'un monument sis à l'emplacement même où le ballon s'était enlevé. Tous les sculpteurs de l'Académie furent invités à ce concours, et presque tous répondirent à l'appel. Dès le 4 mars 1784, Pajou informait M. d'Angiviller qu'il avait terminé le dessin ainsi que le modèle dudit monument, et, quelques jours après, Julien, Gois, Mouchy, Lecomte faisaient également connaître qu'ils tenaient à la disposition de l'Administration des beaux-arts « ce qu'ils ont terminé », dit leur lettre, « en vertu de l'ordre qu'ils ont reçu comme sculp-

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