Mémoires de Goldoni
INTRODUCTION
servent encore une trop grande prévention en faveur des artistes italiens, il est certain qu'on ne sauroit leur faire ce reproche quant à ce qui regarde les modernes, car elles sont très persuadées que les Italiens n'ont plus que des peintres médiocres; et la preuve qu'ils sont convaincus de cette vérité, c'est que tous les peintres attachés aux différents souverains de ces pays sont tous Français ' . » Que de citations nous pourrions emprunter aux écrits du temps, qui toutes reproduisent la même pensée sous des formes différentes !
En réalité, le gotât français fit prime, à cette époque, sur toutes les places du vieux continent. Partout on s'asservit à le copier dans ses moindres caprices, et ceci à la cour aussi bien qu'à la ville, dans les cuisines et sur la scène de l'Opéra, chez la couturière en renom comme aux séances des Académies. En ce qui touche les artistes, la chasse aux talents se pratiquait par delà nos frontières avec des allures de demi-brigandage. Tout intendant des Menus, de Saint-Pétersbourg à Madrid, de Vienne à Stockholm, rêvait de nous enlever un de ces élèves que les survivants de la grande école, les Coypel, Rigaud, Largillière, Jouvenet, de La Fosse, Coysevox, les Coustou, Le Lorrain venaient de former. Ce fut pendant ces quatre-vingt-dix années, du commencement du siècle au commencement de la Révolution, une incessante allée et venue de Français, qui prenaient dans toutes les capitales la première et la meilleure place. Un critique érudit de nos jours, l'auteur des Artistes français à l'étranger, a dressé une liste des peintres et des sculpteurs que les appels des grands et le désir de faire fortune avaient définitivement ou momentanément enlevés à la France. La liste des sculpteurs, pour ne parler que de ceuxci, est longue, et leur pays natal fut à ce point appauvri par ces