VASE
Dessiné par Clodion. — Musée de Sivres,
rellement un abri dans son pays natal. Ses biographes ont répété qu'il s'était retiré à la campagne pour y échapper aux violences des terroristes. Il agit avec plus de confiance et rentra très ouvertement à Nancy, où il demeura jusque vers 1798.
D'autres raisons contribuaient d'ailleurs à hâter son éloignement. Sa vie domestique lui donnait si peu de satisfaction qu'il la désertait sans regret et d'un cœur léger. A qui des deux époux faut-il attribuer les premiers torts? A Catherine- Flore Pajou, dont les traits un peu virils, l'œil vif, les lèvres fines, telle que la dépeint un buste modelé par le vieux Pajou, représentent une femme impérieuse ; ou à Clodion, dont la correction, en tant que mari, laissait à désirer? Le sculpteur avait gardé dans quelque quartier reculé de Paris une ancienne compagne dont il avait eu un enfant, une fille, par laquelle sa descendance s'est continuée jusqu'à une date fort récente. Peut-être continua-t-il, après son imion avec M"" Pajou, les errements de sa jeunesse. Bref, le ménage vivait en assez mauvais termes, et à peine Clodion quittaitil Paris que sa femme, profitant des facilités nouvelles que la loi sur le divorce lui procurait, s'empressa de reprendre sa liberté. Cette fameuse loi, à laquelle les récentes discussions de nos assemblées apportent un regain d'actualité, se trouvait en projet, dès 1790, dans les cahiers de doléances du duc d'Orléans. Elle fut décrétée le 20 septembre 1792, comme chacun le sait, dans une séance du soir, par assis et levé, sans discussion, puis complétée par des articles additionnels des 8 nivôse et 4 floréal an II. Ces articles établissaient que la simple absence de six mois suffisait pour le divorce. L'acte prononçant la séparation légale des deux époux est daté du i3 pluviôse an II. En voici la teneur :
Acte de divorce de Catherine-Flore Pajou, âgée de vingt-neuf ans, née à Paris, paroisse de Saint-Germain-FAuxerrois, le 25 novembre 1764, domiciliée à Paris, rue Froidmenteau, section des Tuileries, iille d'Augustin Pajou et
d'Angélique Roumier, même demeure, et de Claude-Michel Clodion, âgé de cinquante- neuf ans, né à Nancy département de lu Meurlhe, domicilié rue Thiroux, section du Mont-Blanc. Les actes préliminaires sont trois procès-verbaux de non-conciliation passés devant moi, officier, des 3o juillet, ]5 octobre et 2 novembre derniers, précédés de leurs déclarations et datés et énoncés, et suivis d'une à ce Jour pour la prononciation du divorce ;-le tout dûment signé et enregistré. L'épouse, seule présente, a demandé la dissolution du mariage avec ledit Claude-Michel Clodion. En présence de Jacques-Augustin Pajou, âgé de vingt-sept ans, artiste, Jean-André Tonnelier, officier public, a prononcé que le mariage est dissous et a signé avec les parties '.
Cet acte, qui établit l'absence du sculpteur, nous marque à peu près exactement l'époque où il quitta Paris. Il n'est pas certain même qu'il ait eu tout de suite connaissance du changement survenu dans sa vie privée; mais, d'autre part, rien ne nous porte à croire qu'il ait longtemps pleuré Catherine-Flore, dont l'existence dans la suite demeure fort inconnue.
Depuis près de cinquante années qu'il avait quitté la Lorraine, Nancy s'était singulièrement transformé, et les artistes qui composaient cette École nationale, autrefois si vaillante, avaient tous ou presque tous disparu depuis lors. Une fois Guibal mort et médiocrement remplacé par ses élèves, Cyfflé s'était trouvé, pendant quelques années, sans un seul concurrent de son mérite, jusqu'au jour où Charles Sauvage dit Le Mire apporta sa collaboration à la manufacture de Lunéville, dont l'ancien sculpteur du roi Stanislas avait la direction. Le nouveau venu fit à son chef une rude concurrence. D'un génie plus délicat et d'un goût plus pur, il façonna ces délicieuses statuettes qui égalent et surpassent souvent toutes les créations du même genre ; ces terres de Lunéville et de Niederwiller, modelées dans une pâte particulière de l'invention de Cyfflé, où l'artiste faisait, paraît-il, entrer des os broyés et dont aucune composition contemporaine ou plus récente ne peut égaler l'éclat.
I. Municipalité de Paris. Registres des actes de l'état civil.
Lorsque Cyfflé quitta la Lorraine, en 1777, pour se rendre à la cour de l'empereur, Le Mire continua seul ces brillantes traditions, jusqu'au jour où il obtint la situation plus en vue de premier modeleur de Sèvres.
La manufacture de Niederwillcr fonctionnait encore à l'époque où Clodion désertait Paris. Le dictionnaire de Gournay la citait, en 1789, comme « un établissement appartenant à MM. Lanfrey et où a l'on fabrique tout ce que l'on peut désirer en faïence, en peintures « et formes de tout genre de porcelaine, surtout des groupes et « figures en biscuit d'une très belle pâte. » Il ajoutait que le gouvernement avait si bien compris l'importance d'une semblable industrie qu'il avait fait construire pour elle une route spéciale, mettant la manufacture en communication avec les principaux centres du pays. Clodion utilisa son séjour en Lorraine en lui fournissant les modèles de ses plus jolis sujets. C'est ainsi qu'on voit figurer dans le catalogue-programme de Niederwiller les biscuits du Baiser prêté et du Baiser rendu, de la Bacchante et du Bacchant portant un enfant, et d'autres personnages encore, à côté de la Ravaudeuse, du Savetier, du groupe de l'Agréable leçon, du Bélisaire, du Sully, toutes créations sorties de l'imagination de Cyfïlé, et des académies de Le Mire, si réellement merveilleuses dans leurs petites proportions. Nous ne connaissons que ces morceaux relativement peu nombreux de Clodion qui lui soient attribués avec quelque certitude; mais combien en existe-t-il qui ne portent pas de noms d'auteurs et qui procèdent évidemment de sa manière ! Notre artiste joua, ne l'oublions pas, un rôle considérable dans l'histoire de l'art céramique'. Rien n'était mieux fait pour la reproduction, pour la
1. Ses vases, notamment, servent encore, dans ces manufactures, de types de décoration, et on a pu écrire, sans être pour cela taxé d'enthousiasme, qu'on se demandait ce que la peinture et l'or pouvaient ajouter de richesse à ces surfaces coupées de bas-reliefs, où se culbutent joyeusement, avec des boucs, des enfants couronnés de pampres. {Histoire de la Porcelaine, de Jacqueinart.)
copie, que son genre gracieux et décoratif; aussi peut-on le compter