i., Lettre du 19 juillet
duire le buste du roi, ni l'achat de sa figure de Psyché, à raison de 16,000 Hvres, ni les bribes de pension qu'il empoche encore et sans cesse, 200 livres à la mort de Restout, 5oo lors du décès de Maurice Quentin de La Tour!
Toutes ces faveurs tombaient autour de Clodion et des siens sans qu'il en bénéficiât d'aucune manière, mais il s'en consolait en vendant toujours. Il avait définitivement enchaîné la vogue, et ses terres cuites se payaient, à cette époque, cinq et dix fois plus cher que celles de ses rivaux. Peu ou point de grandes ventes durant dix années, de 1780 à 1790, qui ne continssent quelques-unes de ses productions. On le retrouve aux Grands-Augustins, à l'hôtel Bullion et rue de Cléry, chez Lebrun, lorsqu'on met aux enchères les collections fameuses de Senneville, du marquis de Pange, de Le Bœuf, du négociant Devouge, de M. de Biliy, du joaillier Aubert, de Collet, de Lenglier, de Tronchin. Dès 1783, l'association de Clodion et de ses frères avec Verrier, le marchand de tableaux, et Dubois, le fabricant de bronzes, avait pris fin. Une première vente de la société, en 1783, suivie de celles que Dubois fit isolément, le 3i mars 1784 et le ig novembre 1785, et Verrier de la même façon, en 1786, et bien d'autres encore, dispersèrent un certain nombre des plus beaux modèles du sculpteur, en même temps que plusieurs ouvrages de Sigisbert Michel et de Clodion frère (Michel- Michel). C'est à l'une de ces journées que deux terres cuites de Clodion atteignaient le prix bien rare de 1,200 livres.
Malgré cette sorte de gloire que lui valait son talent, Clodion vivait retiré, et il semblait peu recherché, soit par le fait de son goût pour la solitude, soit par le manque de sympathie des autres artistes pour son caractère, soit pour toute autre raison que nous ne connaissons pas. Il n'est, avant la mort de Le Bas, ni de la société si vivante qui se réunit chez le graveur, ni du nombre des amis que Desfriches convoque dans sa petite campagne des environs
d'Orléans, quoiqu'il ait souvent travaillé pour cet amateur, ni des salons de Godefroy, dont la fille parle dans ses Mémoires, ni d'aucun des cercles enfin, de ces petites chapelles où l'on vit facilement aux dépens du prochain, où l'on intrigue, où l'on cancane, mais où chacun apportait son contingent de cette gaieté qui fut l'une des séductions du temps.
C'est probablement à cette époque qu'une sœur mariée de Clodion, M""* Adam, a tracé le portrait que nous reproduisons dans cet ouvrage. Ce profil, bien sec, à la vérité, présente cependant tout l'intérêt d'un document unique, d'un souvenir évidemment très fidèle de ce qu'était l'artiste. On ne peut dénier l'intelligence et la finesse à ces traits accentués, à cet œil scrutateur, à tout ce visage qui copie si étonnamment, à cinquante ans de distance, le portrait de Lambert-Sigisbert Adam.
L'artiste avait-il réalisé des économies sur ce qu'il gagnait par son travail? Il en agissait probablement avec l'argent comme son beau-père, comme Pajou, qui, tout en ramassant de tous côtés, ainsi que nous l'avons dit, se plaignait sans cesse d'être traqué par ses créanciers. Comment admettre autrement qu'il n'ait pu mieux soutenir ses parents les plus proches, la veuve et les enfants de Nicolas-Sébastien Adam, et son propre frère, Sigisbert Michel? Quant aux premiers, nous voyons que Charles Adam, son cousin, tente par toutes les voies de subvenir à son existence, et qu'il demande, par exemple, à être chargé des restaurations fort minimes et peu payées que l'on compte appliquer aux tombeaux de l'abbaye de Saint-Denis % et que M™" Adam, logée par grâce dans sa masure de la rue du Champfleury, « supplie la Direction de lui en « continuer quelque temps encore la jouissance - ».